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Le Musée d’Histoire Naturelle ou l’érudition évanouie …
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Le Musée d’Histoire Naturelle ou l’érudition évanouie …
Dans le bâtiment décrépi du Mauritius Institute, au bout de La Chaussée, Port Louis, savez-vous qu’un important patrimoine sommeille. Cela m’oblige à une précision. Ne cherchez pas tous ces trésors dans les vitrines du musée. Ils sont amassés, faute d’être conservés, dans ses réserves ! Cela augure notre audace d’espérer qu’un jour nos musées auront des conservateurs, des vrais !
Que viennent voir ces touristes que les tour-opérateurs traînent dans ce lieu désuet ! Que racontent les maîtres et maîtresses qui proposent à notre marmaille, dans le cadre de leurs excursions de découvrir cet espace ? Y retourne-t-on jamais, une fois adulte ? Qui sont ceux qui ont accès aux restes de la formidable bibliothèque de ce musée connu d’une poignée de chanceux ?
Pourtant, à l’origine ce lieu avait été voulu et pensé par des érudits de notre île. C’était certainement en ces temps où chacun mesurait à quel point l’élévation de la conscience passe par la culture. L’Institut de Maurice dont la première pierre fut posée en 1880 a ouvert ses portes quatre ans plus tard, soit en août 1884. Les livres d’histoire révèlent que l’Institut entendait « regrouper un musée d’histoire naturelle, une bibliothèque publique et accueillir les diverses sociétés littéraires et scientifiques». Un an après son ouverture, la savante Royal Society of Arts and Science of Mauritius y transféra son importante collection de livres. Nous interrogeons nous sur ce que sont devenus les 57 mille volumes qui constituaient le fonds de ce temple de la culture ? Nos étudiants et chercheurs savent-ils qu’il était accessible au public à partir de 1903 ?
Les fonds regroupent aussi les collections hétéroclites, mais ô combien précieux, car rares de naturalistes dont Julien Desjardins. Que nous dit notre mize Porlwi de ce jeune homme, naît à Flacq en 1799 et qui a fait de l’étude de la faune et de la flore de Maurice, sa passion. Il y mettait une telle ardeur, une telle rigueur et a fait tant de découvertes primordiales à l’ichtyologie (l’étude des poissons) que l’immense Pr Théodore Monod s’est penché bien des années plus tard sur ses travaux en les citant comme références en la matière. En Europe, en 1839, on le signale même comme un « savant, […] bien connu par divers travaux estimés et par les observations qu’il adressait à l’Académie des Sciences (De Paris) ». Le projet de publication de ses recherches sur l’Histoire Naturelle de l’île Maurice, ne se concrétisera pas car à 41 ans, Desjardins meurt. Sait-on seulement que les réserves du musée regorgent de sa collection privée ? Les collections du musée se sont d’ailleurs enrichies pendant plus d’un siècle grâce à diverses donations. Prenons pour preuve celle faite en mars 1939, par George Antelme. N-a-t-on jamais vu cette collection de coquillages des Mascareignes ?
Que dire de ce musée dont la rumeur annonce la fermeture pour janvier 2016 ? Cela fait des années, que nous le regardons plus comme ces cabinets de curiosité du XVIIIe siècle qui ont permis dans les grandes villes du monde l’émergence de l’idée muséale. Qu’avons-nous fait pour faire évoluer ce dialogue de curieux à curieux, soit entre chercheurs et public que proposent les musées ? J’entendais un excellent conteur du patrimoine rappeler que ces musées d’un autre temps sont d’importance car « ils relient les premiers occupants d’un pays à ceux qui l’habitent encore ».
Géraldine Hennequin-Joulia
Pour Porlwi by Light
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