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Être parent, un rôle qui s?apprend

3 avril 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Enfants, victimes de maltraitance. Enfants, victimes de violences sexuelles. Pour mieux aider ces enfants, le club Soroptimist International de Port-Louis a lancé jeudi dernier un site web pour dire non à l?exploitation sexuelle. Les jeunes sont invités à consulter le site en toute confiance d?anonymat, alors que leurs questions seront recueillies par des professionnels qui tenteront de leur apporter des solutions.

Au-delà de ces témoignages, il importe de s?interroger sur le rôle des parents. Car si l?école à son mot à dire dans l?éducation des enfants, les parents doivent pour leur part leur apporter un univers de stabilité. Or, tel n?est pas toujours le cas.

Comment mieux encadrer son enfant ? Être parent ne s?improvise pas. Surtout, aujourd?hui, dans un environnement en pleine mutation où prédominent des familles nucléaires qui ne peuvent plus compter, comme jadis, sur d?autres membres d?une famille plus élargie. Evoquer l?instinct maternel ou paternel comme garant du bon rôle de parent est un leurre. Toute une préparation est requise. C?est une réelle responsabilité, un engagement envers soi et envers l?être qu?on a mis au monde.

On ne peut pas se limiter à prodiguer des soins et à répondre aux besoins primaires qui sont boire, manger et dormir. ?Il n?est pas question d?élever un enfant de façon irresponsable. Il ne suffit pas de lui donner le gîte et le couvert. Au départ, il faut qu?il soit désiré et que les parents puissent lui accorder leur temps, l?énergie et qu?ils aient la capacité émotive de l?élever?, souligne Shirin Aumeeruddy-Cziffra, Ombudsperson for Children.

?De nos jours, on a trop souvent tendance à oublier la primauté de la relation affective pour des considérations plus matérielles. On veut tout offrir à son enfant et on en oublie l?essentiel.? Certes, un parent ne pourra jamais être parfait mais il ne doit pas oublier qu?au fil des années, il s?érige en modèle aux yeux de son enfant.

Pour la société mauricienne telle qu?elle est conçue, eu égard à nos cultures, c?est quasiment une obligation que d?être parent. Il y a cet impératif d?avoir une descendance, de maintenir la pérennité d?un nom. Or, il y a des gens qui ne sont pas faits pour avoir des enfants et qui n?ont même pas ce désir. Et ces géniteurs forcés qui veulent être dans la norme deviennent forcément de piètres parents.

Lorsqu?il s?agit des filles-mères, la situation devient totalement catastrophique. ?Nous avons de plus en plus de très jeunes filles qui enfantent. Cette sexualité précoce donne lieu à des parents qui ne sont pas du tout formés en tant que tel. Ils n?ont eux-mêmes pas terminé leur adolescence?, déplore Rita Venkatasawmy, consultante en Child Welfare et présidente du Centre d?éducation et de développement pour les enfants mauriciens (Cedem).

<B>Les mères, seules à élever leurs enfants</B>

Ajouté à cela, depuis un peu plus de cinq ans, elle dit noter un changement flagrant au sein de la famille mauricienne. De plus en plus de mères se retrouvent seules à élever les enfants. Ces mamans débordées, et en colère de ne pas pouvoir joindre les deux bouts, se défoulent de plus en plus sur leurs enfants, que ce soit verbalement ou physiquement. ?Du côté des pères, ce n?est guère plus reluisant. Pas plus tard que la semaine dernière, je me retrouve en face d?un papa qui s?étonne qu?on le convoque. Il n?était tout simplement pas conscient de l?effet néfaste que son état alcoolique avait sur son enfant. Et les coups qui s?ensuivaient étaient normaux pour lui?, confie Rita Venkatasawmy. La présidente du Cedem nous rapporte le cas récent d?un père, coupable d?attouchements sexuels sur sa fille. Furieux devant les révélations de cette dernière, il la viole, dit-il, par vengeance. N?intervenons-nous pas assez vite ?

Pourtant tout un arsenal juridique sur les droits de l?enfant accompagné de la Convention des Droits de l?enfant assurant sa protection et sa sécurité existent. Mais quiconque recherche des informations sur le droit des enfants se perd dans les méandres de nombreuses lois disséminées dans le code civil, le code pénal et 52 actes parlementaires. Pendant que 22 autres lois sont indirectement liées aux problèmes les concernant. Une aide : The Rights of the Child in Mauritius. Ce guide englobe tous les aspects légaux qui seront pertinents aux parents, aux travailleurs sociaux et aux nombreuses ONG qui oeuvrent pour le bien-être de cette frange de la population. Les failles et faiblesses de notre système légal sont d?une part mises en lumière dans ce livre. D?autre part, sont relevés les efforts entrepris pour améliorer le sort de l?enfant à Maurice.

Lutter contre les mauvais traitements devrait être l?engagement de toute notre société. Pourtant nombreux sont les enfants qui continuent à être meurtris dans leur chair par des parents défaillants. La maltraitance de l?enfant qu?elle soit physique, psychologique ou sexuelle n?est pas un phénomène récent, même si c?est aujourd?hui que l?on en parle le plus. C?est la prise de conscience de ce problème, les langues déliées, la médiatisation de certaines affaires qui ont transformé notre perception.

Les parents sont les premiers responsables de leurs enfants. Ils ont cependant droit à l?assistance de l?État pour jouer pleinement leur rôle, s?ils se retrouvent démunis. ?La structure est bel et bien là. Mais il manque le contenu. Au ministère, on est dépourvu de personnel faute de moyens. Au sein de la Child Development Unit, il n?y a que 16 officiers pour être sur le terrain dans tout le pays?, déplore Shirin Aumeeruddy-Cziffra. La volonté de changer la donne est réelle. Les campagnes de sensibilisation (16 jours, 16 droits) vont bon train. ?Les parents sont enthousiastes à nous écouter lors des réunions mais dès qu?ils rentrent chez eux, ils ont tout oublié. Il faut une sensibilisation plus soutenue, une éducation sexuelle sérieuse et non moralisante. On ne peut pas accabler la mère qui laisse la fille sur la plage. Par contre, il faut, en amont, apprendre aux parents les dangers qui guettent les jeunes enfants comme les accidents domestiques et toujours les confier à un adulte responsable.? Elle espère qu?avec la mise sur pied par le ministère concerné d?un projet de mentors pour les enfants, qui évoluent dans des familles vulnérables, on verra poindre un début de changement.

Effectivement, vu la situation économique du pays, le changement dans le mode de fonctionnements de la famille avec les deux parents qui travaillent, le ministère s?attelle à trouver des services relais pour prêter main- forte à la famille. ?De plus, le ministère est en train de recruter plus d?officiers et de psychologues parce que les cas d?enfants en situation très vulnérables se multiplient?, rapporte Wendy Rose-Gujadhur, coordinatrice de la Child Development Unit du ministère des Droits de la femme, du développement de l?enfant et du bien-être de la famille. ?Hormis les cas d?abus sexuel et de négligence, on se retrouve avec des enfants abandonnés parce que ces parents défaillants n?arrivent plus à jouer leurs rôles. Bien sûr on doit poursuivre ces parents.?

Aux dires des substituts parentaux, le constat est tel que certains parents se déchargent de plus en plus de leurs responsabilités et les imputent aux instituteurs, professeurs, voire à l?Etat. Comme le souligne Rita Venkatasawmy, ?nous nous occupons de la famille, nous touchons donc à l?intime. Il est urgent de mettre en place une structure bien organisée qui allie le c?ur et la formation technique?.

<B>Premila DOSORUTH</B>

QUESTIONS À ...

<B>Marie Lourdes Lam-Hung</B>

avocate et auteur d?un ouvrage sur les droits des enfants à Maurice

● <B>Quelles sont les lois qui prévalent pour le bien-être et la protection des enfants ? </B>

Il y a trois grandes lois. Le Child Protection Act au sein duquel on retrouve deux ordres : l?Emergency Protection Order qui offre la possibilité de soustraire l?enfant de la maison familiale et le Commital Order pour lequel il y a l?obligation d?arracher l?enfant du cocon familial pour le mettre dans un shelter. Le Protection from Domestic Violence Act protège les partenaires mariés civilement, religieusement ou en concubinage. Mais ce qu?on a tendance à oublier, c?est qu?elle concerne aussi les enfants biologiques et adoptés en dessous de 18 ans. Le Protection of the Child Miscellaneous Act, qui englobe d?autres lois concernant la drogue ou le jeu, a été institué pour harmoniser nos propres lois avec les clauses de la Convention des droits de l?enfant.

● <B>Dans quelles mesures ces lois sont-elles réellement appliquées ? </B>

Malheureusement, on ne se sert pas de cette loi qui est le Protection from Domestic Violence Act. On a seulement recours au Child Protection Act qui soustrait l?enfant du cocon familial. Dans beaucoup de cas, le Protection Order peut être utilisé pour protéger l?enfant de la maltraitance d?un des parents. C?est aussi applicable en ce qui concerne les droits de visite et d?hébergement. Le Child Protection Act n?est pas d?un grand secours pour l?enfant dans des cas spécifiques. Par exemple, celui d?un couple séparé ou divorcé où la Cour suprême autorise un droit de visite à un père qui se comporte mal envers son enfant. On doit plutôt avoir recours au Protection Order du Protection from Domestic Violence Act.

● <B>Dans quels cas a-t-on recours au ?Occupation Order? ? </B>

Je m?insurge qu?aucune institution, qu?aucun officier n?ait eu, à ce jour, recours à cette loi pour protéger un enfant. Quand un des parents a commis un délit sexuel ou un acte incestueux à l?encontre de son enfant, l?ordre permet d?expulser l?agresseur de la maison familiale. Je déplore qu?on ait recours dans cette situation précise au Child Protection Act qui est d?enlever l?enfant de sa maison et de le mettre dans un abri. Pourquoi c?est à l?enfant, la victime, qui est doublement puni ? Il est ainsi privé de son lit, de ses jouets, de ses amis, de son collège et de tout son environnement habituel. C?est insensé.

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