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Érotisme ?

1 avril 2007, 00:00

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Pour clarifier les idées, il y a une distinction à faire : l?érotisme n?a rien à voir avec la pornographie. Alors que celle-ci fait appel, de façon obsessionnelle, à la mécanique animale du sexe, l?érotisme donne un sens humain aux pulsions de la sexualité. Il est l?intelligence du sexe : il y introduit la poésie, le choix, l?élégance. Copuler comme le fait un chien n?offre rien de séduisant quand on peut faire de cette opération un enchantement. Dans les présupposés de l?érotisme, il y a une certaine exigence : de finesse, de beauté, de tendresse. L?érotisme en amour est un art : de quelque chose en plus.

Malheureusement, le commerce et un certain goût pour la vulgarité ont, sous la même étiquette, confondu l?érotique et le « porno »? Le tout sous des épithètes telles que : obscène, leste, cochon, paillard, etc. « Parler cul » n?a rien d?érotique, même si cette détestable expression s?est banalisée. Là comme ailleurs, plus les mots sont crus, sales et précis, moins ils font rêver. Notre époque a tué le mystère en bien des domaines, ce qui en disqualifie l?attrait. L?espérance légitime qu?avait fait naître, après 68, la « libération sexuelle », s?est finalement soldée par une frustration. Certes, le recours généralisé à la contraception, et surtout la mise au point de « la pilule », qui a heureusement libéré les femmes de cette peur ancestrale des grossesses répétées, a fait beaucoup pour l?épanouissement d?une sexualité justement revendiquée. Mais il en est de ce « jouir d?être » comme de tous nos besoins d?entretenir la vie : l?excès et l?absence de discernement se payent. Sur le plan de la nourriture, on « découvre » soudain ? assez sottement, disons-le ? que manger trop, « bouffer » n?importe quoi rend obèse. Et la presse parle de « fléau ». Ce sont des évidences que l?on sait depuis toujours. On ne peut pas faire n?importe quoi de son corps ; la nature se venge et nous rappelle à l?ordre. C?est le même faux problème avec le sida. « Le sexe est une clé, disait mon ami Pauwels. Mais l?obsession sexuelle est un mur. »

Et quand on va dans le mur, on se brise.Il a fallu attendre des années avant de constater que la « libération des m?urs » n?avait pas libéré l?homme de ses errements. On a fâcheusement oublié que l?homme, et la femme surtout, sont plus compliqués, c?est-à-dire plus exigeants que de simples animaux. Si le sexuel n?est pas sous-tendu par le sentiment, il paraît pauvre, incomplet. « La vérité, écrit Julius Evola, c?est que le sexe qui existe dans le corps existe aussi et d?abord dans l?âme? On est homme et femme à l?intérieur, avant de l?être extérieurement : la qualité masculine ou féminine primordiale pénètre tout l?être, comme une couleur pénètre un liquide. » Si on n?aime pas, faire l?amour perd son sens. Ce n?est qu?un simulacre.

En Chine, datant de l?époque des Ming, les « Manuels de la chambre à coucher » étaient de vrais traités d?éducation sexuelle, d?où la poésie n?était point absente : « Entretiens admirables de l?Empereur jaune et de la Fille de Candeur, préfacé par le ?Maître du pavillon de la Cueillette des femmes?». Le Tao sexuel traite du sujet avec une liberté totale, qui est d?une qualité très supérieure aux pratiques de nos sinistres sex-shops. Faut-il aussi rappeler le très connu « Kama Sutra », les sculptures magnifiques de l?Inde où la liberté érotique vit dans la grâce de l?expression et du mouvement des couples enlacés? À côté de ces splendeurs, nos amours contemporaines font bien triste figure?

N?oublions pas cependant qu?il existe, de nos jours, une littérature excellente sur la question. Outre des romans de très bonne facture, je pense plus volontiers à des livres de sexologie érotique, ?uvres de médecins ou de philosophes qui rendent au thème du Sexe sa noblesse et sa vérité fondamentalement humaine. Comme « La fonction érotique » du Docteur Gérard Zwang, une véritable somme de la sexualité ; « Le sexe de la femme », superbe hommage à la beauté intime des femmes. « Les libérateurs de l?amour », où l?auteur Alexandrian présente quelques écrivains qui, bien avant que ce ne fut à la mode, ont contribué à libérer le sexe de son carcan moralisateur : Restif de la Bretonne, Choderlos de Laclos (« Les liaisons dangereuses »), Maria de Naglowska, etc.

En résumé, l?érotisme, c?est tout ce qui peut contribuer à rendre notre « libido », comme disent les psychanalystes, plus belle, plus gaie, plus humaine. Restif de la Bretonne, raconte Alexandrian, avait l?obsession du pied féminin. Il arrêtait les passantes dans la rue « pour les prier de lui laisser admirer les leurs ». Il collectionnait les souliers de ses conquêtes.

Rappelons aussi que la vogue de « l?unisexe », où un homme égale une femme ? c?est-à-dire qu?ils sont interchangeables ? a beaucoup nui à l?attirance réciproque. Ce sont les différences qui fascinent ; c?est le plus et le moins qui s?attirent. La polarisation sexuelle forte est une bonne condition pour une rencontre riche et intéressante. Le même n?a rien à apprendre au même. Plus un homme est viril, plus une femme est féminine, et plus les chances d?union réussie sont en place. Mais le sexe sans le c?ur n?est qu?un corps sans âme.

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