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«Pas d?ingérence politique locale»

11 novembre 2005, 20:00

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Dans le concret, qu?est-ce que Maurice a tiré de la visite réussie du Premier ministre mauricien en Inde et qu?est-ce que l?Inde en a tiré ?

C?est un peu difficile de répondre à cette question dans le sens que des visites comme celles-là ne peuvent pas être quantifiées en termes de gains ou de pertes. L?Inde et Maurice ont des relations très spéciales, c?est un fait. Cette relation est basée en grande partie sur le fait que nous avons un héritage commun. Cette relation a aussi passé l?épreuve du temps. Donc ces visites des dignitaires de nos deux pays ont lieu pratiquement tous les ans. Une visite sert à mettre au point l?état de nos relations à un moment précis, c?est donc une étape très importante dans nos relations bilatérales. Je dois dire que nous sommes extrêmement satisfaits que le Premier ministre ait choisi l?Inde pour sa première visite bilatérale.

L?Inde aurait-elle été offensée si le Premier ministre avait effectué sa première visite en France, par exemple ?

(Rires?) Nous sommes sûrs que cela ne se produirait pas. Il faut aussi ajouter que la première visite bilatérale de notre Premier ministre, Manmohan Singh, était aussi à Maurice. Cette visite était donc aussi un geste de réciprocité par votre Premier ministre.

Je reviens à ce que vous disiez plus haut. Vous parlez de relations spéciales. Mais pourquoi ? Il n?y a pas que Maurice qui a un héritage commun avec l?Inde

(Rires?) Les gens posent souvent cette question et je vais vous dire pourquoi. Maurice est géographiquement proche de l?Inde. Les échanges entre Maurice et l?Inde ont été plus réguliers qu?avec les îles Fidji ou Trinidad par exemple. Mais aussi, quand Chacha Ramgoolam était à Londres, il était le contemporain des leaders indiens qui y étaient. Je vais vous répéter ce qui se dit à Delhi : le nom Ramgoolam est un nom connu de tous (household name) en Inde?

?Mais n?est-ce pas là un peu d?exagération ?

Non. Je ne dirai pas la vérité si je dis que chaque personne et chaque enfant en Inde est familier avec le nom Ramgoolam mais la majorité des Indiens saitque Ramgoolam est le père de Maurice.

?Je ne pense pas que ce serait correct de dire que nous n?avons pas soutenu la candidature de M. Cuttaree.?

Est-ce que cela voudrait dire que cette récente visite était plus importante que celle effectuée par l?ancien Premier ministre, Paul Bérenger ?

Non, je ne pense pas que ce soit correct de dire ça. Chaque visite a sa propre importance. J?étais aussi présent lors de la visite de Paul Bérenger et je peux vous assurer que c?était une visite très importante, politiquement. La visite de l?actuel Premier ministre est également importante. Chaque visite est spéciale.

Quels sont exactement les intérêts de l?Inde à Maurice ?

(Hésitations?) Les intérêts sont de nature bilatérale et sont politiques, économiques et autres. Politiquement, Maurice et l?Inde ont toujours eu et auront toujours une très grande compréhension mutuelle. Il n?y a pas de différence d?opinions sur la nature bilatérale de nos relations et sur les questions internationales. Nous nous comprenons et nous nous sommes compris même au temps où nous étions des colonies. Maurice nous est très importante. Maintenant avec la globalisation, l?Inde est très consciente des défis auxquels Maurice aura à faire face, et nous voulons être à votre disposition pour vous aider autant que nous le pouvons. Nous vous offrons un partenariat économique compréhensif qui va prendre en considération nos deux économies. C?est une relation qui va bénéficier à nos deux pays.

Malgré nos relations dites très privilégiées, l?Inde n?a pas soutenu le candidat mauricien au poste de directeur de l?Organisation mondiale du commerce.

Je ne pense pas que ce serait correct de dire que nous n?avons pas soutenu la candidature de M. Cuttaree. Vous savez, les élections à ce poste sont en elles-mêmes très compliquées. L?Inde, tout comme beaucoup de pays, n?était pas préparée à soutenir un candidat avant d?avoir évalué la position de ce candidat en ce qui concerne nos intérêts. Et ce n?est pas évident d?arriver à cette décision. M. Cuttaree est au courant de notre position.

Ce que nous avions compris, c?est que l?Inde avait assuré Maurice de son soutien?

Oui et non. Nous avons dit que nous allions soutenir Maurice si son candidat était toujours de la course pour le dernier tour. Si M. Cuttaree ne s?était pas retiré de la course, l?Inde aurait voté pour lui.

Quelle est au juste la définition de relations privilégiées ?

Accorder une ligne de crédits de $ 100 millions. Il faut prendre en considération que l?Inde n?est pas un pays qui accorde des lignes de crédit à d?autres pays. Nous ne donnons pas de lignes de crédits parce que notre situation économique ne le permet pas. Nous l?avons fait pour Maurice. Rappelez-vous aussi que 25 % de cet argent est une subvention, c?est ce qu?on appelle des relations spéciales. Quand votre Premier ministre était en Inde, l?actuel Premier ministre était là bien évidemment mais il a aussi été reçu par les anciens Premiers ministres Vajpayee et Gujral. De mes 30 ans de carrière, je n?ai jamais vu cela. C?est ce que j?appelle des relations privilégiées. Vous nous demandez de vous accommoder dans nos achats de produits pétroliers, nous sommes prêts à le faire. C?est ça des relations privilégiées.

À quel point est-ce que le haut-commissariat indien était impliquée dans les récentes élections générales ?

Nous étions impliqués dans le sens que nous sommes basés à Maurice. À part cela, le haute commissariat n?était pas du tout impliqué dans ces élections.

Je mentionne cela parce qu?il y a une perception que le haut commissariat indien se mêle de la politique locale. Votre prédécesseur, si je ne me trompe, s?était trouvé en situation d?indélicatesse?

Ce ne serait pas correct pour moi de parler de mon prédécesseur. Je ne peux que parler de mon mandat. Je suis ici depuis septembre 2003 et je ne pense pas que le haut commissariat indien ait été montré du doigt une seule fois depuis mon arrivée.

?Expliquez-moi comment des produits qui sont jugés acceptables en Europe et aux Etats-Unis soient remis en question à Maurice ??

Malgré le fait que les Mauriciens parlent de leur affection pour l?Inde, il semble qu?il y ait une certaine méfiance face aux produits fabriqués en Inde. Comment interprétez-vous cela ?

Justement il existe des lacunes dans nos relations économiques. Nous ne sommes tout simplement pas présents sur votre marché. 50 % de nos exportations vont vers les pays les plus avancés au monde. Expliquez-moi comment des produits qui sont jugés acceptables en Europe et aux états-Unis soient remis en question à Maurice ? La raison est que la majorité des consommateurs mauriciens ne connaît pas l?Inde. Cela veut dire que la faute est la nôtre, que nous n?avons pas été assez agressifs sur votre marché.

Est-ce ce qu?on appelle l?humilité typique des Indiens ?

(Sourire?) Nous aurions aimé être sur votre marché. Amul est une réussite dont nous sommes fiers. Le groupe est un des principaux fabricants mondiaux de produits laitiers. Comme Amul, il y a d?autres secteurs de réussite. Je prends l?exemple de la téléphonie : Mahanagar. Ils offrent une connexion de niveau international à un prix moindre. Mais nous sommes confiants que dans les mois et les années à venir, il y aura de plus en plus de produits indiens sur votre marché.

Pensez-vous que la base des réticences des Mauriciens serait dans le fait qu?ils ne sont pas débarrassés de leurs préjugés des temps coloniaux ?

(Rires?) Je préfère ne pas commenter sur cela mais je dirai que ce n?est pas si simple que ça et qu?il y a probablement plusieurs raisons à ce problème. Mais mettons cela de côté un moment et laissez-moi vous donner un exemple. 40 ans de cela, si un homme présentait une voiture japonaise à sa femme comme cadeau d?anniversaire et qu?il le racontait à ses amis, ces derniers auraient probablement dit, en plaisantant, «tu veux perdre ta femme !» parce qu?on pensait que les Japonais ne pourraient pas concurrencer les Européens dans ce domaine. Mais les choses changent et nous en avons la preuve. L?Inde est en train de changer, de rattraper.

êtes-vous heureux d?être en poste ici ?

Vous savez, le plus grand triomphe de la carrière d?un diplomate est d?accompagner le Premier ministre ou le président de son pays hôte en Inde. Je l?ai fait deux fois en deux ans. Et aussi bien sûr, de recevoir mon Premier ministre dans le pays où je suis basé. J?ai reçu le Dr Manmohan Singh. Et j?ai reçu le leader du Congress Party, Mme Sonia Gandhi. Ces choses-là n?arrivent pas à tout le monde et je suis béni que cela m?est arrivé. (Rires?) Mais le résultat a été que je n?ai pas pu profiter des plages de Maurice autant que je l?aurai voulu !

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