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“Singapour a réussi parce qu’il s’est ouvert aux entrepreneurs étrangers”

28 septembre 2004, 20:00

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▪<B>Vous êtes un des promoteurs du programme “Spirit of Enterprise” (SOE) à Maurice. Décrivez-nous la philosophie derrière cette initiative ?</B>

Le SOE part du principe qu’un des moyens de créer des emplois est de permettre aux gens de se mettre à leur propre compte au lieu d’aller chercher du travail ailleurs. Cela implique un changement dans le modèle mental de la population. Nous avons à Maurice un système prédominant dans lequel les parents veulent que leurs enfants réussissent sur le plan académique afin qu’ils puissent trouver un emploi dans le secteur privé ou dans la fonction publique. Les enfants grandissent avec ce même état d’esprit.

Le nouveau modèle que nous préconisons au SOE est le suivant : les parents devront toujours soutenir leurs progénitures pour que ces derniers réussissent brillamment leurs études. Toutefois, cela devra se faire avec l’objectif que ces derniers puissent à l’avenir créer leurs propres entreprises. Il est important que les enfants réfléchissent dans ce sens.

Qui dit créer sa propre boîte dit créer de l’emploi pour soi-même et pour d’autres personnes. On devient son propre patron. On créé ainsi de la richesse pour soi-même et pour le pays.

Pour amener ce changement dans les mentalités, il faut que la société soit fière de ses entrepreneurs et qu’elle trouve les moyens de les honorer et les mettre en valeur afin qu’ils servent de modèles aux aspirants jeunes businessmen. Une des missions principales du SOE est de promouvoir cette reconnaissance.

▪<B> Concrètement, comment comptez-vous vous y prendre ?</B>

Nous comptons honorer chaque année un certain nombre d’entrepreneurs. Notre but est d’aider les gens à réussir dans l’entrepreneuriat. D’abord en les permettant de faire du networking entre eux mais aussi en leur donnant la possibilité de découvrir des entrepreneurs existants. Nous exposons les jeunes à la somme de connaissance des hommes d’affaires établis. Les jeunes devront pouvoir se dire : “S’il a réussi pourquoi pas moi ?”

Le SOE est inspiré d’un concept qui a fait ses preuves à Singapour et où il porte le même nom. SOE est une compagnie privée à but non lucratif. Elle a pour mission de mettre à exécution la philosophie énoncée. L’initiative bénéficie du soutien logistique d’un certain nombre d’organisations privées dont le groupe Mon-Loisir, La Sentinelle Ltée, le groupe Shibani et le cabinet de conseil Straconsult.

▪<B> Comment se fera le transfert des expériences ? </B>

Il faut d’abord identifier les entrepreneurs susceptibles de servir comme références aux autres. SOE espère trouver quelque cent élèves de l’université de Maurice et de l’université de Technologie qui sont sollicités pour effectuer des recherches sur les entrepreneurs. En faisant des interviews, ces étudiants seront exposés aux connaissances des businessmen confirmés. Les dossiers sur les entrepreneurs feront l’objet d’un concours national dont la tenue coïncidera avec la célébration du 37e anniversaire de l’Indépendance du pays en mars 2005.

Dans un premier temps, 70 personnes seront nominées. Leur success stories seront diffusées dans les médias et sur le site web du SOE. Le public sera par la suite invité à élire 37 entrepreneurs.

Ces derniers seront appelés à assumer le rôle de mentor auprès des plus jeunes notamment les étudiants du secondaire. SOE demandera à chaque gagnant de choisir un établissement secondaire pour agir en tant que mentor auprès des groupes d’élèves qui sont intéressés à participer à des initiatives d’entreprise.

Les jeunes pourront ainsi vivre des expériences du monde des affaires. Si leur projet échoue, ils pourront quand même en tirer des leçons. Et puis, ils apprendront que beaucoup d’entrepreneurs ont connu l’échec avant de goûter au succès.

SOE publiera un ouvrage à partir des entretiens auprès des entrepreneurs. La publication sera distribuée gratuitement aux écoles et aux universités et sera mise en vente pour le grand public.

▪<B>Quelle a été la contribution du SOE dans le succès de l’entrepreneuriat à Singapour ?</B>

Le gouvernement singapourien reconnaît désormais cet organisme comme un instrument pour la promotion de l’entreprise. Les institutions étatiques chargées d’encadrer les entrepreneurs travaillent en étroite collaboration avec nous.

Depuis l’introduction de ce mouvement il y a trois ans, nous avons constaté une meilleure reconnaissance des opérateurs qui se trouvaient dans l’ombre. Il y a eu des écoles qui ont lancé des initiatives d’entreprise. Il y a aussi une plus grande compréhension des défis à relever avant de se lancer. On est plus à même de surmonter les difficultés.

▪<B> Singapour est présenté comme un pays où l’entrepreneuriat fleurit merveilleusement…</B>

Il faut pour cela jeter un regard sur l’histoire du pays. Singapour s’est développé grâce à l’esprit d’entreprise des immigrants venus de la Chine et de l’Inde. Il y a donc un héritage fructueux sur ce plan. Au moment de l’indépendance il y 39 ans, le pays a été confronté aux défis de création d’emplois. Le gouvernement d’alors a décidé d’attirer les multinationales et a beaucoup investi pour la mise en place de l’infrastructure. Ce modèle a donné à Singapour un succès économique très honorable jusqu’à la crise asiatique des années 1996-97. Depuis, les dirigeants politiques ont prôné un engagement massif de l’Etat dans l’économie et un retour aux valeurs et à l’esprit d’entreprise qui animaient la population avant l’arrivée des multinationales.

Cette philosophie a porté ses fruits étant donné le nombre d’entrepreneurs que Singapour a pu produire au cours de ces dernières années. Le gouvernement a adopté une ouverture vers l’extérieur. Il a entrepris des actions en vue d’attirer des entrepreneurs du monde entier, en particulier de l’Inde et de la Chine. A titre d’exemple, il y a environ 1 500 sociétés indiennes qui se sont installées à Singapour. Ce pays reconnaît qu’il peut tirer des bénéfices énormes grâce à cette ouverture. En même temps, le gouvernement encourage les Singapouriens à devenir des entrepreneurs.

▪<B>Cette ouverture vers l’étranger ne risque-t-elle pas de tuer l’initiative locale ?</B>

Je ne le pense pas. Bien au contraire, cela donne lieu à une effervescence très saine chez les aspirants entrepreneurs locaux. Le Singapourien se dit “si l’étranger a réussi dans mon pays, alors pourquoi pas moi ?” Il y a un échange de connaissances entre l’entrepreneur local et l’étranger. Cela aide à la création d’emplois et contribue à enrichir la société.

Le gouvernement fait de son mieux pour créer l’environnement de support pour celui qui souhaite lancer son propre business. Les opportunités existent notamment dans les secteurs de la technologie informatique, les services éducatifs, la distribution, les activités créatives telles la publicité, la production des films ainsi que toute une vaste gamme de services.

Le modèle singapourien doit inspirer Maurice dont l’économie est à la croisée des chemins. Les secteurs traditionnels de la croissance à savoir le sucre, le secteur manufacturier et le tourisme font face à des difficultés. Les Petites et moyennes entreprises peuvent beaucoup contribuer pour générer des emplois. D’ailleurs, elles en créent plus que les grosses boîtes.

<I>“Le SOE est inspiré d’un concept qui a fait ses preuves à Singapour où il porte le même nom. SOE est une compagnie privée à but non lucratif. Notre objectif est d’aider les gens à réussir dans l’entrepreneuriat.”</I>

ropos recueillis par Akilesh ROOPUN</I>

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