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Rapport de l’Audit 2024-2025
Au-delà des chiffres : Des milliards évaporés dans les failles du système
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Rapport de l’Audit 2024-2025
Au-delà des chiffres : Des milliards évaporés dans les failles du système
Le dernier rapport de l’audit ne se contente pas d’aligner des irrégularités administratives. Il dresse un constat bien plus préoccupant : à Maurice, le gaspillage des fonds publics n’est plus accidentel, il tend à devenir structurel. Derrière les chiffres, c’est un mode de gestion qui interroge – celui d’un État qui dépense beaucoup, mais dont une part significative des ressources se dissipe dans des inefficiences, des erreurs et des abus répétés. Pris isolément, certains montants relevés peuvent sembler anecdotiques. Mais mis bout à bout, ils révèlent une réalité autrement plus grave : des milliards de roupies s’évaporent chaque année dans les failles d’un système insuffisamment contrôlé.
Intitulé Making a Difference to the Lives of Citizens, ce rapport de plus de 800 pages – le deuxième de l’Alliance du changement – passe au crible les carences administratives de nombreux ministères et organismes parapublics. Il met en lumière des abus de fonds publics, des projets mal conçus, des politiques mal ciblées et, plus largement, une gouvernance défaillante.
Dans son message, le directeur de l’audit, Dharamraj Paligadu, souligne que «les défaillances constatées incluaient des inefficacités dans les achats, des contrôles de recettes insuffisants, un suivi inadéquat des dépenses, des lacunes dans la gestion des projets et des contrats, ainsi qu’un suivi insuffisant des recommandations des comités d’audit». Il ajoute que «ces lacunes nuisent à l’efficacité de la prestation de services et à la valeur ajoutée pour les citoyens».
Secteurs clés fragilisés
Comme chaque année, certains ministères sont plus épinglés que d’autres dans ce rapport couvrant l’année fiscale 2024-2025. Dans le secteur de la santé, pilier des services publics, une série de dysfonctionnements révèle un manque de planification et de contrôle. Les défaillances dans la formation et le développement du personnel risquent de compromettre la qualité des services. Plus préoccupant encore, des investissements importants ne produisent pas les résultats attendus, illustrant un décalage persistant entre les dépenses engagées et la performance réelle.
Le ministère du Tourisme présente des constats similaires. L’audit met en évidence une absence de résultats tangibles malgré des financements conséquents. Les indicateurs de performance pour 2024-2025 n’ont pas été atteints, traduisant une utilisation inefficace des fonds alloués à la promotion touristique. Des subventions importantes ont été versées à des organismes comme la MTPA, sans que leur impact réel sur les arrivées touristiques ou les recettes ne soit clairement démontré. Cette situation reflète une gestion davantage axée sur la dépense que sur la performance.
Au niveau des infrastructures, les critiques sont récurrentes : retards, surcoûts et projets mal maîtrisés. Le rapport souligne des délais importants dans la mise en œuvre de projets, notamment dans les travaux de drainage et de construction, entraînant des coûts supplémentaires et une perte d’efficacité. Les projets routiers et de ponts souffrent d’une supervision insuffisante, avec des dépassements budgétaires et un contrôle limité des prestataires. Dans certains cas, des contrats ont été résiliés, puis relancés, aggravant les coûts et retardant la livraison des infrastructures.
Le ministère des Affaires étrangères n’échappe pas aux critiques. Le rapport met en évidence des dépôts de garantie non recouvrés après la résiliation de contrats de location, entraînant des pertes directes pour l’État. Des retards dans la nomination de diplomates ont également des implications financières et opérationnelles, affectant le fonctionnement des missions à l’étranger. Par ailleurs, des délais dans la réalisation de projets immobiliers diplomatiques ont généré des coûts supplémentaires, révélant une gestion inefficace des investissements à l’international.
Des dysfonctionnements sont également relevés dans le système de protection sociale, avec des paiements excédentaires de pensions, illustrant des failles importantes dans les mécanismes de contrôle. D’autres aides sociales ont été versées de manière inappropriée, faute de vérification rigoureuse des critères d’éligibilité. Ces erreurs, loin d’être marginales, traduisent une gestion laxiste des fonds publics.
Le Reward Money, qui a défrayé la chronique l’année dernière, occupe également une place notable dans le rapport. Un montant de Rs 57,5 millions a été déboursé, dont Rs 56 millions destinées à des informateurs. Initialement prévu à Rs 16,2 millions, ce dispositif a connu une hausse de 259 %, soulevant des interrogations sur son encadrement et sa justification. Au-delà des cas sectoriels, le rapport met en évidence un problème structurel de gouvernance. Plusieurs ministères présentent des non-conformités aux lois et règlements ainsi qu’un manque de suivi des recommandations d’audits précédents. Les rapports financiers de certaines entités ne sont pas soumis dans les délais, limitant l’efficacité du contrôle des fonds publics.
De nombreux projets souffrent d’un manque de coordination interinstitutionnelle, entraînant duplications et inefficiences. Enfin, l’absence de culture de performance – où des objectifs non atteints restent sans conséquences – alimente une forme d’impunité administrative. Ce rapport met en lumière une réalité préoccupante : l’État mauricien perd des milliards, non pas faute de ressources, mais en raison de leur mauvaise gestion.
Dans un contexte marqué par des contraintes budgétaires et un niveau d’endettement élevé, ces dérives constituent un risque majeur pour la soutenabilité des finances publiques. Plus qu’un simple constat, ce document appelle à une réforme en profondeur de la gouvernance publique, fondée sur la transparence, la performance et la responsabilité. À défaut, les mêmes erreurs continueront de se répéter – au détriment des contribuables et du développement économique du pays.
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Finances publiques : dérives structurelles et manque de contrôle
Au cœur de l’appareil d’État, le ministère des Finances et les institutions associées présentent des faiblesses systémiques dans la gestion budgétaire et financière. L’audit souligne la nécessité d’un renforcement de la supervision budgétaire, en raison de lacunes dans le suivi des dépenses et des écarts entre prévisions et réalisations. Des investissements publics ne génèrent aucun rendement ; certains n’ayant produit aucun retour depuis leur acquisition. Cette situation constitue une immobilisation inefficace de capitaux publics. Par ailleurs, des arriérés de recettes fiscales persistent, traduisant une inefficacité dans la collecte des revenus de l’État. Le problème est aggravé par des paiements de compensations liés à des litiges ou négligences administratives, qui auraient pu être évités avec une meilleure gestion. Dans l’ensemble, ces éléments reflètent une gestion financière marquée par un manque de rigueur et d’anticipation, avec des conséquences directes sur la soutenabilité des finances publiques.
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