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Emballages alimentaires

Caractère a tourné la page du plastique

25 octobre 2026, 19:00

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Caractère a tourné la page du plastique

Boîtes à burger, gobelets, pots de yaourt ou de glace… À Baie-du-Tombeau, Caractère Ltée fabrique depuis plusieurs années des emballages alimentaires en papier capables de remplacer le plastique à usage unique. Une offre encore méconnue de nombreux acheteurs, et longtemps restée dans l’ombre, y compris pour les autorités. Lundi 26 octobre, l’imprimerie la présentera à l’exposition organisée par le ministère de l’Environnement, au Caudan Arts Centre.

Le gobelet du café avalé en vitesse avant le bureau, la boîte qui contient les frites, le pot de yaourt glissé dans le panier au supermarché… Ces objets du quotidien, on ne les imagine qu’en plastique. Ils existent pourtant en papier, et ils sortent d’une usine à quelques kilomètres de Port-Louis. Beaucoup de restaurateurs, de distributeurs et d’industriels de l’alimentation l’ignorent encore. Enter Caractère.

À Baie-du-Tombeau, Caractère Ltée, imprimerie du groupe La Sentinelle, auquel appartient aussi l’express, produit des emballages alimentaires en papier et en carton conçus pour se substituer au plastique. Une production qui va aujourd’hui bien au-delà du burger. On y fabrique des boîtes à frites, des gobelets en carton pour les boissons chaudes ou froides, des sacs en papier de différentes tailles. Plus surprenant pour le grand public, l’entreprise propose aussi des pots de yaourt et des pots de glace en papier, ainsi que des sacs de farine. Des produits que l’on retrouve encore très souvent en plastique dans les rayons.

C’est là tout l’enjeu pour Areff Salauroo, Chief Executive Officer du groupe La Sentinelle. «Pas mal de personnes, et surtout les acheteurs, ne sont pas au courant des produits fabriqués en papier par Caractère pour remplacer le plastique à usage unique», souligne-t-il. L’offre, selon lui, est pourtant à la hauteur : «Aujourd’hui, Caractère est bien placé pour remplacer tous les produits en plastique par des produits en papier.» Il inscrit cette démarche dans les valeurs du groupe : «Notre objectif, avant tout, c’est de protéger l’environnement.»

Des normes strictes

Un emballage qui contient de la nourriture ne s’improvise pas. «Caractère a les certifications requises pour pouvoir produire tous ces emballages en papier pour l’industrie alimentaire», précise Areff Salauroo. Encres, papier et colles doivent être de qualité alimentaire, et la fabrication obéit à des contrôles rigoureux. Caractère est certifiée BRCGS (Brand Reputation through Compliance Global Standards), une norme d’origine britannique reconnue par la Global Food Safety Initiative. Celle-ci classe les emballages en contact direct avec les aliments au niveau de risque le plus élevé, ce qui correspond précisément aux produits de la production Caractère.

L’entreprise détient également la certification YUM!, exigée par le groupe propriétaire de plusieurs grandes chaînes de restauration rapide, ainsi que la norme de management de la qualité ISO9001:2015. Le papier utilisé provient de forêts gérées durablement, sous labels FSC ou PEFC.

Reste à convaincre les clients. Chez Caractère, on assure que le passage au papier ne pose pas de difficulté particulière, une fois que ceux-ci ont compris que rien n’est compromis, ni la qualité ni la sécurité alimentaire. Quant au prix, souvent avancé pour justifier le maintien du plastique, l’entreprise retourne l’argument. Si le papier coûte plus cher, le coût environnemental du plastique, lui, est bien plus élevé.

Un rendez-vous au Caudan

L’activité est restée si discrète que le ministère concerné n’en a pris connaissance que l’année dernière, à l’occasion d’une visite sur le site, nous raconte quelqu’un de chez Caractère.

Lundi, l’entreprise sortira définitivement de cette discrétion. Pour Areff Salauroo, l’exposition est «une occasion de démontrer tout ce que Caractère fait en papier sur tous les emballages pour l’industrie alimentaire». Le ministère de l’Environnement, de la gestion des déchets solides et du changement climatique tient ce jour-là, de 10 heures à 15 heures, une exposition dédiée aux emballages alimentaires compostables et biodégradables fabriqués localement. L’objectif affiché est d’encourager la transition vers des modes de production et de consommation écoresponsables. Opérateurs économiques, professionnels de l’alimentation, entrepreneurs, étudiants et grand public y sont conviés. Caractère exposera ses produits au rez-de-chaussée du Caudan Arts Centre. Ses représentants présenteront aussi, en début d’après-midi, les alternatives au plastique à usage unique déjà disponibles à Maurice, lors d’un atelier qui doit mettre en relation acheteurs et fournisseurs.

De l’imprimerie à l’emballage

Rien ne destinait pourtant cette entreprise à devenir un acteur de la lutte contre le plastique. Caractère est née pour imprimer les magazines du groupe La Sentinelle. Très vite, les commandes extérieures ont dépassé celles du groupe : brochures, catalogues, puis livres et manuels scolaires. L’imprimerie a ensuite franchi les frontières, avec des magazines imprimés pour La Réunion, de gros volumes pour Madagascar et des manuels scolaires pour six pays africains, à la suite d’un appel d’offres financé par la Banque mondiale.

Le tournant vers l’emballage est venu avec la reprise des équipements et des activités de Mauritius Stationery Manufacturers (MSM), alors numéro un de l’emballage commercial et industriel à Maurice. Avec un parc de 6 000 m², Caractère s’est mise à fabriquer les pot de glace, boîtes de sucre, d’épices ou de thon que l’on retrouve dans les placards, mais aussi des étuis, des coffrets et des étiquettes.

C’est l’essor des centres commerciaux qui a ouvert une nouvelle voie. Les chaînes de fastfood, de plus en plus nombreuses, avaient besoin d’emballages capables d’être en contact avec les aliments sans le moindre risque. L’imprimerie a adapté ses machines et son savoir-faire : aux étiquettes produites par son unité de flexographie se sont ajoutés des boîtes, des pailles et des gobelets en papier. Une gamme d’emballages alimentaires écologiques, qui n’a cessé de s’étoffer depuis.

Le savoir-faire de l’imprimerie dépasse aujourd’hui nos frontières. Ses emballages sont exportés vers plusieurs pays de la région, dont les Comores, Madagascar et les Seychelles.

Le plastique résiste

Le contexte joue en faveur du papier. L’interdiction de l’importation et de la vente de certains produits en plastique à usage unique a fait grimper la demande pour le carton et le papier. L’engouement des consommateurs pour des emballages plus respectueux de l’environnement, et la généralisation des livraisons à domicile après la pandémie, ont fait le reste.

Mais le plastique n’a pas dit son dernier mot. Dès 2021, Business Magazine relevait qu’il restait majoritaire sur le marché de l’emballage, parce que moins cher et mieux adapté aux produits de grande consommation. Le magazine estimait alors qu’il faudrait encore quelques années, et une réelle volonté politique, pour que les emballages moins polluants gagnent du terrain. Cinq ans plus tard, le ministère semble décidé à accélérer le mouvement en misant sur la production locale. Lundi, au Caudan, les visiteurs pourront constater que les alternatives ne sont plus à inventer. Elles sortent déjà, chaque jour, des machines d’une imprimerie de Baie-du-Tombeau.

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