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Portrait

Camille Wiehe : Née pour soulager et redonner une qualité de vie

11 octobre 2025, 15:00

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Camille Wiehe : Née pour soulager et redonner une qualité de vie

Care, le centre médical et paramédical de Labourdonnais, a entrepris une rénovation et un exercice de rebranding. Depuis jeudi, il porte le nom de Health Centre Labourdonnais. C’était l’occasion pour présenter sa responsable, la masso-kinésithérapeute Camille Wiehe, qui coiffe deux autres spécialités, la rééducation périnéale et l’allaitement.

Cette Française de 30 ans, née Dubreucq, a grandi à Boulogne-sur-Mer entre deux frères, une maman professeur de français et d’histoire-géo et un papa cadre qualité chez Bic. Depuis enfant, elle explique avoir toujours aimé masser. «Vers l’âge de 12-13 ans, lorsque j’étais en camp de vacances, un masseur nous a appris quelques techniques de massage. De retour à la maison, j’ai testé sur mes parents et cela m’a plu.»

Après avoir obtenu son baccalauréat scientifique avec mention ‘Très bien’, elle ne se voit pas faire un travail de bureau. Elle opte alors pour des études supérieures en kinésithérapie et prend part au concours du tronc commun de médecine. Sur les 3 000 candidats, elle figure parmi les 80 personnes retenues. Après une première année de médecine générale et trois ans d’études à l’Institut de Formation en Masso-Kinésithérapie du Nord de France à Lille, avec notamment le Mauricien Ludovic Wiehe, avec qui elle sympathise rapidement, elle obtient son diplôme d’État. L’amitié entre elle et le Mauricien, qui est également diplômé en kinésithérapie, ayant mué en amour, elle fait le grand saut vers l’océan Indien, d’abord à La Réunion, et ensuite à Maurice.

Adaptation difficile

Son adaptation dans notre île est difficile car n’étant pas encore mariée à Ludovic Wiehe, elle n’a pas le droit de travailler. Prise comme kiné bénévole à l’Association de Parents d’Enfants Inadaptés de l’Île Maurice (APEIM), elle prend en charge les enfants souffrant d’un handicap moteur et voit en consultation beaucoup d’enfants présentant une paralysie cérébrale. «Ces enfants sont souvent sujets à la spasticité et à des rétractions musculaires. Il faut apprendre aux parents des exercices simples pour diminuer l’impact de ces symptômes, la mise en place de bonnes postures afin d’éviter l’apparition de déformations. Et parfois même leur montrer comment réaliser un massage digestif car le transit peut être plus lent. On prend beaucoup de temps avec les parents afin qu’ils comprennent le diagnostic, son impact à court, moyen et long termes. On s’assure qu’ils connaissent les bons gestes et les prochaines étapes à suivre pour favoriser le développement de leur enfant car ils sont parfois dans le déni.» Avec l’APEIM, elle se rend aussi chez les familles ayant des enfants souffrant de handicap moteur grave pour voir comment les aider et donner des conseils à leurs proches.

Elle épouse Ludovic Wiehe en 2018 et est recrutée à mi-temps chez CARE par Mathias Ritter, le responsable d’alors. À ce moment-là, ses semaines sont scindées en deux, soit une partie de son temps à l’APEIM et l’autre à CARE. Quand elle est enceinte de son premier enfant, une petite fille prénommée Morgane, qui a aujourd’hui trois ans, elle met un terme à son travail à l’APEIM et se concentre sur CARE. Depuis 2023, au départ de Mathias Ritter, on lui a confié la responsabilité du Centre médical et paramédical de Labourdonnais. En la comptant, l’équipe du centre médical est dénombrée à 15 professionnels de santé, soit cinq médecins, deux kinésithérapeutes, un thérapeute sportif, deux massothérapeutes, deux chiropracteurs, une nutritionniste, une hypno-thérapeute et une psychologue.

Ce qu’elle apprécie avec ce centre renommé depuis son rebranding en Health Centre de Labourdonnais, c’est qu’il s’agit d’une structure médicale à taille humaine. «On est connu au niveau familial par le bouche à oreille.» Camille Wiehe, qui est toujours à l’affût de cours de formation à prendre pour ne pas stagner, a ajouté deux nouvelles spécialités à son diplôme d’État, soit la rééducation périnéale et l’allaitement.

Pour ceux qui ne le savent pas encore, le périnée est un muscle, qui va de l’os pubien jusqu’à la colonne vertébrale. Il englobe la vessie, l’utérus et le rectum. Il se contracte et tient les organes, leur évitant une descente (prolapsus). Ce muscle permet la continence, diminue les douleurs de dos et joue aussi un rôle important dans le plaisir sexuel. Les hommes aussi ont un périnée. Le rôle de Camille Wiehe en tant que rééducatrice périnéale est de traiter d’éventuelles descentes d’organes, l’incontinence et les douleurs sexuelles. «Dans toutes les étapes de la vie d’une femme, il peut y avoir un problème de périnée qu’il faut rendre fonctionnel par voie intra-vaginale. Je vais tester manuellement toutes les régions du périnée mais cela doit toujours rester consenti. Si la femme refuse, je dois proposer d’autres solutions.»

Tabou

Les principaux problèmes en rééducation périnéale qu’elle voit en consultation, c’est l’incontinence chez les femmes. «C’est encore très tabou, surtout chez les femmes qui n’ont pas d’enfant. Celles là viennent rarement en consultation.» Camille Wiehe ajoute qu’il y a deux principaux types d’incontinence: un écoulement urinaire à l’effort ou l’incontinence par urgence, par exemple, la femme qui aura envie d’uriner en entendant le bruit de l’eau. «Pour cette dernière incontinence, ce sont souvent des habitudes prises toute leur vie.» Une femme peut avoir les deux types d’incontinences en même temps, on l’appelle alors incontinence mixte.

Elle ajoute que la pratique sportive a un impact sur le périnée. «Environ une sportive sur deux peut ou pourra présenter des troubles du périnée ou des fuites urinaires, surtout dans les sports à fort impact comme la gymnastique, la course, les sauts répétés. Dans certaines disciplines très exigeantes, comme le trampoline, jusqu’à 80 % des sportives peuvent être concernées. Ce type d’incontinence touche surtout les femmes jeunes, y compris celles n’ayant jamais eu d’enfant. Le risque varie selon le type et l’intensité du sport.»

Camille Wiehe rassure en disant que cela se corrige par la manière de s’entraîner. «Le périnée étant un muscle, à partir du moment où l’on sait comment il fonctionne et comment l’utiliser, on va progressivement le rendre fonctionnel. On pourra, par exemple, fractionner l’entraînement, apprendre à mieux gérer les pressions dans le caisson abdominal, respirer avec le ventre, corriger la posture et souffler à l’impact.» Les hommes sont moins à risque de souffrir d’incontinence. Chez eux, ce sera surtout des hernies inguinales (protrusion d’une partie de l’intestin à travers la paroi abdominale).

Une incontinence soudaine chez un enfant après une période de propreté, sans changement majeur dans sa vie, peut être un signe préoccupant et, parfois, résulter d’un abus sexuel. «Avec les enfants, il faut toujours utiliser le bon terme anatomique pour chaque partie du corps. Quand un enfant dit le mot pénis ou vulve, cela interpelle. On est moins enclin à abuser d’un enfant qui pourra témoigner clairement. Plus on apprend à un enfant à connaître chaque partie du corps par son nom, plus on enlève le tabou et la honte si l’adulte qui lui veut du mal essaie de lui faire croire que ce ne sont que des «chatouilles». L’enfant pourra alors sentir le danger et agir vite.»

Déconnexion avec la sensation

L’ennemi numéro un du périnée est la constipation, ajoutet-elle. On peut la corriger en plaçant un tabouret sous ses pieds pour que les genoux soient au-dessus de la hanche ou faire la balançoire d’avant en arrière pour faciliter le transit. «Il y a une trop grande déconnexion avec la sensation. Le corps donne des signes mais on passe l’envie à la trappe et on bloque ce qui doit sortir. Il faut travailler sur la respiration ventrale dès le plus jeune âge et l’apprendre à l’école.»

Camille Wiehe précise que la plupart des problèmes du périnée se corrigent. Pour ce qui est du prolapsus (descente d’organes), tout dépendra de son stade. «Si le stade est très précoce, on peut espérer stabiliser, voire faire remonter par la rééducation. Si je vois que je ne peux aider, je réfère à un gynécologue ou à un urologue.»

Le rebranding de CARE s’est fait dans la lignée des 250 ans du Domaine de Labourdonnais et permet que toutes les identités soient cohérentes. Si l’équipe de professionnels de santé n’a pas changé, la patientèle reste toujours au cœur du soin. La réception a été rénovée, de même que le bâtiment consacré à la rééducation. «La salle a été scindée en deux. Il y a désormais une grande salle de consultation avec tous les équipements, et à côté, une salle pour des thérapies de groupe.»

Camille Wiehe adore son travail. «J’adore chaque partie de la kinésithérapie. En kiné, on soulage les gens mais lorsqu’on fait la rééducation périnéale, on change la qualité de vie des gens. Par exemple, la femme qui avait peur de sortir en raison d’une incontinence, recommencera à le faire une fois que le problème est corrigé. Mon travail c’est de guider les gens, leur montrer quoi faire et c’est à eux de faire l’effort. Et lorsque je sens que j’ai pu les aider à aller mieux et qu’ils le disent, c’est vraiment gratifiant…»

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