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Crise de l’eau

De Vacoas à Curepipe, le robinet se tarit et l’inquiétude monte

20 octobre 2026, 13:30

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De Vacoas à Curepipe, le robinet se tarit et l’inquiétude monte

■ À 34,2% de remplissage, Mare-aux-Vacoas a atteint un niveau préoccupant.

Avec Mare-aux-Vacoas désormais à 34,2% de remplissage, les habitants des régions desservies par le réservoir vivent au rythme d’une distribution de plus en plus aléatoire. Pour les autorités, l’urgence est là. Pour les habitants, elle l’est déjà depuis plusieurs jours. Et derrière la crise se dessine une question plus profonde : le système d’approvisionnement en eau de Maurice est-il encore adapté au climat d’aujourd’hui ?

À Carreau-Laliane, à Vacoas, l’absence d’eau a bouleversé le quotidien. Face à un robinet désespérément sec, un habitant a préféré ne pas se rendre au travail. À Curepipe, les témoignages se multiplient sur les réseaux sociaux. Certains se lèvent vers 3 heures du matin, à l’heure annoncée pour la distribution, pour constater deux heures plus tard qu’aucune goutte n’est tombée.

Dans plusieurs quartiers, les plaintes sont de même nature : distribution irrégulière, pression faible et, par moments, absence totale d’eau. Les réseaux sociaux sont devenus la caisse de résonance d’une colère grandissante. Et le scénario pourrait encore se durcir.

Mare-aux-Vacoas, à 34,2 % de sa capacité, alimente une part importante de la population. Dans une vidéo de la Central Water Authority (CWA), le Chief Engineer, Mitradev Lobind, explique que le débit sortant vers les installations de traitement de La Marie oscille normalement entre 105 000 et 110 000 mètres cubes par jour. Il a été réduit de moitié, à environ 50 000 mètres cubes. Un chiffre qui résume l’ampleur de la pression sur le système.

Le message de la CWA est sans ambiguïté : chaque litre compte et le gaspillage doit être évité. Car plus le niveau baisse, plus le traitement devient problématique. Jadoo Doorgacharran, Treatment Plant Superintendent, prévient qu’à un certain niveau, la quantité de boue extraite pourrait dépasser celle de l’eau disponible, ce qui compliquerait considérablement le traitement, puis la distribution. Le problème n’est donc plus seulement la quantité d’eau dans le réservoir : c’est toute la chaîne d’approvisionnement qui risque d’être affectée.

Pour Vassen Kauppaymuthoo, océanographe et ingénieur en environnement, la situation n’a rien de surprenant. Depuis plus de dix ans, il alerte sur l’évolution du régime des pluies : les périodes sèches s’allongent, tandis que les épisodes pluvieux peuvent être bien plus violents et concentrés. «Le climat est devenu instable», résume-t-il.

Selon lui, c’est là l’un des problèmes majeurs : le système de captage et de distribution a été conçu dans un contexte climatique qui n’est plus le nôtre. Construit en 1885, le réservoir de Mare-aux-Vacoas a longtemps joué un rôle central, mais le climat, l’occupation des sols et les précipitations ont changé. Le réservoir fournit à lui seul de l’eau à environ un tiers de la population. La dépendance est considérable.

Pourquoi ne pas puiser ailleurs ?

Pour l’ingénieur, une piste consiste à revoir l’acheminement des ressources vers les usines de traitement. Deux réservoirs offrent une marge de manœuvre : Midlands rempli à 73,1 %, et Mare-Longue à 75,3%. Pourquoi attendre que Mare-aux-Vacoas se vide alors que d’autres ressources existent ?

Il propose d’étudier la possibilité d’acheminer directement l’eau de Midlands ou de Mare-Longue vers LaMarie, sans transiter par Mare-aux-Vacoas. Ce type de maillage rendrait le réseau plus résilient face aux sécheresses.

Autre chantier incontournable : le non-revenue water, cette eau produite mais jamais facturée, en raison de fuites, de raccordements illégaux, de compteurs défectueux ou de problèmes sur les conduits. Le constat est sévère : sur 100 litres injectés dans le réseau, seuls 35 à 40 pourraient parvenir aux consommateurs. En période de pénurie, une telle perte devient difficilement acceptable. Mais la rénovation du réseau ne se fait pas en quelques jours; dans l’immédiat, il faut multiplier les sources.

Forages, droits d’eau détenus par certaines industries sucrières, coopération du secteur privé… plusieurs pistes sont déjà sur la table, estime l’ingénieur. La CWA dispose aussi de containerised pressure filters, dont 60 auraient été achetés et 15 autres commandés. Installés sur des cours d’eau, ils permettent de traiter l’eau et de l’intégrer au réseau.

À plus long terme, l’utilisation d’eaux usées traitées pour l’irrigation pourrait alléger la pression sur l’eau potable, sous réserve de garanties strictes sur le traitement et les risques de pollution des sols. Dans l’urgence, une autre option est avancée : le dessalement mobile, via de petites unités déployables rapidement.

Ne pas attendre la prochaine pluie

Un comité interministériel a été mis sur pied. Mais pour les habitants qui attendent l’eau au milieu de la nuit, les solutions structurelles paraissent lointaines. Ils veulent simplement avoir de l’eau quand ils ouvrent leur robinet.

La pluie, lorsqu’elle viendra, soulagera peutêtre Mare-aux-Vacoas, sans régler le problème de fond. Les épisodes de sécheresse se répètent presque chaque année depuis 2020. L’enjeu n’est plus de savoir comment traverser une nouvelle crise, mais comment éviter de revivre la même situation l’an prochain.

Car si la pluie permet de remplir Mare-aux-Vacoas, elle ne doit surtout pas renvoyer les solutions au fond des tiroirs.

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