Publicité
«Maurice attire l?élément criminel qui veut y venir pour du blanchiment d?argent»
Par
Partager cet article
«Maurice attire l?élément criminel qui veut y venir pour du blanchiment d?argent»
● <B>Vous avez été consultant pour les questions de blanchiment d?argent et de fraude. Quelle est la raison de votre visite à Maurice ?</B>
Mes motivations sont en partie sociales, mais je suis aussi venu pour discuter de la situation du pays en termes commerciaux. Je me suis penché sur Maurice parce que c?est un pays qui se développe rapidement au sein de la communauté d?affaires de la région océan Indien. Maurice jouit d?une bonne réputation. Ses transactions ne sont pas scrutées aussi intensément que celles de pays tels que la Colombie ou encore le Pakistan.
Le pays attire l?élément criminel qui veut y venir pour du blanchiment d?argent. Le défi à relever est là. L?élément criminel a pour but de prendre les recettes de crimes aussi rapidement et discrètement que possible et les faire bouger.
● <B>Maurice représente donc un attrait pour ces «éléments criminels» ?</B>
Avec des compagnies internationales et la communauté d?affaires de Maurice qui grandissent, l?élément criminel voudra utiliser le pays en tant que lieu de transit. Les recettes criminelles entrent et lorsqu?elles ressortent du pays, on ne peut plus les retracer. La piste est brouillée. Ce que j?essaie de faire, c?est de voir comment Maurice pourrait ne pas être victime de telles activités.
Il faut aussi faire ressortir que l?île possède un très bon réseau de communication, par exemple avec l?accès à l?Internet et une bonne réputation dans le monde des affaires font que le pays est attirant pour l?élément criminel.
● <B>Maurice est donc vulnérable à cause de ses forces ?</B>
En général, la communauté des affaires n?a pas tendance à penser à sa propre vulnérabilité commerciale. Lorsqu?on devient efficace au niveau international, l?élément criminel voudra vous utiliser. L?homme d?affaires type n?anticipe pas que de nouveaux clients pourraient le victimiser.
De nouveaux clients criminels victimisent une compagnie en l?utilisant pour cacher et faire bouger de l?argent sale. L?élément criminel se cache aussi en faisant appel à une entreprise ayant une excellente réputation et se cache derrière ses références d?honnêteté.
● <B>Quels sont les garde-fous qui peuvent prévenir le blanchiment d?argent ?</B>
Il y a déjà une quantité importante de lois que les pays, incluant Maurice, suivent. Le défi pour celle-ci, c?est que les entreprises qui se développent doivent interpréter la législation et la mettre en application.
Les criminels viennent, parlent bien, peuvent impressionner et paraître crédibles. La communauté des affaires doit avoir des systèmes de vérification et doit anticiper la malhonnêteté.
● <B>Quelles sont les étapes de vérification à appliquer ?</B>
La communauté des affaires doit vérifier d?où l?argent provient ainsi que les références des clients qui font appel à ses services. Il ne suffit pas de se dire, par exemple, que quelqu?un est client d?une banque et que c?est là une référence suffisante. Chaque service qui accepte un client doit examiner ses activités et confirmer si ses transactions ont été légitimes.
● <B>On évoque souvent les mesures de contrôle par rapport à l?offshore. Ce secteur est-il plus vulnérable aux transactions criminelles ?</B>
Le problème par rapport à de telles transactions est qu?elles requièrent une intégration de diverses activités, par exemple, de banques et d?avocats. L?interdépendance dans la communauté des affaires existe dans tout centre financier. Le défi à relever est que chaque composante fasse preuve de précaution. L?offshore n?est pas isolé.
L?élément criminel est organisé de façon très sophistiquée. Il fait appel à plusieurs parties du secteur financier et, en conséquence, plusieurs composantes peuvent être victimisées.
● <B>Pour quel type d?activité criminelle le blanchiment d?argent pourrait-il se faire à Maurice ?</B>
Nous sommes en train de parler de trafic de drogue, de choses ayant trait au financement d?activités terroristes, de trafic d?êtres humains, de tout ce qui s?appelle crime organisé, de trafic de véhicules volés, de narcotiques et de fraudes internationales.
● <B>Lorsque de l?argent sale est versé dans un pays, utilisé et ensuite redirigé ailleurs, le détenteur des fonds est-il toujours passible de poursuites, après un tel processus ?</B>
Le but du blanchiment d?argent est de faire prendre de l?argent sale et de le dépenser ensuite, comme s?il avait été amassé de façon légale. Dans le processus, il y a toujours une première juridiction où l?argent a été amassé et ensuite une autre, sinon deux autres juridictions, où cet argent est transféré. Lorsque la police mène son enquête, elle doit connaître les lois de tous les pays impliqués. Le criminel implique aussi, d?habitude, un troisième pays. Dans chaque pays, l?élément criminel justifie son argent par une excuse quelconque.
● <B>Pour un pays en pleine croissance, n?y a-t-il pas une tendance à accueillir l?argent à bras ouverts plutôt que d?en questionner la source ?</B>
C?est là un des défis que la communauté des affaires doit relever. Pendant 700 ans, les affaires personnelles des clients n?avaient pas d?intérêt pour les entreprises. Depuis une vingtaine d?années maintenant, c?est devenu dans l?intérêt des entreprises et des organismes gouvernementaux de s?assurer que les affaires sont menées d?une manière professionnelle, avec des clients honnêtes et légitimes. Il y a aussi, depuis 1990, des lois internationales à ce sujet.
De nos jours, la réputation joue un rôle clef pour encourager la croissance. Il faut aussi savoir que dans le blanchiment d?argent, il ne s?agit pas d?investissement. L?élément criminel ne crée pas d?emploi, il ne construit pas d?usines, ne développe pas d?infrastructures. Il a juste besoin d?un endroit où il fait transiter son argent.
<I>Propos recueillis par </I> <B>Sharon SOOKNAH</B>
Publicité
Publicité
Les plus récents