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« Les recruteurs se font de l?argent sur le dos des étudiants »

11 mars 2007, 00:00

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Sa première année d?études à Dublin, Irlande, ne lui a pas laissé que de bons souvenirs. Revenue à Maurice il y a une semaine pour assister aux obsèques de sa mère, Manisha a souhaité témoigner. Elle parle de ses « désillusions », mais aussi des « arnaques » dont sont victimes certains étudiants mauriciens qui ont eu recours à des agences de recrutement. La jeune femme jette sur son parcours, un regard empreint d?amertume et entend mettre en garde contre les pratiques peu scrupuleuses de certaines agences.

Employée dans un magasin hors taxes de l?aéroport de Plaisance, Manisha souhaite, en 2005, changer d?orientation et travailler dans le tourisme. C?est ainsi qu?elle se renseigne peu à peu et apprend l?existence d?une agence qui prétend entreprendre toutes les démarches pour l?étudiant « afin de (lui) faciliter la vie sur place ». « Je pensais que ce serait plus facile de m?inscrire dans une école en passant par un recruteur et je dois dire que je me suis laissé convaincre par ses arguments. Je réalise aujourd?hui que je n?aurais pas dû », confie la jeune femme.

Les premiers mois à Dublin se déroulent pourtant sans encombre. Jusqu?au jour où elle prend un emploi à temps partiel pour pouvoir s?offrir un meilleur cadre de vie. « Le recruteur m?avait pourtant assuré que je pouvais travailler et que cela ne poserait pas de problème et qu?il avait réglé tous les détails avec l?école », explique l?étudiante.

<B>« Ils deviennent soudainement injoignables »</B>

Mais la direction de son école la convoque peu après pour lui signifier qu?elle ne pourra pas prendre part aux examens de fin d?année, car elle a un taux de présence insuffisant en cours. « Je ne me suis pourtant jamais absentée. Je leur ai expliqué que le recruteur m?avait assuré qu?il m?était possible de concilier cours et emploi, mais ils n?ont rien voulu entendre. » Manisha parviendra, par la suite, à trouver un arrangement qui lui permettra de poursuivre ses études.

Même si elle confie avoir fait face à de nombreuses difficultés, elle s?estime « chanceuse » par rapport au sort de bon nombre de compatriotes. « Un logement standard pour étudiants coûte environ 600 euros. Cela représente un budget important. Alors, pour s?en sortir, beaucoup d?entre eux optent pour la colocation. Mais certains recruteurs y ont vu une bonne occasion et proposent des logements à louer aux étudiants mauriciens. »

Mais le problème, explique-t-elle, c?est qu?ils sont entassés à cinq dans un appartement prévu pour deux personnes et les étudiants sont contraints de payer 300 euros par personne. Et à ce prix, il n?y a aucune sécurité pour le logement et encore moins une cuisine et des sanitaires convenables. « Les recruteurs se font donc énormément d?argent sur le dos des étudiants sans que personne n?y trouve rien à redire », déplore Manisha.

D?autres étudiants, poursuit-elle, qui ont eu recours à des recruteurs pour partir étudier en Irlande se sont vu donner la garantie d?obtenir un emploi sur place, mais cela s?est avéré, dans bien des cas, totalement faux. Et les exemples se succèdent : « Un jour, j?étais partie accueillir un ami à l?aéroport et j?ai rencontré une Mauricienne qui était debout au bord de la route avec ses bagages. Elle m?a expliqué que le recruteur, à Maurice, lui avait dit que quelqu?un de son école viendrait la prendre. Elle a attendu des heures sans voir personne », explique Manisha, visiblement excédée par cette situation.

Et d?expliquer qu?elle a dû aider l?étudiante à chercher une chambre d?hôtel en attendant de trouver une solution. « Quand nous faisons face à ces difficultés, les recruteurs deviennent soudainement injoignables. Ils savent parfaitement que les étudiants mauriciens sont très mécontents de leur service », lâche la jeune femme.

Pour illustrer ses propos, Manisha affirme que certains d?entre eux, qui visitent les écoles avec lesquelles ils sont en affaires deux fois par an, préfèrent rencontrer les responsables de l?établissement durant le week-end pour être sûrs de ne pas tomber sur des étudiants mauriciens.

Malgré ses nombreuses déconvenues, Manisha confie vouloir poursuivre ses études en Irlande, mais appelle à une plus grande vigilance de la part des étudiants : « Je leur conseillerais d?éviter de passer par des agences et de se renseigner directement auprès de l?établissement de leur choix, soit par téléphone ou par Internet. De plus, cela leur reviendra moins cher et il n?y aura aucune mauvaise surprise une fois sur place. » Un conseil qui, assure-t-elle, n?est pas superflu.

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