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«L?euthanasie se pratique à Maurice»
Y a-t-il déjà eu des demandes de patients pour être euthanasiés?
Il ne faut pas se faire d?illusion. Beaucoup de médecins mauriciens ont aidé des malades incurables à mourir. L?euthanasie, acte illégal à Maurice, s?y pratique sous couvert. Seule une minorité arrive, à travers des relations et des contacts,à faire abréger l?agonie de leurs proches.
Qu?en pense le corps médical ?
Au moins 30 % des médecins du pays sont en faveur de l?euthanasie et accepteront d?aider un malade souffrant atrocement dont la mort est inévitable.
Peut-on estimer le nombre de personnes y ayant eu recours ?
Il est difficile de le dire.
Comment définiriez vous l?euthanasie ?
Il y a deux types d?euthanasie. L?euthanasie active consiste à injecter ou à faire avaler à un malade qui en fait la demande, une dose de produit qui entraînera la mort sans souffrance. L?euthanasie active est associée au meurtre ou à l?aide au suicide. L?euthanasie passive consiste à arrêter les traitements médicaux ou à débrancher les appareils qui prolongent la vie du malade. Les deux types d?euthanasie sont illégaux à Maurice. Certains pays européens et le Canada ont légiféré pour ne rendre légale que l?euthanasie passive.
Imprégnée comme elle l?est de valeurs religieuses, Maurice ne risque-t-elle pas d?être réfractaire à l?euthanasie ?
Il nous faut accepter que la société a changé. La majorité des familles sont des familles nucléaires. Le malade se trouve entre les mains d?un couple, la fille et le gendre ou le fils et la belle-fille, deux personnes qui normalement travaillent tous les deux, laissant le malade la plupart du temps seul pendant la journée.
Il nous faut accepter nos limites? A l?hôpital, ces malades sont presque invalides et font leurs petits et grands besoins dans leur lit. On ne peut demander aux infirmiers de les nettoyer chaque heure. Ce qui fait qu?ils se vautrent souvent dans la malpropreté et que l?odeur autour de leur lit est souvent répugnante.
Mais avant ces questions, il y a celle de la souffrance physique et de la dignité humaine.
Tout à fait. Malgré les progrès dans les soins palliatifs, les malades en phase terminale de cancer, par exemple, souffrent. Leur corps est habitué à la morphine qui n?atténue plus leur douleur. Si vous augmentez la dose, vous les tuez. Alors, que faire ?
Dignité également, comme vous le dites, parce que ces malades n?ayant plus d?autonomie, ont cependant toute leur tête, toute leur liberté de pensée. C?est dramatique. Ils réalisent pleinement ce qui leur arrive et se voient, se sentent dégringoler? Certains sont témoins impuissants de l?acharnement thérapeutique de certains médecins.
N?y a-t-il aucune limite à l?acharnement thérapeutique, comme vous dites ?
Si le médecin ne veut pas reconnaître le caractère inéluctable et imminent de la mort d'un malade, il peut multiplier les actes et les moyens thérapeutiques. L?acharnement équivaut, à mon avis, à une violence et à la dépossession du malade de son droit d?avoir son mot à dire dans le processus.
On inflige ainsi au malade des souffrances inutiles en prolongeant son agonie, tout en le privant de sa dignité, de sa liberté et de sa mort naturelle. L?on prolonge la souffrance des familles et entretient leur espoir.
Maurice est-elle prête pour une loi sur l?euthanasie ?
Il faut d?abord un débat national. Ensuite, il faut qu?une commission sur l?euthanasie réfléchisse à des garde-fous. Pour n?en mentionner qu?un : il faut qu?au moins deux médecins entérinent la décision du malade et de ses parents. Des dérapages sont possibles, principalement quand il s?agit d?héritage.
Dans un tel débat, quel argument serviriez-vous ?
Qui sommes-nous pour exiger que ces gens qui veulent partir dans la dignité continuent leur «vie de merde», pour reprendre les mots du jeune Français. Ceux qui refusent toute idée d?euthanasie ou d?aide au suicide à de telles personnes doivent se mettre à la place de ces malades, se demander ce qu?ils auraient fait s?ils étaient à leur place.
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