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Cherté de la vie : calmer la colère des familles, un impératif social et monétaire
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Éclairage
Cherté de la vie : calmer la colère des familles, un impératif social et monétaire
Après l’épisode des pensions, le tandem Ramgoolam/Bérenger cherche désormais à apaiser la colère grandissante des familles face à la flambée des prix dans les supermarchés. Malgré l’arrivée au pouvoir de l’Alliance du changement, la situation ne s’est guère améliorée : le pouvoir d’achat des ménages continue de s’éroder, tel un tissu rongé à petit feu. Nombre de familles se sentent flouées par les promesses électorales de l’ancienne opposition, qui leur avait assuré un panier bien garni et une roupie forte.
Certes, la monnaie nationale s’est redressée depuis le début de l’année après une longue période de dépréciation – en moyenne 5,3 % par an entre 2020 et 2024 face au dollar américain, selon le rapport State of the Economy publié en décembre par le nouveau gouvernement. Pourtant, les prix des produits de base poursuivent leur ascension, mettant à mal les familles les plus vulnérables, qui peinent à boucler leurs fins de mois.
Face à cette pression sociale, l’exécutif a dû réagir rapidement. Plusieurs mesures inscrites dans le manifeste électoral ont été activées pour soulager les ménages défavorisés. Parmi elles figure le fonds de stabilisation de Rs 2 milliards, promis en campagne et désormais inscrit à l’agenda. Ce mécanisme vise à soutenir le pouvoir d’achat des foyers à faibles revenus, en atténuant l’impact de la volatilité des devises – notamment du dollar – sur les prix des denrées de première nécessité dans la grande distribution. Toutefois, les modalités de mise en œuvre de ce fonds restent à définir, même si son déploiement est annoncé comme imminent.
La question du pouvoir d’achat demeure aujourd’hui un point de crispation majeur, tant elle est perçue comme un marqueur de l’efficacité du nouveau gouvernement. Il y a urgence à y apporter des réponses concrètes, d’autant plus que cette thématique a été au cœur de la campagne électorale et décisive dans la victoire du nouveau pouvoir.
Dans ce contexte, la réunion du Monetary Policy Committee (MPC) prévue le 13 août prochain s’annonce cruciale. Chaque geste et chaque déclaration des membres du comité seront scrutés à la loupe. D’autant que la Banque de Maurice (BoM) traverse une période de turbulences institutionnelles, avec des remous internes impliquant ses principaux dirigeants. Entre révélations médiatiques et spéculations alimentées sur les réseaux sociaux, la sérénité n’est plus de mise à la BoM Tower, et le Trésor public suit de près l’évolution de la situation.
L’enjeu du prochain exercice de politique monétaire est donc double : rétablir la confiance et aligner les politiques monétaire et budgétaire. Le signal envoyé à la communauté des affaires sera décisif : il faudra démontrer que la BoM et le ministère des Finances avancent de concert. La stratégie vise à accompagner la vision du Premier ministre, également ministre des Finances, qui entend engager le pays dans une phase de reconstruction économique à travers un premier budget ambitieux et le vote du Finance Bill. Les chantiers annoncés sont vastes : réforme de l’administration publique, modernisation des services d’utilité publique, refonte de la fiscalité, relance de la manufacture, valorisation de l’agro-industrie et développement des technologies de rupture, dont l’intelligence artificielle, fer de lance de cette nouvelle dynamique.
Taux directeur inchangé pour défendre la roupie
Quel sort sera réservé au taux directeur, maintenu à 4,5 % lors de la dernière réunion du 7 mai ? La tentation de le relever légèrement est réelle, afin de contenir une inflation repartie à la hausse, à 5,4 % en juin, stimulée notamment par certaines mesures budgétaires. Toutefois, la Banque centrale reste consciente de la fragilité de la reprise économique, avec une croissance projetée entre 3 et 3,5 % pour 2025.
Les analystes anticipent néanmoins un statu quo. La Banque de Maurice pourrait maintenir son taux inchangé, afin de soutenir une roupie qui fait face à une pression accrue, notamment du fait de l’appréciation récente du dollar américain face aux principales devises.
Cette appréciation trouve son origine dans l’accord commercial conclu par Donald Trump avec l’Union européenne et d’autres partenaires à l’échelle mondiale. Cet accord a mis fin à une longue période d’incertitude aux États-Unis, rassurant les marchés internationaux.
Pour Maurice, le taux de 15 % appliqué désormais aux exportations vers les États-Unis reste bien inférieur aux 40 % initialement envisagés. Toutefois, l’impact sur la croissance à court et moyen terme reste préoccupant, d’autant que plane toujours l’incertitude quant au renouvellement de l’African Growth and Opportunity Act, censé expirer à la fin du mois prochain. Autant d’éléments que les économistes de la BoM devront prendre en compte dans leurs modélisations des principaux indicateurs macroéconomiques, notamment l’inflation et la croissance.
C’est surtout sur le marché des changes que la Banque de Maurice est attendue. Importateurs et distributeurs continuent de dénoncer l’insuffisance des devises disponibles pour honorer leurs paiements. Ils persistent : la demande de dollars reste insatisfaite.
La BoM avance une explication circonstancielle : en juin, la forte demande liée à l’importation de véhicules — anticipant la hausse annoncée des droits de douane sur les modèles thermiques, hybrides et électriques — a entraîné une sortie massive de devises, estimée à quelque USD 200 millions. Cela aurait provoqué une tension sur les réserves de change et accentué le déséquilibre de la balance commerciale.
Aujourd’hui, la demande non satisfaite serait d’environ USD 500 millions, selon certains analystes. Le gouverneur Rama Sithanen admet que la Banque ne peut éponger en huit mois un arriéré accumulé sur cinq années. Ce constat semble fondé, mais il soulève des interrogations sur l’efficacité des mesures adoptées depuis janvier pour corriger les distorsions du marché des changes. Des opérateurs continueraient de spéculer sur une nouvelle dépréciation de la roupie, jouant contre les règles du marché. Endiguer ces pratiques reste un défi majeur. Des instruments existent sans doute, mais il faut désormais le courage politique de les activer.
C’est là tout l’enjeu des prochains mois: restaurer la confiance, à la fois des consommateurs, des investisseurs, et des opérateurs économiques. Cela passe par une coordination efficace entre les politiques monétaire et budgétaire, une meilleure gouvernance des institutions économiques, et une réponse sociale forte à la crise du pouvoir d’achat. Car si la croissance reste une priorité, elle ne saurait se faire au détriment de la cohésion sociale. Et en l’état actuel, c’est bien la précarité silencieuse de milliers de familles qui constitue la véritable urgence économique du moment.
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