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«Ramgoolam a raison de se taire»

23 janvier 2004, 20:00

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Le comité parlementaire s?enlise dans les mêmes guerres intestines qui minent l?Independent Commission against Corruption (Icac), instance qu?il est censé maintenir sur les rails?

Le comité parlementaire est incapable de remplir ses fonctions. L?article 61 du Prevention of Corruption Act lui demande de contrôler le fonctionnement de la commission, d?exiger qu?elle rende des comptes, de lui donner des instructions? C?est un vaste pouvoir ! Mais plutôt que de l?exercer, nous ne faisons que tourner en rond. Je sens qu?il y a une volonté de faire le comité perdre son temps, pour décourager ses membres. Plusieurs d?entre eux, dont moi-même, avons cessé de participer aux travaux du comité. C?est une pure perte de temps. D?où la motion de blâme contre le président, Racheed Daureeawoo.

Pourquoi s?attaquer à Racheed Daureeawoo alors que le plus urgent reste à rétablir la crédibilité de l?Icac. Est-ce pour éviter toute attaque directe contre Navin Beekarry?

La crédibilité de l?Icac n?est pas si entamée que cela. Je suis convaincu que si quelqu?un doit dénoncer la fraude et la corruption, la Commission demeure son meilleur recours. L?alternative serait d?aller à la police. Mais cela, à mon sens, ne vaudrait pas beaucoup. Certes, tout ne marche pas à 100 % à l?Icac, mais je n?irai pas jusqu?à dire qu?il faut s?en défaire.

Mais la perception est que Navin Beekarry et ses adjoints ne sont pas aussi nets. Pour le bien de la cause et de l?institution qui la représente, ne vaudrait-il pas mieux qu?ils s?en aillent ?

L?Icac ne souffre pas d?une mauvaise perception. Au contraire, cet organisme est vu comme étant plus efficace que la police. Mais il y a des faits troublants qu?il faudra éclaircir. Concernant le sort des commissaires, nous ne disposons pas d?informations qui nous permettraient de décider. La presse non plus d?ailleurs. Sur quoi nous baserons-nous pour réclamer des têtes ? Avant, allons faire notre part du travail : enquêtons d?abord sur l?Icac. Après on verra.

Navin Ramgoolam, leader de l?opposition et un des trois membres de l?« Appointment?s Committee » de l?Icac, aurait pu crever l?abcès. Pourquoi ménage-t-il, lui aussi, le commissaire ?

Navin Ramgoolam a raison de se taire. Il ne peut ne pas s?en mêler à ce stade. Il n?a pas les informations nécessaires. On ne nous a pas élus pour être frivoles. Le leader de l?opposition ne peut pas « asté zot laguerre ». Il ne doit pas devenir un ou-til entre les mains de corrupteurs ou de corrompus. L?opposition ne peut pas agir de manière irréfléchie. Elle ne peut pas, à chaque fois, réclamer des têtes. Après tout ce qui s?est passé, si on retire Navin Beekarry, trouvera-t-on quelqu?un qui sera prêt à descendre dans l?arène ?

On voit bien que les trois membres de l?« Appointment?s Committee » continueront à se renvoyer la balle. Le dossier est-il politiquement trop chaud ?

Ce n?est pas une question de politique, mais de procédures. Je suis sûr que du côté du gouvernement tout comme de celui de l?opposition, il y a des gens qui souhaitent le départ de Navin Beekarry. Moi je dis qu?il ne faut pas brûler les étapes.

Vous persistez donc à dire que si le comité parlementaire avait fonctionné correctement, l?Icac n?en serait pas là ?

Le problème de la Commission est le pouvoir absolu. Le comité parlementaire est censé l?obliger à rendre des comptes. S?il avait fait son travail, bon nombre de problèmes de dysfonctionnement, d?ego et d?abus de pouvoir auraient été neutra-lisés dans l??uf. Tout au moins, nous au-rions pu produire un rapport sur les dysfonctionnements. Le Parlement aurait eu un document fiable sur lequel s?appuyer. Cela aurait exercé une pression morale sur les commissaires.

Qu?est-ce qui motive votre retour en force cette semaine pour présenter la motion de blâme contre le président ?

L?Icac a de graves ennuis parce que le comité parlementaire ne tient pas son rôle de garde-fou. Racheed Daureeawoo est le responsable de la déroute du comité. Il usurpe les pouvoirs du comité et se comporte comme un petit Bokassa. Il décide unilatéralement de l?agenda pour les réunions, fait tout pour éviter des sujets d?actualité relatifs à l?Icac, mais ce que je lui reproche surtout, c?est sa mollesse.

Comment s?exprime cette « mollesse » de Racheed Daureeawoo ?

Sa mollesse se traduit dans son attitude vis-à-vis du commissaire Navin Beekarry. Ce dernier n?est pas quelqu?un de très coopératif et ne collabore pas de plein gré. Il faut un président fort, capable de le mettre au pas. Racheed Daureeawoo n?est pas de taille. J?en ai fait l?expérience.

En juin 2003, je demande au commissaire Beekarry de soumettre une liste mensuelle des dépenses de la commission. Je suis comptable et l?audit des comptes n?a aucun secret pour moi. Je sais que je ne demande pas l?impossible à l?Icac. Mais le commissaire tergiverse. Et là, plutôt que d?appuyer ma demande, Racheed Daureeawoo lui offre une porte de sortie en reconnaissant qu?il sera difficile pour l?Icac de soumettre un relevé mensuel des dépenses. Madun Dulloo n?a pas non plus été soutenu lorsqu?il a demandé à être informé sur le nombre de cas traités par l?Icac et sur leurs résultats.

Pourquoi ne pas avoir agi plus tôt ?

L?affaire Bhadain a été la goutte qui a fait déborder le vase. L?Icac passe par une crise interne grave. Son directeur des enquêtes, Roshi Bhadain, nous a révélé par écrit, un certain nombre d?informations troublantes. A sa réunion du 10 décembre dernier, le comité décide de l?entendre. Et voilà qu?arbitrairement, sans avancer de raisons officielles, Racheed Daureeawoo décide que le comité ne l?écoutera plus.

Que s?est-il passé au juste ?

Navin Beekarry a objecté à l?audition de Roshi Bhadain. Il avance que ce dernier fera bientôt l?objet d?une enquête de l?Icac. Le comité parlementaire n?a pas à s?en mêler, comme le spécifie clairement la loi, dit-il. La raison avancée par Navin Beekarry, n?est, à mon sens, rien de plus qu?un subterfuge pour nous empêcher d?arriver au fond des choses. J?ai demandé qu?on passe au vote. Mais le vote avait à peine démarré que Racheed Daureeawoo y a mis un frein brutal. Son prétexte : il faut chercher un avis légal. J?ai décidé de présenter une motion de blâme contre lui à la prochaine réunion du comité.

Vous avez présenté votre motion de blâme cette semaine, comme promis. Mais l?issue de cet épisode reste floue?

Nous sommes dans l?impasse. Racheed Daureeawoo a refusé de débattre la motion et a précipitamment levé la séance. Etait-il autorisé à le faire ? C?est le comité qui élit son président, c?est donc lui qui s?en défait. Le principe est universel : celui qui nomme est celui qui retire. Pourquoi chercher l?arbitrage du Speaker sur la question si ce n?est pour gagner du temps ?

Racheed Daureeawoo est magistrat. Peut-il, comme vous semblez le dire, se méprendre à ce point dans sa gestion des affaires du comité ?

Racheed Daureeawoo ne peut pas se ridiculiser de la sorte de son propre gré. Tout indique qu?il obéit à des instructions. Il y a une rumeur persistante selon la-quelle un bras de fer oppose les partis au pouvoir au sujet de l?Icac. Racheed Daureeawoo est soutenu par son parti, le MSM.

Il y a donc eu sabotage ?

La présidence du comité parlementaire pratique une politique délibérée visant à réduire le rôle de cette instance au strict minimum. Racheed Daureeawoo emploie des manoeuvres dilatoires grossières pour empêcher le comité de faire convenablement son travail. Par exemple, depuis décembre dernier, il sait que je vais entrer une motion contre lui. Mais il attend le 19 janvier pour solliciter l?avis du Speaker.

A l?heure qu?il est, a-t-on encore un comité parlementaire ?

Nous ne reconnaissons plus Racheed Daureeawoo comme président. Logiquement, les cinq membres de l?opposition peuvent convoquer une réunion et nommer un nouveau président. Racheed Daureeawoo peut également en faire autant. Si la situation ne se décante pas, nous irons certainement défendre notre position en cour. Mais peut-être qu?on n?en arrivera pas là. Des senior ministers du gouvernement nous ont approchés et ont proposé de remplacer Racheed Daureeawoo. Attendons voir?

Quelles sont les possibilités que l?affaire finisse en cour ?

Politiquement, nous gagnerons d?aller démontrer en cour que le gouvernement a délibérément empêché le comité parlementaire de faire son travail. Mais nous souhaitons donner une chance à cette instance pour qu?elle se ressaisisse. Nous souhaitons avoir un président qui commande le respect de ses pairs.

« Racheed Daureeawoo ne peut se ridiculiser de la sorte de son propre gré. Tout indique qu?il obéit à des instructions. »

« L?Icac ne souffre pas d?une mauvaise perception. Au contraire, cet organisme est vu comme étant plus effi-cace que la police. Mais il y a des faits troublants qu?il faudra éclaircir. »

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