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“C’est la première fois que l’hôtellerie fait face à une telle crise”
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“C’est la première fois que l’hôtellerie fait face à une telle crise”
● <B> La performance de la destination mauricienne sur le marché européen n’est pas brillante en mai. Qu’est-ce qui explique ce recul ?</B>
Nous sommes en basse saison et ce n’est pas vraiment la meilleure période… Actuellement, c’est la Coupe du monde qui polarise l’attention mais il y a aussi les effets du chikungunya. C’est la crise nationale numéro un et c’est la première fois que l’hôtellerie fait face à une telle situation.
Il suffit qu’il y ait quelques groupes qui annulent et il y a un recul dans les arrivées, comme c’est le cas pour l’Allemagne, l’Italie ou le Royaume-Uni, en mai. Mais pour le marché français, il n’y a pas de doute, c’est définitivement l’impact du chikungunya.
● <B>Cet impact sur l’industrie touristique a-t-il été chiffré ?</B>
L’Ahrim n’a pas compilé de chiffres. Mais nous pouvons avancer qu’il y a eu des pertes globales de plus de Rs 700 millions pour la période allant de mars à juin. Il faut ajouter les réservations qui n’ont pas été effectuées pour les mois d’octobre à décembre.
La baisse a été phénoménale sur le marché français et pendant deux mois le téléphone a carrément cessé de sonner dans les centrales d’achat.Tout cela est très fragile et il suffit d’une mauvaise information et la situation peut redevenir menaçante en haute saison.
Donc pour éviter cela, il y a une concertation entre le gouvernement et l’Ahrim. Les experts singapouriens qui sont venus en avril, reviennent en juillet pour s’assurer que tout est fait durant la phase hivernale. Ils seront là en octobre pour le début de l’été. Nous voulons nous assurer que tout sera fait. Mais la bataille contre le chikungunya est l’affaire de tous.
● Quel serait le scénario catastrophe à éviter ?
Si notre principal marché, la France, désertait la destination mauricienne entre octobre et janvier, au moment où nous faisons le plein, ce serait une très mauvaise nouvelle. Cela aurait des répercussions économiques désastreuses, par exemple, sur les integrated resorts schemes…
● <B>Que peut-on faire pour améliorer la performance de la destination durant la basse saison ?</B>
Les hôteliers introduisent chaque année toutes sortes de solutions promotionnelles. Il y a eu les effets climatiques avec des étés européens chauds et des hivers australs frileux. Nous étudions aussi les marchés alternatifs et les effets se font sentir au fur et à mesure. Le marché australien connaît une croissance de 63 %, en mai probablement due à quelques groupes. Il ne faut pas être optimiste de façon exagérée.
C’est la même chose pour le marché indien où l’on essaie de capter la clientèle haut de gamme. Lors de la campagne promotionnelle dans ce pays, en février, nous nous sommes rendus compte que ce marché n’était pas insensible. Il y a déjà une augmentation des arrivées, avec plus de 30 % de croissance pour les cinq premiers mois.
● <B> Comment les hôteliers répondent-ils aux exigences particulières des touristes indiens ?</B>
Il y a une certaine spécificité au niveau gastronomique et c’est la première préoccupation de ce type de clientèle. Mais ce n’est pas compliqué d’y répondre et il suffit de se préparer. Nous avons déjà la réponse…
● Partagez-vous les objectifs de croissance du gouvernement ?</B>
L’Ahrim adhère effectivement à la vision politique énoncée pour la destination. Mais avant de pouvoir accueillir deux millions de touristes, il y a des milliers de choses à faire. Et l’Ahrim veut participer à l’élaboration de ce master plan.
Tout hôtelier voit, dans ces objectifs de croissance, une opportunité d’accroître ses parts de marché, à travers des partenariats ou de façon individuelle, pour arriver à un parc hôtelier de quelque 25 000 chambres.
● <B>Ces objectifs ne sont-ils pas démesurés ?</B>
C’est une vision, un signal fort, pour 2015 et au-delà. Nous allons essayer de faire le mieux possible. En ce qui concerne l’espace, il y a la solution des Pas géométriques ou encore celle des terrains de catégorie inférieure.
L’état doit cependant permettre aux investisseurs de modifier et de convertir ces terrains afin d’améliorer leur potentiel. Prenons l’exemple de Touessrok, un îlot rocheux qui a été converti, au fil des travaux et des rénovations, en un des plus beaux hôtels de Maurice. Si on veut accueillir deux millions de touristes, il faut pouvoir leur faire plaisir.
Ce processus de transformation donne parfois lieu à des confrontations avec la populations locale, comme cela est actuellement le cas entre les pêcheurs du Sud-Est et les promoteurs du projet de développement touristique Anahita…
Dans un contexte de développement, l’état doit pouvoir apporter des solutions à ce genre de problèmes.
La situation n’est pas saine, surtout s’il y a politisation.
Si chaque projet finit devant les tribunaux, c’est un mauvais signal pour les investisseurs. Mais je crois savoir que le problème pour Anahita est en passe d’être résolu.
Il y a aussi la responsabilité sociale des hôteliers. Nous avons compris le message et nous allons jouer le jeu, tout en souhaitant que les requêtes ne soient pas démesurées dans certains cas.
● <B>Quelles sont les exigences de l’Ahrim pour atteindre les objectifs de croissance ?</B>
Pour la capacité aérienne, les choses bougent dans le bon sens. Le verrou a sauté. Nous attendons plus de moyens pour la Mauritius tourism promotion authority. Il en faut toujours plus pour la promotion.
Il faut aussi que l’environnement du pays suive.
La taxe environnementale de 0,75 % va dans les caisses de l’état et nous aimerions savoir à quoi elle sert, d’autant plus que nous avons été frappés d’une nouvelle taxe. Il y a encore beaucoup de choses à faire au niveau de la santé publique, de la signalétique sur les routes, des chiens errants… Pour accueillir deux millions de touristes, il faut une gestion beaucoup plus dynamique. Et si le touriste est plus à l’aise, le Mauricien le sera tout autant.
● <B>Pensez-vous qu’il y a des déficits au niveau de la formation ?</B>
Il y a un challenge phénoménal à relever. L’état va investir dans l’école hôtelière dont la structure est limitée. L’Ahrim est en train de proposer des idées pour améliorer cette institution. En attendant, les hôteliers ont tous leurs académies de formation qui fonctionnent à plein régime.
Si l’on prend le cas des hôtels de Bel-Ombre, ils avaient besoin de 1 500 nouveaux employés à un moment où l’école ne produisait qu’un peu plus de 500 personnes formées. Il y a donc eu débauchage et surenchère.
● <B>L’hôtellerie peut-elle offrir de l’emploi à des gens qui ont toujours travaillé dans des champs ou des usines ?</B>
Oui, dans certains métiers, c’est possible, par exemple dans les jardins, dans les cuisines ou les chambres. Les hôteliers ont pris note de cette exigence de développement et comptent appliquer le principe pour tout nouveau projet.
● <B>L’industrie touristique et surtout hôtelière ne doit-elle pas s’ouvrir davantage ?</B>
Il y va de la loi du marché. Il y a eu, au fil des années, des rachats d’hôtels indépendants non performants et des groupes se sont consolidés. Ces démarches purement commerciales sont dictées par le marché. Certains réalisent de bonnes performances, d’autres se débrouillent moins bien. Je crois que la compétition est saine.
● <B>Quelle est la recette de ceux qui réussissent ?</B>
Le marketing, la gestion, le positionnement…
● <B>Faut-il de plus en plus de pression pour une participation plus systématique des petits opérateurs ?</B>
Pourquoi pas. Mais aura-t-on la qualité exigée ? Cela dit, lorsque nous nous penchons sur la part de sous-traitance dans l’hôtellerie, force est de constater qu’elle est déjà très importante. Fournitures de légumes, sociétés d’entretien de jardins, boat-houses… Mais il y a des services pointus au centre de l’opération hôtelière qui doivent être de très grande qualité.
Mais on peut toujours débattre du fait qu’il faut plus de sous-traitance. Chaque hôtelier essaie dans sa région, de sous-traiter. Mais s’il doit le faire avec une centaine de petits opérateurs différents, cela devient compliqué. Nous sommes dans un métier de qualité et si nous ne la trouvons pas là où nous sommes implantés, nous sommes obligés d’aller la chercher ailleurs.
● <B>Quelle sera votre priorité à la tête de l’Ahrim ?</B>
Je souhaiterais que l’association se rapproche davantage des petits hôteliers car je suis moi-même issu d’un groupe de petits hôtels. Il faudrait plus de communication et se mettre davantage à l’écoute des petits afin de voir comment mieux les aider.
<I>Propos recueillis par</I> <B>Thierry CHATEAU</B>
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