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«La clé, c?est l?ouverture sur le monde»
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«La clé, c?est l?ouverture sur le monde»
●<B> Trente-sept ans après l?accession de Maurice à l?indépendance, que pensez-vous de cet adulte qu?est la nation mauricienne indépendante ? </B>
Cette nation n?a aucune conception de ce que c?est que d?être indépendant. Demandez aux jeunes ce que c?est qu?un pays indépendant, ils n?en ont aucune idée. C?est la raison pour laquelle il n?y a aucun sens du patriotisme. Nous ne connaissons pas notre histoire et nous ne sommes pas intéressés à la connaître.
●<B>Et c?était mieux avant ? Les gens avaient-ils davantage ce sens d?appartenance ? </B>
Avant, il y avait une cause. Les Mauriciens, aujourd?hui, n?ont pas de cause. Tout ce qui intéresse certains jeunes d?aujourd?hui, c?est de quitter le pays.
●<B> Le Mauricien a-t-il des difficultés à assumer son identité de Mauricien ? </B>
Je le pense. Nous sommes une société multiculturelle et chacun a cette tendance à définir son identité en fonction de sa culture ancestrale et de sa religion. Combien de fois n?avons nous pas entendu des politiciens dire qu?ils étaient hindous ou musulmans avant d?être ministres ? L?exemple vient d?en haut, vous savez. Les politiciens ont longtemps véhiculé cette pensée que l?identité d?un sub group était plus importante que celle d?un Mauricien afin de semer la division. Et c?est malsain.
●<B> Vous blâmez donc les politiciens ? </B>
Mais the tone is set by them. Mais là encore, c?est notre système d?éducation qui est fautif. L?éducation est devenue une arme pour réussir aux examens. Il aurait fallu que les Mauriciens puissent utiliser leur sens de discernement au lieu d?avaler tout ce qu?on leur raconte.
●<B>Mais cette tendance à se replier sur soi est bel et bien là. On a presque l?impression que c?est instinctif, comme, pour se protéger?</B>
Quand, sur le plan économique, cela ne va pas dans un pays, qu?il faut distribuer le gâteau et qu?il n?y en a pas assez, alors c?est chacun pour soi. Et à la rigueur, on partagera avec ceux avec qui on s?identifie éthiquement ou culturellement. Et même quand ce n?est pas le cas, la perception est là parce que l?être humain est ainsi et qu?il ressent ce besoin d?appartenir.
Cela dit, malgré que dans les temps difficiles, on se replie sur soi, tout le monde a conscience que pour avancer, l?on a besoin de toutes les composantes de la société. Ce repli sur soi n?est pas une fatalité. Seulement, la seule façon de le combattre est l?éducation. Et puis, il ne faut pas oublier que nous avons tout de même cohabité pendant de longues années sans grand problème. Il y a de quoi être fier.
●<B> La situation sociale est-elle tendue, avec les élections qui approchent ? </B>
Je ne le pense pas. Les élections, vous savez font partie du folklore à Maurice.
●<B> Mais les élections qui viennent seront tout de même différentes ? </B>
Tout dépendra des enjeux?
●<B>Mais vous savez aussi bien que moi quels seront les enjeux?</B>
Ecoutez, nous avons toujours eu une dose de communalisme à chaque élection. Je pense que l?enjeu est véritablement économique mais le politicien trouve peut-être plus facile d?expliquer les choses à son électorat en des termes qu?ils trouveront disons, plus faciles à assimiler.
●<B>Ce qui pourrait s?apparenter à de l?irresponsabilité de leur part ? </B>
Ecoutez, normalement les gens qui vont aux meetings sont déjà des convaincus. Donc, je pense que les dégâts sont limités. Mais il y aura danger si ces arguments nous sont toujours servis après les élections.
●<B>Les événements qui sont survenus récemment avec les travailleurs chinois vous ont-ils étonné ? </B>
Disons que nous étions au courant des conditions de travail des travailleurs chinois. Ils sont venus ici avec beaucoup d?espoir, mais Maurice n?est pas en mesure de payer des salaires astronomiques à ces travailleurs. Ils sont frustrés mais n?ont pas trop de choix. Ils ne font que travailler et ne mènent pas de vie normale; ils ne peuvent pas s?épanouir ici.
●<B>Et cela n?aide pas, n?est-ce pas que les Mauriciens sont hostiles à ces personnes ? </B>
D?abord, je crois que ces travailleurs sont considérés comme des lower class people avec qui personne ne veut s?associer. Ils sont donc isolés. Et on leur a aussi collé une étiquette, à savoir que certaines s?adonneraient à la prostitution. Ils savent très bien ce que pensent les Mauriciens. Et cela les frustre davantage. Avec les récents incidents, le Mauricien aura tendance à les marginaliser un peu plus.
●<B> La situation ira de mal en pis?</B>
Vous savez, les travailleurs chinois sont venus parce qu?il y avait certaines tâches que le Mauricien n?était pas disposé à accomplir. Mais aujourd?hui, ces mêmes Mauriciens pensent que les étrangers sont venus leur prendre leur gagne-pain. Ce qui est faux. Alors, le Mauricien qui est dans son pays, accueille de plus en plus mal la présence de ces travailleurs étrangers.
●<B> Etant une nation d?immigrés, n?aurions-nous pas dû être plus accueillants envers ces étrangers ? </B>
Pas nécessairement, la perception étant que nous sommes là depuis plusieurs générations. Le Mauricien se sent chez lui ici. Finalement, c?est quand cela lui convient que le Mauricien devient patriote.
●<B>Justement, parlons de l?attitude du Mauricien face à l?étranger. Diriez-vous qu?il est xénophobe ? </B>
Je ne pense pas qu?il soit xénophobe. Mais il est opportuniste. Tant que l?étranger pourra être utilisé à l?avantage du Mauricien, il sera bon. Au cas contraire, c?est l?hostilité. C?est comme lorsque vous recevez un invité chez vous. Une quinzaine de jours ça va. Deux mois après, sa présence commence à vous peser et s?il ne vous apporte rien, vous voulez qu?il s?en aille.
●<B>Mais il semble y avoir un problème face à une autre catégorie de travailleurs étrangers. Je pense ici à Phillip Cash, Burt Cunningham et Bill Duff. Ces personnes qui d?une façon ou d?une autre apportent quelque-chose à Maurice mais à qui les Mauriciens sont hostiles. </B>
La réaction primaire et normale sera bien sûr : «Pourquoi avoir des étrangers quand les Mauriciens peuvent faire le travail ?» C?est un argument valable. Mais l?étranger est aussi un patron objectif. Ce qui compte pour lui, qui vient d?un autre monde, c?est le travail bien fait sans des considérations ethniques, communales et des connections politiques ou autres. Ce qui comptera pour lui, c?est la productivité et le professionnalisme. Des qualités qui font gravement défaut à beaucoup de nos compatriotes. Nous avons tout à gagner à apprendre de cette perspective internationale, de cette ouverture. Et si notre mentalité ne change pas, si nous ne nous adaptons pas, nous aurons des problèmes à l?avenir.
●<B>Dans quel sens ? </B>
Le Mauricien manque d?éthique professionnelle. Pour beaucoup, le travail est un gagne-pain et c?est tout. Cela équivaut à fournir le minimum d?effort et cette attitude ne nous mènera pas loin car nous sommes toujours en train de fonctionner comme un pays du tiers monde. Et nous sommes trop proches des politiciens. C?est malsain.
●<B> Justement, nous cultivons quelque peu cette culture de l?à-peu-près ici, n?est-ce pas ? </B>
C?est justement parce que nous ne sommes pas assez rigoureux. Mais cela ne peut plus durer. Et je pense que cela va changer petit à petit. Nous n?avons pas le choix si nous voulons être compétitifs.
●<B>L?hospitalité mauricienne est légendaire. Mais il y a des fissures dans cette image parfaite ? </B>
Effectivement, j?ai l?impression que les gens ne comprennent pas ce que c?est qu?une société de service. Nous avons besoin des touristes mais les Mauriciens pensent que cela ne concerne que ceux qui travaillent dans l?industrie. Faux. Il faut revoir notre comportement, notre attitude parce que nous dépendons des touristes. Nous avons effectivement un problème à comprendre le concept de service et avons tendance à être hostiles à ceux que nous ne connaissons pas.
●<B> Parce que nous sommes complexés ? Diriez-vous qu?il existe une différence d?attitude envers des touristes venant de différents continents ? </B>
Ce problème existe effectivement. Les Mauriciens étaient des colonisés, vous savez. De fait, l?Europe est perçue comme étant supérieure tandis que l?Afrique et l?Asie sont considérés comme inférieurs.
●<B>Est-ce parce que le Mauricien est mal dans sa peau ? </B>
Peut-être. Ce sont des défenses dans la mesure où on a des complexes. Encore une fois, la clé est l?ouverture, mais avant tout l?éducation. Un système d?éducation qui développe notre faculté d?analyse, de discernement et notre sens critique.
<B> «L?éducation est devenue une arme pour réussir aux examens. Il aurait fallu que les Mauriciens puissent utiliser leur sens de discernement au lieu d?avaler tout ce qu?on leur raconte.» </B>
<B> «Les ouvriers chinois sont venus parce qu?il y avait certaines tâches que le Mauricien n?était pas disposé à accomplir. Aujourd?hui, ces mêmes Mauriciens pensent que les étrangers sont venus leur prendre leur gagne-pain.» </B>
<B>Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN</B>
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