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«Les jeunes ont besoin d?être écoutés et accompagnés»
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«Les jeunes ont besoin d?être écoutés et accompagnés»
● <B> Le Centre de formation pour éducateurs (CdFE) du Bureau de l?éducation catholique a décidé d?aménager des centres d?accueil et d?écoute dans les collèges secondaires. Pourquoi ? </B>
Lorsque je préparais mon doctorat en psychologie, j?ai parlé longuement avec des jeunes mauriciens de 15 à 17 ans. J?ai entendu leurs souffrances et senti leur besoin d?être écoutés dans un climat de confiance et de respect.
A mon retour au pays, en 2005, et après mon intégration au CdFE, le psychologue Cyril Dalais et moi avons fait un inventaire des besoins de la communauté scolaire ? parents, enfants et professeurs ? par rapport aux services de conseils/ écoute existants. A l?époque, il n?y avait qu?une dizaine de psychologues scolaires à temps partiel.
Nous avons rencontré des counselors et des recteurs pour évaluer le fonctionnement des services offerts. Ils étaient conscients du besoin urgent des jeunes d?être écoutés et accompagnés et de l?insuffisance des services d?écoute. Quant aux psychologues privés, beaucoup de familles n?ont pas les moyens de s?offrir leurs services.
● <B> Qu?avez-vous alors décidé ? </B>
Nous avons élaboré un projet à long terme dont l?objectif principal est la création de centres d?accueil et d?écoute dans les collèges secondaires catholiques et autres institutions intéressées. Afin d?assurer la qualité et l?efficacité de ces centres, il était capital d?investir, au préalable, dans une formation professionnelle en écoute et accompagnement. Au cours des premiers mois de 2006, nous avons élaboré un programme de formation avec le concours d?éducateurs, de counselors et de psychologues. L?objectif visé était qu?ils maîtrisent la pratique de l?écoute dans divers contextes.
Ensuite, nous avons lancé un appel à 18 collèges secondaires catholiques. De nombreux éducateurs se sont portés volontaires. D?autres institutions publiques et privées (préscolaire, primaire, anglicane, adventiste, écoles spécialisées, firme privée et Brigade des mineurs) ont manifesté un vif intérêt pour le projet. Le CdFE a alors recruté 40 éducateurs issus de ces institutions. Leur formation a commencé en mai 2006 et s?est étalée sur deux ans et demi, à raison d?une session hebdomadaire. Elle se termine en décembre.
● <B> Quelle formation avez-vous privilégiée ? </B>
Les deux pivots de la formation sont la connaissance de soi et la pratique de l?écoute. L?évaluation de celle-ci est effectuée par des psychologues professionnels.
Les thèmes abordés ont trait à la psychologie de l?enfant, de l?adolescent et de la famille et aux troubles associés au développement émotionnel et psychologique (violence, abus sexuels, divorce, anxiété, suicide, dépression, etc.). Ainsi, les éducateurs ont un aperçu des symptômes occasionnés par ces troubles et sont plus à même d?écouter le jeune qui souffre. Si le malaise est plus profond, les counselors l?orienteront vers un spécialiste (psychologue ou autre).
● <B> La formation se terminera dans trois mois. Avez-vous fait une évaluation intermédiaire du projet ? </B>
Oui. Entre avril et juillet 2007, nous avons fait une étude quantitative destinée aux adolescents, aux parents, aux enseignants et aux directeurs de collèges. Les résultats ont montré que 97 à 100 % des interrogés sont favorables à ce type de centre.
Nous avons ensuite procédé à une étude qualitative qui concernait cette fois des écoles. Nous avons aussi discuté avec 972 enseignants. Là aussi, ce projet a été perçu comme un service essentiel répondant à un besoin urgent.
● <B> Quelles sont les prochaines étapes de ce projet ? </B>
Depuis août 2008, nous travaillons sur un manuel de counseling qui harmonisera la pratique et servira de référence aux institutions concernées. D?avril à juin 2009, nous distribuerons des brochures pour informer la communauté scolaire de l?existence de ces centres. Et en juillet 2009, le CdFE lancera officiellement 25 centres d?accueil et d?écoute prêts à opérer.
● <B> Comment fonctionneront ces centres ? </B>
Ils seront accessibles à tous, élèves, parents, personnel enseignant et non enseignant, pendant et après les heures de classe. L?élève qui rate une classe pour s?entretenir avec son counselor ne sera pas pénalisé.
● <B> Un projet de cette envergure doit coûter cher. Comment le financez-vous ? </B>
Effectivement, c?est un projet coûteux. Nous avons bénéficié de la contribution des institutions concernées et du parrainage de la Mauritius Commercial Bank, de la Fondation Nouveau Regard, la Fondation Médine Horizons, la Fondation Joseph Lagesse et du groupe Food & Allied Industries Limited (FAIL). Cela nous a permis d?assurer la formation des éducateurs.
Pour ce qui est de la mise en place de ces centres d?accueil et d?écoute, nous faisons appel à des parrains pour compléter le soutien des institutions. A terme, chaque collège concerné par le projet devra trouver les moyens d?autofinancer son centre d?accueil et d?écoute.
● <B> Combien de personnes sont concernées par ce projet ? </B>
Il est destiné en priorité aux élèves des institutions impliquées, ainsi qu?à leurs parents, le personnel enseignant et non enseignant, soit 54 000 personnes.
Toutefois, ce projet s?adresse à tous les Mauriciens. Nous aurions souhaité une implication et une grande collaboration de l?Etat afin qu?il perdure et que tout Mauricien puisse en bénéficier.
<I>Propos recueillis par </I> <B>Marie-Annick SAVRIPÈNE</B>
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