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“Maurice est un fournisseur plus fiable que la Chine”
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“Maurice est un fournisseur plus fiable que la Chine”
● <B>Comment vos activités commerciales ont-elles débuté à Maurice ?</B>
J’ai découvert Maurice en tant qu’acheteur textile en 1984. à l’époque, je travaillais beaucoup avec Southern Textiles qui était un important fournisseur sur le marché britannique.
Dix ans plus tard, j’ai fermé mon bureau à Hong Kong pour en ouvrir un à Maurice. C’est ainsi qu’est né Ezgo Ltd en partenariat avec Mukesh Gopal, ancien patron de Southern Textiles.
Aujourd’hui Ezgo Ltd travaille essentiellement sur le marché britannique pour des clients comme Top Shop, Dorothy Perkins, Debenhams. Sur le marché américain, nous approvisionnons des enseignes comme Express Ltd et Urban Outfitters, entre autres.
<B>“Maurice aurait dû devenir un hub pour le textile, non seulement pour la production mais aussi pour le service. J’ai discuté longuement avec les gouvernements précédents pour développer cette idée.”</B>
● <B>Vous avez donc quitté Hong Kong pour Maurice alors qu’aujourd’hui, les principaux acheteurs quittent Maurice pour l’Asie. Comment expliquez-vous ce cheminement ?</B>
J’ai vu en Maurice un fournisseur fiable que l’on pouvait développer davantage pour servir le marché européen. Maurice est plus fiable que les pays africains producteurs de vêtements. La Chine avait et a toujours un long délai de livraison tandis qu’à Maurice j’ai vu des possibilités de réduire ces délais.
La qualité de la main-d’œuvre mauricienne a été également un facteur important. Elle a un meilleur niveau de formation comparativement à ceux des pays comme le Botswana, le Lesotho, l’Afrique du Sud ou le Mozambique.
Maurice aurait dû devenir un hub pour le textile, non seulement pour la production mais aussi pour le service. J’ai discuté longuement avec les gouvernements précédents pour développer cette idée mais je crois que ce n’était pas leur priorité. Cela aurait pu marcher car ce pays avait tous les atouts en main : infrastructure, communication, système bancaire.
Nous avons donc développé que le marché local comme source d’approvisionnement. Nous avons établi des partenariats avec des entreprises locales de textile-habillement. à titre d’exemple, nos achats de Star Knitwear sont passés de 2 millions de pièces à 8 millions de pièces et augmenteront à 12 millions de pièces l’année prochaine.
Nous travaillons avec plusieurs entreprises locales telles que Sonia Wear, World Knits, Firemount, Manupan, Beachwear. Nous achèterons 12 millions de pièces de vêtements cette année.
● Est-ce que Maurice est toujours une source d’approvisionnement intéressante aujourd’hui ?</B>
Pour notre compagnie elle l’est toujours en raison des partenariats stratégiques que nous avons établis avec les entreprises. Elles savent qu’elles réussiront si elles continuent à investir. Avec la réduction continue des délais de livraison, Maurice est toujours une source d’approvisionnement importante pour l’Europe et les états-Unis.
Nous avons pu convaincre nos clients que nous sommes un fournisseur fiable et honnête. Nous leur avons également assuré que les usines avec lesquelles nous travaillons ont compris leurs exigences de qualité et que nous y veillons ensemble. Nos plus importants clients en Europe ont désigné Star Knitwear meilleur fournisseur du monde durant trois années consécutives.
● Vous exportez aussi sur le marché américain. Quel sera l’impact de l’expiration vendredi dernier de la dérogation qui permettait d’importer du tissu de pays tiers ?</B>
Cela aura certainement un impact même si je crois que les entreprises de textile-habillement sont aujourd’hui davantage tournées vers le marché européen. Mais ce qui compte le plus, c’est de continuer à investir pour améliorer la qualité et réduire les délais de livraison. Si nous réussissons, nous aurons toujours des commandes américaines.
Nous avons renoué contact avec Express Ltd qui a passé une commande de 3 millions de pièces. Dans le passé cet acheteur américain n’avait pas été très satisfait. La raison est qu’il n’avait pas de bureau de liaison ici pour suivre sa commande. Nous remplissons maintenant ce rôle et il est de retour à Maurice.
Nous serons quand même ravis si la dérogation est renouvelée mais rappelons que les entreprises qui sont verticalement intégrées continueront à bénéficier d’un accès en hors taxes pour leurs vêtements sur le marché américain.
<B>“De nombreuses entreprises ont évolué dans leurs propres petits cocons. Elles ne comprennent rien de ce qui se passe. Les compétences et le savoir des étrangers sont essentiels pour la survie de Maurice.”</B>
● <B>Avec la contraction continue de l’industrie du textile et de la confection, la crainte est qu’il n’y ait plus de masse critique pour attirer les acheteurs. Qu’en pensez-vous ?</B>
La survie est dans la spécialisation. Il faut arriver à offrir des produits qu’il est difficile de trouver ailleurs. Il y a des entreprises qui ont déjà compris cela et ce sont celles qui survivront. Les autres doivent se réveiller très vite sinon elles mourront.
L’industrie se contracte et c’est malheureusement inévitable. Mais les entreprises solides qui ont investi massivement et qui ont une équipe dirigeante de qualité survivront.
Le problème aujourd’hui est que les grands groupes de textile n’ont pas un management aussi solide que dans le passé.
● <B>Pourquoi ?</B>
Ils auraient dû développer des partenariats à travers le monde mais ils se sont montrés arrogants et n’ont pas laissé les entrepreneurs pousser l’industrie à travers des fusions. Dans la pratique, ce n’est pas ce qui s’est passé. Au lieu de construire des clusters avec des entreprises du monde entier, chaque entreprise a travaillé individuellement.
Une véritable industrie des services du textile aurait dû exister. Elle aurait agi comme intermédiaire entre les entreprises de confection et les clients. à Hong Kong, l’industrie du textile s’est contractée mais celle des services a connu une expansion.
● Aujourd’hui après l’abolition des quotas, tout le monde craint la Chine et les pays d’Asie. Quel avenir pour Maurice ?</B>
J’avais un bureau d’achat à Hong Kong depuis 1977. On ne peut faire confiance aux producteurs chinois mais j’ai confiance dans les entrepreneurs mauriciens. Ils sont plus fiables et plus honnêtes. C’est plus facile de traiter avec eux.
Nous avons fait beaucoup de progrès en termes de qualité. Nous avons aussi ramené les délais de livraison de trois à quatre mois à trois ou quatre semaines.
● <B>Vous n’êtes donc pas pessimiste pour l’industrie du textile-habillement ?</B>
Ce n’est pas ce que je dis. Je ne m’en fais pas pour les entreprises qui travaillent avec notre compagnie, Ezgo Ltd. Nous avons eu la prévoyance de comprendre le potentiel que représente le développement des partenariats stratégiques avec des compagnies de textile au lieu de les laisser travailler directement avec les acheteurs.
L’industrie de la confection et du textile évolue très rapidement et il faut un réseau international comme nous en avons pour se tenir au courant des derniers développements. Malheureusement à Maurice, de nombreuses entreprises ont évolué dans leurs propres petits cocons. Elles ne comprennent rien de ce qui se passe.
Les compétences et le savoir des étrangers sont essentiels pour la survie de Maurice qui est un îlot perdu au milieu de l’océan Indien.
Une petite parenthèse pour dire que malgré tout ce que j’ai contribué dans ce pays, on me refuse un visa de résident.
Le développement d’un hub du textile aurait permis l’émergence d’une industrie des services qui aurait fait la différence. à Maurice, certains agents textiles donnent une mauvaise image du pays. Une compagnie de services se bat pour l’acheteur mais aussi pour l’entreprise de confection.
Nous garantissons un minimum de commandes aux compagnies qui sont nos partenaires et cela les aide à planifier leurs investissements. Les agents ne font qu’attendre qu’un acheteur passe une commande et ils la transmettent à une compagnie et c’est tout.
Le chiffre d’affaires d’Ezgo Ltd a crû de 20 à 22 % au cours de ces cinq dernières années, ce qui implique que les entreprises qui sont nos partenaires ont aussi grandi avec nous. C’est ce qui me fait dire que les entreprises qui sont nos partenaires survivront.
<I>Propos recueillis par</I>
<B>Stéphane SAMINADEN</B>
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