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« L?Icac va très bientôt boucler l?enquête sur l?affaire MCB-NPF »
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« L?Icac va très bientôt boucler l?enquête sur l?affaire MCB-NPF »
En un an, Maurice est passée de la 51e place à la 42e dans le classement de « Transparency International » sur la perception sur la corruption. Peut-on se satisfaire de cette progression qu?on peut aussi qualifier de modeste ?
Je ne qualifierai pas cette progression de modeste. Il est important de la comparer avec celle d?autres pays. On se rend alors compte que peu d?entre eux ont progressé aussi rapidement que Maurice dans ce domaine. Pour nous, ce résultat est encore meilleur que ce que nous avions prévu.
À votre arrivée, vous aviez dit que « la corruption est moins alarmante que la perception qu?on peut en avoir ». Après six mois à la tête de l?Icac, maintenez-vous cette affirmation ?
Il faut déjà savoir ce qu?on entend par corruption au regard de nos lois. Souvent une personne croira être en présence d?un cas de corruption alors qu?en fait, il ne s?agit que d?agissements contre l?éthique sans qu?il y ait aucune infraction aux lois existantes. Je le disais surtout dans ce contexte. Mais aussi par rapport à la manière avec laquelle la presse a tendance à traiter les cas de corruption. En donnant parfois l?impression que la corruption est très répandue dans le pays. Elle existe, mais il n?est pas vrai de dire que tout le monde est corrompu à Maurice.
On reproche aux Mauriciens de ne pas signaler les cas de corruption. Règne-t-il une culture du silence dans le pays ?
C?est une culture effectivement. Quand quelqu?un sait qu?un collègue, un ami ou un parent est corrompu, il ne le décourage pas nécessairement. C?est triste. À travers notre département d?éducation et de prévention, nous mettons en place une stratégie pour changer cette culture. Nous voulons faire comprendre aux gens que s?ils ne découragent pas la corruption, cela nuira à leurs intérêts. La corruption nuit le plus aux intérêts des plus pauvres mais aussi à ceux des investisseurs, du gouvernement et de tous les stakeholders du pays. Il faut donc qu?on comprenne pourquoi on doit combattre la corruption. Chacun doit être conscient : s?il est en présence d?un cas de corruption, il doit le signaler.
Lors des débats et sessions d?information que nous animons, notre but est de faire en sorte que nos interlocuteurs puissent décourager, dénoncer et arrêter eux-mêmes la corruption. Jusqu?ici, ils n?ont pas eu suffisamment d?encouragement pour le faire.
Vous encouragez donc la dénonciation?
On a une conscience ou on n?en a pas ! Nous cherchons à responsabiliser les Mauriciens. Il est facile de dire qu?il y a beaucoup de corruption dans le pays. Mais en même temps, si on ne dénonce pas les cas qu?on connaît, le problème ne se réglera pas. C?est une éducation à faire. C?est pour ça que nous avons obtenu que les notions d?intégrité et de lutte anti-corruption soient intégrées dans le cursus du primaire dès l?année prochaine. Nous étudions en ce moment, avec le Mauritius Research Council, comment en faire de même pour le secondaire.
Vous rapporte-t-on davantage de cas ces derniers temps ?
Pas vraiment. Ce qui est notable c?est que les gens ont de moins en moins recours à des plaintes anonymes. Ils signent leurs lettres et sont aussi plus précis dans leurs dénonciations. Nous avons expliqué qu?il est plus facile pour l?Icac d?enquêter quand une personne divulgue son identité, car on peut revenir vers elle après pour avoir d?autres informations. Malgré tout, nous continuerons à avoir des plaintes anonymes. Et des lettres qui dénoncent des pratiques qui ne sont pas nécessairement assimilables à la corruption.
Ne perdez-vous pas du temps en examinant toutes ces lettres ?
Quand une personne ne comprend pas ce qu?est la corruption, il ne faut jamais la décourager ou l?empêcher d?envoyer une lettre. Il faut continuer jusqu?à ce qu?elle comprenne ce que c?est exactement. Si on la décourage, demain devant un cas de corruption avéré, elle pourra se dire que cela ne servira à rien de dénoncer.
« Avec la loi existante, certaines formes de corruption ne sont pas considérées comme des délits. »
La corruption a différents visages. Croyez-vous que le grand public soit suffisamment informé pour les reconnaître ?
C?est ce que nous cherchons à faire à travers nos campagnes. Nous demandons aussi à la presse de collaborer avec nous pour expliquer les différents aspects de la lutte contre la corruption. Car après tout, l?Icac ne dispose pas d?un budget de communication énorme. Il faut expliquer ce qu?est la corruption et vulgariser ses différentes définitions dans nos lois.
Toutefois, si on n?a pas lancé de grande campagne jusqu?ici, c?est aussi parce que nous avons soumis des recommandations au gouvernement. Pour suggérer que certains amendements soient apportés à nos lois anti-corruption.
Lesquels ?
Il faut préciser certaines dispositions légales, en enlever d?autres, mais aussi en introduire des nouvelles. Car avec la loi existante, certaines formes de corruption ne sont même pas considérées comme des délits. C?est au législateur de décider maintenant. Je ne vais pas être plus précis, car je serai en train d?identifier des failles de nos lois que certains pourraient vouloir exploiter.
Quel est votre bilan après six mois à la tête de l?Icac ?
Nous avons réussi à régler les problèmes internes et à donner un sens de direction à l?action de la commission. La majorité de notre personnel est là également. Tous les directeurs ont été impliqués dans leur formation.
Et chaque membre de l?Icac sait maintenant mener une enquête sans laisser des failles. Les enquêtes en suspens, que nous avons reprises, seront très bientôt bouclées. Il y a d?importants développements à prévoir dans les jours et les semaines à venir.
Êtes-vous conscient qu?on attend des résultats de l?Icac après la série de désaveux qu?elle a essuyée devant la justice à cause d?enquêtes mal ficelées ?
Nous faisons tout pour ne laisser aucune faille. C?est pour cela qu?après mon arrivée j?ai décidé de rappeler certains dossiers transmis au Director of Public Prosecutions afin de connaître, dans les détails, ce qu?ils contiennent et voir si on avait bien fait. L?arrivée de notre Chief Legal Adviser nous permet aussi de mieux soigner nos enquêtes.
Va-t-on enfin assister à la fin de certaines enquêtes qui durent depuis des années ? Dont celle sur l?affaire « Mauritius Commercial Bank » (MCB)-« National Pension Fund » (NPF)?
L?enquête sur l?affaire MCB-NPF est à bon port et va être bouclée très bientôt. Je ne peux en dire plus. Il faut toutefois savoir que deux volets de l?enquête concernant Ravi Ramdewar et Pierre-Guy Noël ont été appelés en cour depuis mai 2005.
Un autre dossier épineux vous a été référé cette semaine, celui du rapport sur Business Parks of Mauritius Ltd (BPML). Comment allez-vous l?aborder ?
Comme toutes les autres enquêtes ! Il y a une procédure à suivre. Je dois toutefois dire que nous avons déjà débuté notre enquête sur BPML depuis la semaine dernière. Avant même que le gouvernement ne fasse déposer le rapport du Fact-Finding Committee devant l?Icac. L?enquête se poursuit.
■ Propos recueillis par Rabin BHUJUN
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