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Rien n’est jamais gratuit

6 janvier 2019, 03:48

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Le Petit Papa PM est donc descendu du ciel, le premier jour de l’An, pour non pas nous apporter des cadeaux par milliers, mais pour offrir à Lepep une mesure que son équipe de marmitons a concocté en quatrième vitesse, derrière leurs fourneaux : l’enseignement supérieur gratuit. Oui, «liniversite kado». Joli coup politique. Applaudi comme il se doit par la population. Beaucoup de personnes pensent en effet que c’est une bonne chose qu’après le primaire et le secondaire publics gratuits, cela coule de source que l’université publique soit elle aussi gratuite. Même l’auteur de ces lignes trouve que, dans un monde idéal, c’est une bonne mesure pour le pays. Sauf que, hélas, nous ne sommes pas dans un monde idéal.

Donc, après quatre pleines années de gestion, et une bonne centaine de scandales et autres casseroles plus ou moins bruyantes dans son sillage, ce gouvernement se réveille un matin de janvier 2019 pour offrir au peuple admirable le beau petit cadeau de l’éducation universitaire gratuite. Mais voilà, 2019 est une année électorale. Cette mesure sent fort l’annonce électoraliste, celle destinée à limiter la casse pour un gouvernement éclaboussé par les scandales et les gabegies de plusieurs de ses membres. Si c’est cela, et tout indique que c’en est une, cette mesure n’est pas aussi innocente que veut nous le faire croire le gouvernement. Elle devra donc peser dans la balance le moment du scrutin venu. Mais ceci est une tout autre histoire et nous n’en sommes pas encore là.

Essayons de comprendre. Les frais universitaires gratuits pour les étudiants de premier cycle seront mis en pratique dès les prochaines rentrées universitaires du public, cette année. Car si l’université de Maurice (UoM) fait sa rentrée en août, l’université de Technologie (UTM) fait la sienne dans quelques jours. Casse-tête pour l’institution de La Tour Koenig, qui ne sait pas s’il faut faire payer ses étudiants ou pas, ce mois-ci. Car si l’UTM fait payer ses cours et ses frais administratifs – idem pour l’Open University – l’UoM ne fait, elle, payer que ses frais d’administration.

Il va falloir donc, au gouvernement, harmoniser les modalités d’inscriptions pour ces trois universités ainsi que pour les autres institutions publiques d’enseignement supérieur telles que le MGI/RTI, le Mauritius Institute of Education, l’université des Mascareignes, le MITD, le Fashion and Design Institute et le Mauritius Institute of Health. Nous avons là beaucoup de facteurs inconnus dans une équation que le gouvernement se veut simpliste. À ce jour, nous ne disposons pas de chiffres officiels concernant toutes ces institutions et combien cela va coûter à l’État pour les financer.

Gratuite, l’université ? Soit. Mais cela se fera aux dépens de quoi et de qui ? D’où viendra le financement ? D’après une première estimation sommaire, faite par la presse, il faut, au minimum, Rs 1 milliard par an pour financer cette mesure, en terme de frais d’études et de frais administratifs seulement. Sans compter le presque milliard de roupies que le gouvernement injecte dans le budget annuel de nos institutions supérieures publiques. Déjà que nos universités, UoM et UTM en tête, ont exprimé leurs doléances et inquiétudes en ce qui concerne les infrastructures vétustes, la qualité des cours offerts, le niveau des étudiants, le manque de facilités appropriées (bibliothèques, laboratoires, amphithéâtres, espaces loisirs), etc. Et surtout, les difficultés pour faire de la recherche, l’éternelle sacrifiée.

Les cours à l’université de Maurice, à Réduit, sont actuellement gratuits pour les étudiants à plein-temps mais les frais administratifs sont payants.

«Sans faire de démagogie, espérons que ce gouvernement, ou le prochain qui résultera des élections générales, vienne avec une vraie amélioration de la vie universitaire.»

Un gouvernement sait toujours où trouver de l’argent. Une chose est sûre : ce financement ne sortira pas de la poche de nos gouvernants mais bel et bien de nos poches à nous, contribuables. Alors, si cette mesure dite «gratuite» ne l’est pas au final, si c’est une décision «irréfléchie» - on parle dans le milieu de non-consultation préalable avec les acteurs du secteur, pris par surprise par l’annonce premier ministérielle -, doit-on l’enterrer ? La réponse n’est pas évidente, tant le sujet de l’éducation est sensible dans ce pays.

Pourquoi ne pas faire du ciblage, plutôt ? Tous les étudiants ne sont pas égaux, en termes économiques. Des familles ont les moyens de payer les cours, d’autres non. Le gouvernement aurait pu subventionner ces étudiants qui viennent de familles à très faibles revenus et qui auront ainsi la chance de poursuivre des études supérieures. Et prendre l’argent prévu pour ceux qui ont les moyens de payer et le rediriger vers l’amélioration des infrastructures, vers la recherche, vers le rehaussement du statut des chargés de cours, par exemple. Le ciblage se fait déjà, au secondaire, à divers niveaux, en se basant sur le registre social.

La crainte d’un affaissement du niveau et de la qualité des cours enseignés est réelle. Cette mesure aurait pu s’inscrire dans un plus grand tableau dédié au rehaussement de notre système universitaire, dans son intégralité. Comme, par exemple, régler le problème de «mismatch» entre le monde professionnel et les cours offerts, qui reste une dure réalité à laquelle nombre d’étudiants font face chaque année, en venant grossir les rangs de chômeurs diplômés.

Nous n’avons pas les meilleures universités du monde. Ni même d’Afrique, d’ailleurs. L’UoM, selon le site de recherche «Ranking Web of Universities» en, qui recense plus de 28 000 institutions d’enseignement supérieur de par le monde, se classe, à juillet 2018, au 2 596e rang mondial (57e en Afrique). L’UTM, elle, est au 6 885e rang (244e en Afrique). Les autres sont bien plus loin encore. D’où le besoin de repenser l’enseignement supérieur local.

Attendons voir le mode opératoire de la mise en place de cette «gratuité» avant de la porter aux nues ou de la descendre en flammes. Sans faire de démagogie, espérons que ce gouvernement, ou le prochain qui résultera des élections générales, vienne avec une vraie amélioration de la vie universitaire. Et non pas avec des mesures électoralistes, juste parce qu’il faut gagner une élection, coûte que coûte.

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