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«Les créatifs font tourner la machine économique»

7 octobre 2006, 00:00

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Quelle est la mission du Centre Culturel Charles Baudelaire?

Le CCCB est dédié à la promotion de la culture française et francophone en général. Il s?occupe de la promotion culturelle des pays du Sud, au moyen de projets de coopération et de collaboration afin d?aider au développement culturel des pays. Il sert également la diversité culturelle locale et régionale.

Quelle direction souhaitez-vous donner au CCCB durant les deux années où vous serez son directeur ?

J?arrive seulement. Ma première tâche consiste à écouter afin de mieux connaître le milieu culturel mauricien. Ce n?est qu?à partir de cette base que je pourrai me mettre au service de la culture et des artistes mauriciens. Je suis là pour travailler avec eux. Je veux être à leur écoute afin de savoir comment créer des passerelles, des synergies ainsi que des échanges fructueux. Je ne suis qu?un catalyseur. Je suis là pour aider à l?accouchement. Je ne suis que l?accompagnateur des artistes.

Vous parliez de rencontres avec les artistes locaux. Quel premier constat faites-vous ?

D?emblée, j?ai réalisé qu?il se passe énormément de choses. Il y a chez vous une grande vitalité au niveau de la création. Vous vivez dans une société qui aime le débat, c?est ce qui m?a frappé de prime abord. Il n?y a qu?à allumer la radio le matin pour s?en rendre compte. C?est important de débattre, de remuer les idées. C?est le terreau sur lequel va pouvoir naître la création artistique. La démocratie fonctionne bien. C?est vibrant et cela donne lieu à un tempérament très chaleureux et généreux. C?est la première qualité que l?on recherche chez un artiste. Le public mauricien est aussi très réactif. Je l?ai constaté au concert de Cabrel. Cabrel est un artiste intimiste. Or, le public était enthousiasmé. A Paris, le public est blasé. En Asie, il est réservé. Ici, le public est démonstratif.

Si la créativité ne manque pas ici, ce sont les finances qui font souvent défaut. Comment arriver à faire des spectacles avec peu de moyens ?

De tout temps, l?artiste a été dépendant du financement et du peuple. En France et dans les pays européens, les gouvernements s?impliquent dans la culture du pays. Ce n?est, par exemple, pas le cas en Angleterre ou aux Etats-Unis. La France a toujours considéré la culture comme un élément primordial de développement. Le développement culturel a aussi des retombées économiques, ce que souvent les politiques ne comprennent pas. Les arts plastiques, par exemple, permettent des retombées dans le design, ce qui apporte des retombées économiques.

Le gouvernement de Maurice a de bonnes options politiques pour le développement économique du pays. Cette idée de services de haute qualité et les nouvelles technologies, ont été de bonnes bases de développement économique à Singapour. Si le gouvernement veut fixer des gens créatifs, il faut un environnement qui y correspond. C?est l?essence qu?on met dans le moteur. Le développement culturel apporte le développement primordial pour accompagner le développement économique. Les créatifs font tourner la machine économique.

La culture pourrait ainsi être l?exutoire d?une société trop centrée sur le développement économique ?

La culture créée définitivement cette dimension intimiste de retour sur soi, de réflexion qui permet d?ouvrir de nouveaux horizons. La créativité c?est comme une maladie contagieuse car un être créatif va créer davantage de créatifs. Ce qui peut permettre un ressourcement au niveau du pays. Les politiques veulent souvent mettre l?art de côté. Mais l?art est lié au social. C?est ce qu?on appelle l?art contemporain. L?artiste, c?est celui qui sait désigner les problèmes et toucher là où ça fait mal. Ce qui peut ouvrir de nouvelles voies, là où ni les chercheurs ni les politiques penseraient à aller chercher. L?art peut parfois ne pas être viable. Mais il permet souvent de sortir des ornières où on se trouve.

Quels vos projets pour les deux années à venir ?

Pour le moment, je suis une éponge, je m?imprègne de tout. Il y a deux options que j?aimerai explorer, en sus de la musique ou des spectacles vivants. La première c?est une option cinéma. J?ai très envie d?essayer de monter quelque chose comme un festival international de haut niveau. Avec Selven Naidu (ndlr : directeur de la Mauritius Film Development Corporation), nous réfléchissons sur un concept. Mes discussions avec lui m?ont dopé et j?espère que l?idée fera son bonhomme de chemin.

La deuxième option tournerait autour d?un pôle autour de la cybercité. J?aimerai réfléchir sur un projet d?art autour des nouvelles technologies. Je n?ai hélas pas encore trouvé des personnes qui travaillent dans ce domaine.

Propos recueillis par Martine LUCHMUN

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