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Portrait

Danny Hike, l’explorateur qui a fait de son île une carte au trésor

21 octobre 2026, 21:00

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Danny Hike, l’explorateur qui a fait de son île une carte au trésor

120 montagnes. 289 cascades. Le tout, sans jamais poser le pied hors de l’île. Jean Danny Chung, ou Danny Hike, a 23 ans et un rapport aux chiffres qui frôle l’obsession tranquille, sans jamais tomber dans la vantardise. Lui préfère un autre mot que «randonneur» pour se définir : «future explorer», explorateur en devenir. La nuance compte, pour lui plus que pour quiconque. Explorer, pour lui, c’est trouver ce que peu de gens voient. Comme cette cascade qui se déverse dans un bassin vert émeraude, cernée de branches et de fougères, la lumière filtrant à peine à travers la canopée.

Pas de fédération, pas de titre, pas de sponsor derrière lui : Jean Danny Chung explore en amateur, au sens plein du terme, celui qui aime avant tout. Son objectif n’a rien de sportif ni de compétitif. Il s’agit de mettre au jour ce que l’île cache encore, ces recoins que la carte touristique ignore et que seuls quelques initiés connaissent.

Tout commence un jour de 2020, quelques mois avant le confinement. Il a 18 ans quand on l’emmène escalader Le Pouce. Une sortie presque anodine, dans une famille où tout le monde, lui compris, se destine plutôt à l’entrepreneuriat. Mais cette ascension-là fait basculer quelque chose. Sans qu’il le sache encore, elle va façonner tout le reste de son parcours. «Il faut y aller même quand on n’a pas envie», dira-t-il plus tard de ce qui est devenu sa discipline personnelle.

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Il tente d’abord la voie classique. Élève au collège James Burty David, il fait exprès de décrocher des «E», pour se laisser la liberté de faire ce qu’il veut vraiment. Puis vient une année d’études à l’université Middlesex, qu’il finira par quitter, en comprenant que sa voie, justement, est ailleurs. Il se consacre alors à l’entreprise familiale, où il travaille aujourd’hui tout en bâtissant, sortie après sortie, son propre business de guide. C’est ce second terrain qui permet peu à peu à l’exploration de prendre toute sa place dans son quotidien.

Sa manière d’arpenter les sentiers a, elle aussi, mué au fil des années. Il commence seul, en novice, sans véritable équipement et sans même savoir s’en servir. Vient ensuite le duo, avec un ami qui l’accompagne dans la quasi-totalité de ses sorties, guide généreux et complice de route. Le cercle s’élargit en groupe avant de trouver sa forme la plus large depuis six mois : une communauté sur TikTok, où il partage ses sorties et pousse les autres, à leur tour, à quitter les chemins connus. Il sort trois à quatre fois par semaine. Sa méthode tient tout entière dans son téléphone : chaque lieu découvert y est épinglé, photo à l’appui, pour constituer une carte personnelle qui s’agrandit au fil des sorties, comme un herbier de coordonnées.

Certains sommets se grimpent sans équipement technique, à mains nues sur la roche, et s’il s’y sent aujourd’hui plus à l’aise qu’à ses débuts, l’idée de se perdre ne l’effraie pas comme on pourrait le croire. Il a sa propre philosophie du hors-piste : sur un sentier balisé, on peut se perdre parce qu’il mène quelque part de précis. Sur un parcours off-track, il n’y a par définition aucune destination fixée d’avance ; donc, rien à manquer. «Il suffit de continuer jusqu’à trouver une sortie», résume-t-il. Et de cette sortie, la plupart du temps naît une découverte.

Parmi les noms qui ponctuent son inventaire, certains reviennent souvent dans ses récits : la cascade Rokyano, les cascades d’Avalon, la cascade Penguin, la montagne Barbe, la montagne Agapit. Il concède que, probablement un jour, vu la taille de son île, il aura fait toutes les montagnes et toutes les cascades, même si un aventurier, ça cherche toujours de nouveaux chemins. Ses voyages à l’étranger, à Bali (Indonésie), en Malaisie et en Corée du Sud, ont eux aussi été l’occasion d’aller crapahuter. Autant de terrains qu’il a explorés loin de ses sentiers habituels.

Selon lui, ce sont les Mauriciens, plus que les touristes, qui s’intéressent à ces lieux méconnus. Dès qu’il partage une trouvaille, les messages affluent pour en connaître l’emplacement exact. Mais l’exploration réserve aussi ses pièges. Plusieurs de ses découvertes se trouvent sur des chasses, ces terrains privés réservés, dans lesquelles il se retrouve parfois sans l’avoir prémédité, en repoussant simplement les limites d’un sentier. Une réalité qu’il aborde avec prudence, conscient du terrain glissant, au sens propre comme au figuré, sur lequel il évolue. Il observe aussi, non sans une pointe d’amertume, des sites autrefois confidentiels aujourd’hui fragilisés par leur propre succès.

Quand ce n’est pas la musique de la nature qui l’accompagne, ce sont les touches d’un piano qui l’enchantent. Quant à ses inspirations, il n’en revendique aucune. «C’est moi qui m’inspire moi-même», tranche-t-il, sans forfanterie…

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