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Saga Ravatomanga

Dans un affidavit, la FCC met au jour un réseau international de corruption et de blanchiment

25 novembre 2025, 11:30

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Dans un affidavit, la FCC met au jour un réseau international de corruption et de blanchiment

■ L’affidavit de la FCC décrit un réseau complexe de corruption, de blanchiment et de fraude transnationale, impliquant Mamy Ravatomanga (photo) et son épouse.

La Financial Crimes Commission (FCC) a déposé, le 19 novembre, un affidavit détaillant une enquête complexe et internationale visant Maminiaina (Mamy) Ravatomanga, figure influente du secteur économique malgache, et son épouse, Ramy Nivo Haingonirina Rakotoniary, ainsi que plusieurs sociétés dont Auto Diffusion Ltée et First Class Immobilier Ltd. Le document, rédigé par l’Asset Recovery and Management Division de la FCC, met en lumière des faits présumés graves de corruption, de blanchiment d’argent, de fraude fiscale et de trafic de bois précieux entre Madagascar, la France, HongKong et Maurice.

L’enquête a été ouverte le 13 octobre à la suite de la publication d’un article de presse relatant l’arrivée à Maurice d’un jet privé, immatriculé 5R-HMR, transportant Mamy Ravatomanga, son épouse et leurs enfants ainsi que l’ancien Premier ministre malgache, Christian Ntsay, alors en fuite après un coup d’État. Selon la FCC, le contexte politique malgache et les accusations portées contre Mamy Ravatomanga et son épouse, notamment de pillage des ressources nationales malgaches et de financement de campagnes électorales, justifient un examen approfondi. L’avion aurait été autorisé à atterrir sous le prétexte d’une urgence, renforçant les soupçons d’irrégularités et de collusion.

L’affidavit de la FCC retrace les origines politiques et économiques de Mamy Ravatomanga, perçu comme le conseiller économique officieux de l’ancien président malgache, Andry Rajoelina. Son empire commercial, Sodiat Group, créé en 1990 et actif dans le transport, le pétrole, la construction, le tourisme et l’import-export, aurait bénéficié d’avantages étatiques et de contrats publics à travers des mécanismes de corruption et de fraude. L’utilisation de sociétés offshore et de transferts financiers transfrontaliers aurait permis le blanchiment des gains illicites générés par ces pratiques.

La FCC se fonde également sur trois plaintes reçues entre les 13 et 21 octobre 2025 : un ressortissant mozambicain et malgache a fourni un document émis par le Parquet national financier (PNF) français datant de 2017, demandant une assistance internationale dans le cadre d’une enquête sur des détournements de fonds et des sociétés offshore liées aux Ravatomanga ; Fanirisoa Ernaivo, magistrate malgache devenue depuis ministre de la Justice, a déposé plainte pour transactions financières frauduleuses via des sociétés basées à Maurice ; et Ramana Anthelme Ramparany, ancien ministre de l’Environnement malgache, a corroboré les accusations de corruption, d’enrichissement illicite et de et trafic illégal de bois de rose, confirmant l’implication de Mamy Ravatomanga.

Le document souligne que ces crimes présumés ne se limitent pas à Madagascar. Des enquêtes ont révélé que Mamy Ravatomanga aurait facilité le contournement de sanctions internationales pour la société iranienne, Mahan Air, via des Boeing 777, avec des commissions à hauteur de EUR 5 millions. L’affaire fait l’objet d’une coopération avec le Federal Bureau of Investigation (FBI) américain.

Les activités de Ravatomanga incluent également le trafic illégal de bois précieux, avec des produits exportés vers l’Asie. Le directeur financier de Sodiat Group a été condamné à cinq ans de prison pour complicité. Parallèlement, des investigations sur l’émission de fonds publics détournés par Jirama, entreprise nationale d’eau et d’électricité de Madagascar, confirment l’ampleur des soupçons de corruption et de blanchiment.

La FCC décrit l’utilisation de structures corporatives complexes pour dissimuler les flux financiers. Parmi les sociétés incriminées à Maurice, on retrouve Durban International Traders Ltd, Essential Time Group Limited, Prime Trading & Investment Ltd, Malenga Trading Incorporation et Phidromes Trading & Investment Ltd, toutes soupçonnées d’être des véhicules de blanchiment de profits illicites générés par la corruption et le trafic de bois précieux. Les fonds impliqués s’élèvent à plusieurs centaines de millions de roupies mauriciennes, d’euros et de dollars.

L’affidavit révèle également la tentative d’influence de Mamy Ravatomanga sur des officiers de la FCC, illustrant sa méthode d’infiltration dans des institutions publiques pour protéger ses activités. Ces faits ont conduit à son arrestation, le 24 octobre, et à la mise en accusation provisoire pour : blanchiment d’argent (deux chefs d’accusation) et complot pour trafic d’influence.

Les enfants du couple et certaines sociétés associées font l’objet de gel d’actifs financiers pour empêcher la dispersion des fonds suspects, conformément à l’ordre de criminal attachment émis par la Cour suprême de Maurice. L’enquête se poursuit sur le tracé international des fonds, incluant des transferts depuis Hong-Kong et des comptes bancaires en France et à Maurice.

Concernant la situation diplomatique, Mamy Ravatomanga avait été nommé consul honoraire de la Côte d’Ivoire et de la Serbie. La FCC indique que ces titres n’offrent pas d’immunité dans les enquêtes sur des infractions commises sur le sol mauricien et que ces mandats ont été révoqués.

Enfin, l’affidavit met en avant que l’enquête de la FCC est indépendante des enquêtes étrangères, notamment celles du PNF en France ou d’anciens dossiers malgaches. Le classement sans suite de certaines affaires à l’étranger ne constitue pas une exonération et n’empêche pas la FCC de poursuivre ses investigations sur des crimes financiers présumés sur le territoire mauricien.

En résumé, l’affidavit décrit un réseau complexe de corruption, de blanchiment et de fraude transnationale, impliquant Mamy Ravatomanga et Ramy Nivo Haingonirina Rakotoniary dans diverses sociétés. L’enquête, en coopération avec les autorités malgaches et françaises ainsi que le FBI, cherche à retracer les flux financiers illicites et à établir la responsabilité de chaque acteur. La FCC maintient que les preuves réunies justifient la poursuite judiciaire et le gel des actifs pour prévenir la dissipation de biens suspects.

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