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«Le Roi Arthur» Un destin légendaire

7 octobre 2004, 20:00

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Aurait-il existé ? Était-il vraiment un roi ? On serait bien en peine de répondre de manière définitive. Quant à la légende, ses origines sont entourées d’un nuage opaque de confusion. On sait qu’elle est déjà présente dans l’Angleterre du XIIe siècle, les bardes des époques antérieures y ayant ajouté mythes folkloriques, particularités géographiques et traditions chrétiennes ainsi que d’autres histoires annexes.

C’est de cette époque que datent les deux versions les plus connues de la légende, toutes deux teintées de notions de chevalerie et de courtoisie : celles de l’anglais Robert Mace et du Français Chrétien de Troyes (v. 1135 – 1183). Le mythe appartenait aux deux pays en raison des migrations du peuple breton. Excalibur, le film de John Boorman, est, lui, inspiré d’un ouvrage datant d’après cette époque : Le Morte d’Arthur de Sir Thomas Malory (1408 – 1471), la première épopée en prose anglaise.

Cependant, la légende n’a pas fini d’inspirer les écrivains contemporains. Les Brumes d’Avalon, roman de Marion Zimmer Bradley, paru dans les années 1980, tournant autour de Morgane, la demi-sœur d’Arthur est bien dans le ton de notre époque.

Pour ce qui est du personnage d’Arthur lui-même, il aurait existé, au VIe siècle, non pas un roi, mais une sorte de chef de guerre nommé Artorius, mi-romain, mi-breton qui maintenait la pax romana en Bretagne (l’Angleterre d’alors), opérant à la tête d’une bande de cavaliers mercenaires.

<B>Valeureux guerriers</B>

Cet Artorius et ses cavaliers, menant les armées des rois de Bretagne et du Pays de Galles, auraient remporté une importante victoire sur des envahisseurs saxons, les arrêtant net dans leur progrès et les chassant du territoire pour une quarantaine d’années. C’était aux alentours de l’an 510 – 518, à la bataille de Mont Badon, près de la ville de Bath et, c’est de ce personnage que s’est très librement inspiré Le Roi Arthur, film d’Antoine Fuqua.

L’histoire racontée dans le film se passe en l’an 467, soit au moment de la naissance du vrai Artorius, dans une partie du monde en pleine mutation. L’empire romain s’est non seulement converti au christianisme, mais a aussi intégré cette nouvelle religion à ses structures politiques et s’en est approprié la représentation. Ainsi, par exemple, l’empereur romain est aussi le chef de l’Église (le pape) et ses légats en sont les évêques.

Ce même empire romain, menacé par les Huns, Ostrogoths, Wisigoths et autres, se voit obligé d’abandonner ses territoires du Nord. La Bretagne romaine, déjà menacée par les tribus Pictes à peine contenues par le mur construit par l’empereur Hadrien, l’est cette fois aussi par une invasion de Saxons qui tuent et brûlent tout sur leur passage.

Alors que les légions s’en retournent à Rome, il n’y a, pour assurer la sécurité du territoire, que Artorius et les cavaliers Sarmates qu’il commande. Ces derniers, (originaires de ce qui est aujourd’hui l’Iran), issus d’un peuple assujetti à Rome depuis des générations, ont été obligés de servir l’empire romain durant quinze ans et s’attendent à retrouver leur liberté.

Au moment où commence l’histoire, l’évêque – le légat Germanus, représentant suprême de l’autorité romaine en Bretagne – ordonne à Artorius et à ses hommes de remplir encore une dernière mission : se rendre au nord du mur d’Hadrien et au-devant des Saxons pour évacuer une riche famille romaine qui vit en plein territoire Picte.

Le film n’est pas mauvais, il se laisse même regarder. Mais on n’en est pas moins déçu, vu les prémisses : les origines d’un des mythes les plus importants de la culture européenne, d’une organisation qui a connu le plus grand succès de toute l’histoire de l’humanité et d’un pays dont la destinée a influencé l’histoire du monde.

L’intérêt du spectateur est éveillé lorsque le film présente cet Artorius – Clive Owen, chef de guerre, né d’un père romain et d’une mère bretonne, et qui a grandi à Rome. Il est, de plus, un chrétien, convaincu que ses idéaux de justice et de liberté sont représentés par l’empire romain. Ses cavaliers Sarmates sont eux aussi intéressants, du simple fait de leurs origines, en comparaison avec ce que nous racontent les autres versions du mythe. Contrairement à Artorius, ils ne sont pas de foi chrétienne.

Des fins tumultueuses...</B>

Nous voyons qu’en ce Ve siècle après J.C, une philosophie de générosité et de justice a été adaptée aux besoins d’une impitoyable machinerie d’État broyant quiconque se tiendrait sur son passage. Et, pour le côté historique, “purement intéressant”, nous voyons entre autres, qu’à cette époque, un évêque avait aussi une fonction militaire et que les armoiries sur les boucliers des légionnaires sont aujourd’hui celles de l’Église catholique. Il y a enfin, ces peuples qui habitent l’Angleterre d’alors : Bretons, Pictes, Celtes, etc. Certains en guerre (contre l’autorité romaine ou entre eux), d’autres pas, certains jugés comme primitifs, chacun ayant une identité propre dont il aurait intéressant d’avoir un aperçu.

Les fins d’empires ont quelque chose de passionnant, lorsqu’elles sont tumultueuses. Elles sont des tragédies aux dimensions épiques. Au lieu de développer cet aspect de l’histoire, Antoine Fuqua ou plutôt, on le devine, son producteur Jerry Bruckheimer, nous offre ce qui ne vaut guère mieux qu’une série B orientée vers le grand spectacle.

On y retrouve une pseudo morale sur les manipulations d’État : les crimes des Romains justifiés par “la volonté de Dieu” et les mensonges de l’évêque qui finissent par provoquer la désillusion du héros. Ajoutons à cela quelques aberrations dans le scénario : comment, par exemple, expliquer ce domaine romain gardé par seulement une poignée de légionnaires, en plein territoire Picte ?

Et, à propos des Pictes, justement, ces derniers aident bien Artorius et ses cavaliers à vaincre les Saxons, mais tout au long du film, les échanges entre les futurs alliés sont tout de ce qu’il y a de plus limité. Il y a Merlin–Stephen Dillane, le chef des Pictes, avec qui Artorius n’a que deux ou trois brèves conversations et Guenièvre – Keira Kneightley, une princesse Picte que le héros délivre d’une salle de torture romaine.

Cette dernière n’a rien d’une demoiselle en détresse, elle est une guerrière tirant à l’arc aussi bien que Legolas et vêtue “d’une tenue de dominatrice S/M”, pour citer un critique.

Il n’est donc pas étonnant que le héros finisse par tomber amoureux d’elle. Les cavaliers sont convaincants, mais il est dommage qu’ils ne soient pas plus que des faire-valoir (attendant d’être tués, pour certains) et les deux chefs Saxons, père et fils, sont comme tous les méchants de série B, ce qui veut tout dire.

L’action est spectaculaire, avec une première bataille au cours de laquelle sept hommes et une dame mettent en déroute 200 affreux et une bataille finale inspirée de Braveheart qui (vu l’identité des participants : Pictes contre Saxons) fait penser à une bagarre de hooligans.

Ce sont des scènes bien mises en images et il est évident que la production a mis les moyens, mais on a vu mieux dans Troie. Voilà justement le niveau auquel aurait pu prétendre Le roi Arthur si son producteur avait cru en l’intelligence de son public.

<B>Gilles Noyau</B>

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