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Avnish Rogbeer : «Nous voulons aider le client à transformer un capital financier en stratégie patrimoniale de long terme»

15 avril 2026, 13:00

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Avnish Rogbeer : «Nous voulons aider le client à transformer un capital financier en stratégie patrimoniale de long terme»

Avnish Rogbeer, responsable des investissements et de la gestion de portefeuille chez Absa Wealth.

Les tensions géopolitiques, la volatilité des marchés et les soubresauts sur l’énergie, les devises et les matières premières redessinent les règles du jeu pour les investisseurs. Avnish Rogbeer décrypte avec nous les arbitrages nécessaires.

? Les tensions géopolitiques mondiales bouleversent les marchés. Comment ajustez-vous concrètement les portefeuilles de vos clients dans ce climat d’instabilité et quels choix avez-vous faits récemment ?

Notre discipline reste la même lorsque le bruit de marché s’intensifie. Nous ne construisons pas des portefeuilles dans une logique de court terme, mais pour accompagner nos clients à travers plusieurs cycles. Dans le contexte actuel, marqué par des tensions au Moyen-Orient et ailleurs, une forte sensibilité des prix de l’énergie et une trajectoire des taux devenue moins lisible, nous avons renforcé trois axes : la diversification géographique, la qualité des expositions et une gestion plus active des liquidités. Les marchés ont montré ces dernières semaines à quel point les réactions peuvent être brutales d’une séance à l’autre, avec des mouvements marqués sur le pétrole, les matières premières, les métaux précieux, les taux de change et les actions mondiales.

Concrètement, nous avons privilégié des expositions plus sélectives, à travers une allocation sectorielle ciblée vers des segments de marché résilients et structurellement porteurs, présentant des caractéristiques de qualité telles qu’une forte rentabilité, un bon pouvoir de fixation des prix et des fondamentaux solides. Nous avons également redonné de l’importance au revenu fixe de qualité, les rendements étant redevenus attractifs, tout en restant prudents sur la duration. Enfin, nous utilisons les actifs réels et certaines poches défensives comme outils de résilience, sans céder à l’idée qu’un seul actif puisse protéger un patrimoine en toutes circonstances.

? L’or monte, le pétrole s’emballe, les obligations vacillent. Face à ce que certains appellent désormais un «désordre permanent», quelle est votre philosophie pour protéger un patrimoine et Maurice est-elle vraiment un refuge fiable ?

Notre philosophie est simple. Protéger un patrimoine ne consiste pas à chercher un refuge absolu, mais à construire une architecture robuste et diversifiée. Dans un environnement où le pétrole peut repartir fortement à la hausse et raviver les pressions inflationnistes, tandis que l’or lui-même devient plus volatil lorsque les anticipations de taux changent, la protection ne passe pas par un pari unique mais par des couches complémentaires de diversification. Les développements récents montrent que, malgré son statut de valeur refuge, l’or a également subi des corrections marquées lorsque le marché a réévalué la trajectoire des taux d’intérêt. Maurice reste, à nos yeux, un point d’ancrage crédible. Le pays bénéficie d’institutions reconnues, d’un secteur bancaire et financier résilient ainsi que d’un cadre réglementaire qui continue de se renforcer. La Banque de Maurice souligne la solidité des marges de capital et de liquidité du système, avec un risque systémique jugé modéré. Cela dit, aucun centre financier n’est isolé du monde. Maurice est un refuge relatif, et non une bulle étanche. C’est précisément pour cela qu’un gestionnaire doit combiner expertise locale et lecture globale.

? Banques internationales, acteurs locaux, «family offices»… la concurrence est rude. Qu’est-ce qu’Absa apporte, que les autres n’offrent pas ?

C’est d’abord une combinaison entre ancrage local, capacité panafricaine et standards de gouvernance d’un grand groupe bancaire. À Maurice, beaucoup d’acteurs excellent soit dans la proximité, soit dans l’accès international. Notre force est de relier les deux. Nous accompagnons nos clients avec une approche intégrée incluant banque au quotidien, crédit patrimonial, structuration d’investissement, solutions d’assurance, accompagnement intergénérationnel et accès à des opportunités régionales lorsque cela fait sens. Cette continuité compte énormément pour les entrepreneurs, les familles patrimoniales et les clients mobiles entre Maurice, l’Afrique et d’autres centres financiers. Absa Wealth est par ailleurs une offre régulée localement par la Bank of Mauritius et la Financial Services Commission, ce qui renforce la confiance dans la qualité du cadre d’exercice. Mais au-delà des produits, notre différence tient à la qualité du conseil. Nous ne cherchons pas à sur-réagir aux marchés. Nous aidons nos clients à distinguer ce qui relève du bruit, ce qui relève d’un changement de régime et ce que cela implique réellement pour leur patrimoine.

? Le pays se positionne comme hub financier africain. Pour un «wealth manager», qu’est-ce que cela ouvre comme opportunités et quels sont les risques que vos clients sous-estiment souvent ?

Maurice bénéficie aujourd’hui d’une reconnaissance réelle comme plateforme financière africaine. Le pays a été classé premier centre financier d’Afrique dans le GFCI 38 et également premier en Afrique dans le Smart Centres Index fin 2025. Pour un gestionnaire de patrimoine, cela ouvre plusieurs opportunités : accès à des flux d’investissement panafricains, structuration d’actifs régionaux, accompagnement d’entrepreneurs exposés au continent et développement de solutions transfrontalières plus sophistiquées. Le risque souvent sous-estimé par les clients est de confondre potentiel et liquidité. L’Afrique offre des perspectives structurelles fortes, mais tous les actifs africains ne sont pas investissables avec le même niveau de transparence, de gouvernance ou de profondeur de marché. Un deuxième risque sous-estimé est le risque de change. Enfin, dans un hub financier, la réputation est un actif à part entière : la conformité, la traçabilité des flux et la discipline de gouvernance deviennent aussi importantes que la performance.

? «Private equity», immobilier, actifs réels… Les alternatifs sont-ils vraiment entrés dans les portefeuilles à Maurice, ou les clients restent-ils attachés aux placements classiques ?

Les alternatifs progressent clairement, mais de façon encore sélective. Le client mauricien reste attaché à la liquidité, à la visibilité et au tangible, ce qui explique l’attrait persistant pour les dépôts, les obligations, les actions internationales et l’immobilier. En revanche, nous observons un intérêt croissant pour les actifs réels, certaines stratégies privées et les solutions décorrélées, surtout chez les entrepreneurs et les familles déjà bien diversifiées. Notre rôle est d’éviter deux excès, surestimer les alternatifs parce qu’ils paraissent sophistiqués ou les écarter parce qu’ils semblent moins familiers. Ils ont leur place, mais dans un cadre rigoureux qui repose sur la sélection, l’horizon d’investissement, la liquidité et la gouvernance.

? La transmission de patrimoine se prépare souvent trop tard. Comment Absa accompagne-t-elle concrètement ses clients dans cette étape, notamment dans un contexte de fortunes familiales et entrepreneuriales ?

La transmission patrimoniale ne doit pas commencer lorsqu’une urgence survient. Elle doit être abordée lorsque le fondateur ou la famille est encore en position de décider sereinement. Nous accompagnons ce travail comme un processus et non comme un document à signer. Il s’agit d’abord de clarifier les objectifs, protéger le conjoint, organiser l’équité entre héritiers, préparer la relève entrepreneuriale, sécuriser la liquidité et éviter les zones d’ambiguïté. Dans les fortunes entrepreneuriales, le vrai sujet est souvent la concentration du patrimoine dans une seule entreprise. Nous aidons donc nos clients à penser simultanément la gouvernance familiale, la diversification du patrimoine privé et la préparation des générations suivantes. Une bonne transmission est autant une question de structure que de conversation.

? Selon vous, quelles sont les principales lacunes dans la culture patrimoniale des investisseurs mauriciens et quel rôle Absa veutelle jouer pour les combler ?

La première lacune est de confondre épargne, investissement et stratégie patrimoniale. Beaucoup d’investisseurs gèrent encore leurs avoirs en silos, sans vision consolidée du risque, des devises, de la liquidité et de la transmission. La deuxième est la sous-estimation du temps, un patrimoine se construit dans la durée et la cohérence, et non par une succession de réactions tactiques. La troisième est de considérer que la performance suffit, alors que la pérennité d’un patrimoine repose aussi sur sa structuration, sa gouvernance et la transmission d’une véritable culture financière. Chaque génération n’entretient pas le même rapport au patrimoine, ce qui explique souvent l’érosion des fortunes familiales. Le rôle d’Absa est précisément d’élever la conversation. Nous voulons être un partenaire qui aide les clients mauriciens à lire le monde avec davantage de recul, à structurer leurs décisions avec plus de méthode et à transformer un capital financier en véritable stratégie patrimoniale de long terme.

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