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«L?île est 11 fois mieux représentée qu?il y a 40 ans»
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«L?île est 11 fois mieux représentée qu?il y a 40 ans»
● Quelle est votre appréciation de l?autonomie administrative que l?île a obtenue en 2001 ?
L?autonomie rodriguaise était mal partie : Serge Clair qui en avait fait son cheval de bataille était battu par un inconnu à La Ferme et c?est Daniel Spéville qui sera le premier à prêter serment comme Chef Commissaire de l?île Rodrigues autonome. Quelle humiliation pour Serge Clair ! L?impact et l?enthousiasme politiques subissent un coup de massue dès le départ. Il a fallu un repêchage pour qu?il puisse trouver sa place à l?Assemblée régionale. C?est un leader blessé que l?impitoyable Johnson Roussety ne lâchera pas. Vint ensuite la déclaration de Serge Clair concernant l?incompétence des membres de son équipe. Une posture qui démontre le manque de préparation et de formation de ses commissaires. La révolte est ouverte. Le reste, c?est de l?histoire.
● Doit-on conclure que vous êtes contre l?autonomie de Rodrigues ?
On ne peut pas être contre l?autonomie administrative de Rodrigues qui se trouve à 350 milles de Maurice. Ses problèmes spécifiques entraînent des décisions qui doivent être prises localement et dans la mesure où l?Assemblée régionale est maintenant responsable de l?élaboration du budget de l?île en fonction de ses priorités, cette autonomie a été bénéfique pour Rodrigues. Les élus ont leur mot à dire. Cependant, il y aura toujours des conflits entre Port-Louis et Port- Mathurin. Il faudra bien plus de six ans pour mettre à l?épreuve ce nouveau modèle de décentralisation administrative. Des conflits similaires existent entre Trinidad et Tobago dont le modèle a inspiré l?autonomie de Rodrigues. Tobago ne parle pas d?indépendance, comme ont pu le constater, le Chef Commissaire actuel, le leader du Mouvement Rodriguais et autres délégués lors de leur visite dans ces îles des Caraïbes.
● L?idée de rechercher l?indépendance de l?île a été évoquée récemment. Ro-drigues est-elle prête pour faire ce grand saut historique?
L?indépendance est une aspiration légitime de tout peuple. Un jour Rodrigues aura à faire ce choix si Maurice ne montre pas une volonté et un désir sincères de réduire la grande disparité qui existe entre les deux îles. Je me pose souvent la question : comment une petite île perdue aux confins de l?océan Indien, souvent battue par des cyclones, avec des ressources très limitées, une infrastructure fragile, une base économique quasi inexistante, un savoir-faire très limité, peut-elle accéder à l?indépendance ?
● Doit-on déduire que, pour vous, l?indépendance de Rodrigues est un mythe ?
Je ne crois pas que je verrai cette île vraiment indépendante durant ma vie. Il y a certains petits pays comme Rodrigues qui malheureusement auront toujours besoin d?un big brother. Si ce n?est pas Maurice, quel autre pays ? Combien d?années faudra-t-il à Rodrigues pour combler son déficit budgétaire d?un milliard de roupies (2008-2009) avant de prétendre être sur la route de l?indépendance économique ? Il y a des Rodriguais qui disent qu?ils ont déjà un dossier, un plan bien établi pour l?indépendance de Rodrigues. Qu?ils le rendent public afin que les Rodriguais puissent en juger. Imaginez que les revenus de Rodrigues (Rs16,5m) suffisent tout juste à financer les salaires, les allocations diverses, et ls pensions des membres et du personnel de l?Assemblée régionale. Pas d?indépendance politique sans indépendance économique ! Rodrigues ne doit pas suivre l?exemple de Haïti ou du Zimbabwe. Au Canada, le mouvement nationaliste et séparatiste québecois est en perte de vitesse. Les huit millions d?habitants du Québec, qui peuvent être indépendants, ont compris que leur avenir est mieux assuré au sein du Canada. Même le Dalaï Lama, le chef spirituel en exil des Tibétains, est contre la séparation du Tibet de la Chine. Un jour, le Tibet sera une région autonome de la Chine...tout au moins je l?espère.
● Quelle devrait être la position des politiques rodriguais face à la bipolarisation qui est une caractéristique bien ancrée dans la culture politique de la république de Maurice?
La bipolarisation de la politique a Rodrigues est inévitable et ne fait que miroiter ce qui se passe a Maurice. L?Organisation du Peuple de Rodrigues est proche du Mouvement Militant Mauricien de Paul Bérenger et le Mouvement Rodriguais sympathise avec l?Alliance sociale de Navin Ramgoolam et consorts. D?où la hargne et la démagogie de part et d?autre. Il faut que ces deux formations ainsi que leurs représentants à l?Assemblée nationale gardent leur indépendance vis-à-vis de leurs homologues mauriciens. Il faut qu?ils fassent front commun quand il s?agit des intérêts supérieurs de Rodrigues et ne succombent pas à la division qui viendrait de Port-Louis. Pour cela, il faut que les chefs des deux partis fassent preuve de maturité et acceptent des compromis. Les Rodriguais doivent prendre une part active entre les élections pour encourager leurs représentants respectifs dans ce sens. Mais je rêve sans doute car la politique partisane est le passe-temps favori des Rodriguais.
● Le récent remaniement ministériel a-t-il créé les conditions pour une amélioration des relations entre Port-Louis et Port-Mathurin?
Maintenant que le Premier ministre a allégé son fardeau et a passé les rênes de Rodrigues à James Burty David, ministre des Administrations régionales, souhaitons que ce dernier puisse travailler en coopération et dans le respect de l?autonomie avec Johnson Roussety. Quant au leader du Mouvement Rodriguais à l?Assemblée nationale qui veut être ministre de Rodrigues, je suggère qu?il pose sa candidature sous la bannière de l?Alliance sociale. Navin Ramgoolam veut des candidats qui peuvent deliver. Aujourd?hui, avec 18 commissaires régionaux et quatre députés nationaux, y compris deux best losers, Rodrigues est 11 fois mieux représentée qu?il y a 40 ans. Il est toutefois important, dans le cadre de l?autonomie administrative, que Maurice qui détient les cordons de la bourse ait un droit de regard (oversight) sur les finances de Rodrigues afin que des fiascos comme le réservoir d?Anse-Raffin ne se répètent pas.
● L?indépendance de Rodrigues n?est pas une réalité encore mais la mondialisation oui. Quelle place une si petite entité pourrait-elle revendiquer face à ce phénomène planétaire capable de réduire à néant les frontières des Etats ?
Je ne suis pas un économiste mais je ne pense pas que la minuscule île Rodrigues puisse trouver sa place dans ce labyrinthe mondial. Voyez ce qui se passe en ce moment sur le marché international après la débâcle des subprime mortgages aux Etats-Unis d?Amérique. Certes, il y a certains pays comme Maurice et le Canada qui ne ressentent pas encore les effets négatifs de cette crise financière mais leur tour ne saura tarder.
● L?île est-elle donc condamnée à subir les effets multiples des chocs particulièrement économiques enregistrés sur le plan mondial?
Un micro-pays insulaire comme Rodrigues doit être pragmatique et concentrer tous ses efforts pour atteindre l?autonomie alimentaire : il faut une véritable révolution agricole face à la crise alimentaire mondiale. Je me souviens encore de la bagarre de la pomme de terre (potato riot) après un cyclone. C?est un peu cliché ces jours-ci mais Rodrigues doit produire ce qu?elle consomme : maïs, pomme de terre, manioc, patate douce, fruit à pain, oignons, ail, haricots etc. et tous les légumes. L?élevage doit retrouver son potentiel d?antan et même le dépasser. L?effort doit être individuel. Le Rodriguais doit montrer sa spécificité dans sa nourriture. Quand j?étais jeune à Rodrigues, on mangeait du maïs avec des haricots rouges et du poisson frit. Le Rodriguais a un avantage dans le sens que chaque famille a un lopin de terre loué à bail pour une somme modique alors qu?à Maurice certains parlent de nationaliser des terres pour aider un groupe à sortir du marasme économique.
● Quelles sont les mesures d?accompagnement d?envergure qui sont indispensables pour aider Rodrigues à atteindre le degré d?autosuffisance dans les domaines socioéconomiques où un tel objectif est concevable?
Il faut un mini Plan Marshall ( NdlR: programme de reconstruction de l?Europe après la 2 e guerre mondiale présenté par le général amiricain du même nom) pour Rodrigues: un ambitieux programme d?infrastructures pour construire et améliorer les routes, les drains, le port, l?aéroport, les écoles, les hôpitaux, les réservoirs etc. Il faut valoriser et embellir le bord de mer de tous nos villages côtiers et les îles avoisinantes et construire des sentiers pour des randonnées dans le cadre de l?écotourisme. L?épierrage mécanique pourrait libérer des arpents de terre cultivables pour différents types de cultures. Il faut aussi le reboisement de toute l?île par des arbres indigènes pour réduire l?érosion et la rendre plus verte. On pourrait y affecter tous ces pêcheurs de lagon qui ont perdu leur emploi. Il faut encourager les petites entreprises ? surtout les femmes entrepreneurs ? en leur procurant le micro-crédit. La banque de Développement et le Programme des Nations unies de Développement pourraient s?inspirer de la philosophie du Dr. Mohammad Yunus, le banquier des pauvres, en la matière.
CAP SUR LE CANADA EN 1980
■ Lorsqu?il quitte son île natale pour des études à Maurice à l?âge de 12 ans, Clément Roussety (Rousse pour les proches) est loin de s?imaginer qu?en 1967, il sera le premier fils du sol à être élu député pour siéger à l?Assemblée législative. Son colistier est Guy Ollivry, tous deux du Parti Mauricien Social Démocrate (PMSD). Ils sont élus à une écrasante majorité. «Après neuf ans dans l?opposition à ressasser sans succès les mêmes rengaines sur les problèmes de Rodrigues», Clémént Roussety abandonne la politique. Cet ancien élève du Collège du Saint-Esprit sera tour à tour secrétaire-comptable au «Government Sack Factory», secrétaire de la «Mauritius Cane Growers Association», secrétaire-adjoint de la «Mauritius Sugar Producers Association». En 1980, il met le cap sur le Canada. Le pays est en pleine récession. Il lui faut tout recommencer. Il passera un mois chez Mc Donalds, onze ans dans trois compagnies d?assurance et neuf ans dans deux firmes d?actuariat et de consultants en régimes de retraite. Il prend sa retraite après vingt années de vie professionnelle active y compris cinq ans d?études à temps partiel pour l?obtention d?un BA à l?université de Toronto. En 2004, il se rend en famille à Rodrigues. Il est père de trois enfants, Florence, Catherine et Christopher.
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