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Bérenger face au pouvoir rouge

18 octobre 2025, 04:30

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On sentait que Paul Bérenger, qui allie blagues et grincements face aux journalistes, marchait sur des œufs lors de sa conférence de presse de mercredi. Certes, il faut saluer son obsession quasi maladive à convoquer la presse chaque fois qu’il s’installe au PMO – tant mieux pour le débat public – mais il n’a manifestement pas les coudées franches pour tout dire. Il voulait rendre public le rapport sur l’incident – ou la «saga» (pas «sega», plaisante-t-il pour faire rire) – du jet privé, mais il a réalisé qu’il valait mieux attendre le Premier ministre pour que ce dernier donne son feu vert. Bérenger, en homme d’État, sait qu’il s’agit d’une question de sécurité nationale, mais aussi de coopération régionale, tout en respectant le secteur offshore où les hommes d’affaires malgaches pèsent lourd.

Le vice-Premier ministre a déjà sa petite idée sur le fonctionnement de Jet Prime, une filiale d’Airport Holdings, et sur celui de l’aviation civile. Il a comparé ses notes avec celles de Megh Pillay et ces notes convergent vers une refonte de la filiale Jet Prime. Bérenger a ainsi demandé à Suresh Seebaluck, le secrétaire au Cabinet, de rassembler les faits, et il a promis que des décisions importantes seront prises de concert avec Navin Ramgoolam et Megh Pillay. Mais le n°2 du gouvernement n’a pas pu en dire davantage face à la presse : il a dû ronger son frein. Il a compris qu’Airport Holdings (AHL) a, en Megh Pillay, un nouveau patron solidement en place, doté d’une véritable expérience de l’aviation et de la gestion, et que ce dernier est, depuis cette semaine, épaulé par André Viljoen, qui a pris les commandes de la compagnie d’aviation nationale. Ce n’est plus la même chose qu’avec Kishore Beegoo, sur qui l’on pouvait facilement jeter le blâme et faire feu.

Pillay, qui n’est pas revenu pour faire de la figuration, ne s’est pas fait prier pour rappeler, dans l’express d’hier : «J’ai eu plusieurs réunions avec l’équipe de direction de Jet Prime, ex-YU Lounge, depuis cet incident. Elle m’a assuré que tout le protocole avait été respecté pour ce vol, comme c’est le cas pour les autres clients, et qu’elle n’a rien à se reprocher», explique le patron d’AHL, en poste depuis le 1ᵉʳ octobre.

L’Executive Chairman d’AHL ajoute avoir tenu Paul Bérenger informé à intervalles réguliers depuis dimanche, et avoir participé lundi à une réunion avec ce dernier et le secrétaire au Cabinet afin de clarifier la situation concernant les conditions d’atterrissage de ce jet privé. Ces éléments sont venus compléter la conférence de presse de Bérenger, qui voulait garder le suspense sur bien des points en attendant le retour de Navin Ramgoolam mardi.

Au-delà du monde de l’aviation, on sentait que Paul Bérenger, friand d’actualités régionales, voulait discuter davantage des passagers du jet privé et de la situation à Madagascar mais, précautionneux, il ne voulait pas faire de l’ombre au ministre des Affaires étrangères, Ritish Ramful. Sur la crise de l’électricité aussi, le leader du MMM en connaît un rayon : pendant longtemps, le Pr Swalay Kasenally lui fournissait des éléments d’information. Mais sur ce sujet également, les journalistes ont senti que Bérenger – qui n’a pas pu s’empêcher de dire ce qu’il pensait de l’énergie nucléaire ! – n’a pas voulu marcher sur les plates-bandes de Patrick Assirvaden, président du PTr.

Sans doute marqué par l’épisode de juin 1997, lorsque Navin Ramgoolam l’avait brutalement révoqué du gouvernement pour n’avoir pas «respecté la notion de responsabilité et de solidarité gouvernementales», Paul Bérenger donne aujourd’hui l’impression de prendre des gants de velours lorsqu’il s’agit de critiquer la gestion des travaillistes. Le souvenir de cette rupture, qui avait mis fin à une alliance présentée alors comme historique, semble avoir laissé en lui une prudence calculée : ses piques visent davantage les lieutenants ou les décisions prises en l’absence du Premier ministre que Ramgoolam lui-même, ses ministres ou ses nominés.

Derrière ce ton mesuré, presque feutré, perce encore l’ombre de la blessure politique d’hier – celle du chef du MMM qui, s’il ne désarme pas, avance désormais avec plus de tact qu’il n’en avait jadis. Il sait qu’à son âge, il est plus prudent, pour lui et pour sa famille, de rester courtois et respectueux du pouvoir rouge. Même s’il fait semblant de dégainer pour ne pas tirer ensuite. La confrontation n’est pas pour demain. Même si d’aucuns s’obstinent, à tort ou à raison, à ne pas le mettre au parfum des affaires, lui préfère croire qu’on ne veut simplement pas troubler son sommeil ! Sacré Bérenger !

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