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« L?abolition de ce poste serait une mauvaise décision »
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« L?abolition de ce poste serait une mauvaise décision »
Le poste de vice-président doit-il être vraiment aboli ?
Le titulaire du poste lui-même n?a pas été mis au courant. Au moment de l?accession de Maurice au statut de Répu-blique, j?avais participé aux discussions autour de l?élaboration du projet républicain, basé sur le modèle indien. J?avais alors voté à l?Assemblée nationale en faveur des amendements constitutionnels qui établissaient, entre autres, les postes de président et de vice-président de la République. J?ai vu de près le fonctionnement de ces deux institutions. Je crois pouvoir dire que l?abolition de ce poste serait une mauvaise décision pour le pays.
John Adams, le premier vice-président de l?histoire des États-Unis, disait de sa fonction que c?était « the most insignificant office which the invention of man contrived ». Mais que je sache, personne n?a jusqu?ici proposé son abolition ! Thomas Jefferson, qui succéda à John Adams, a ajouté que « it will give me philosophical evenings in winter and rural days in summer ». Ce qui a dû l?inspirer et lui faciliter l?accession au poste de président des États-Unis !
Cependant, il y a des pays dont le régime politique est identique au nôtre, mais où ce poste n?existe pas : par exemple le Vanuatu, les îles Fidji, Malte? Cela dit, dans tous les pays où il y a un vice-président, ce dernier est considéré, à juste titre, comme la deuxième plus haute personnalité de l?État.
Quel est le rôle d?un vice-président ?
D?après la Constitution, il accomplit les tâches qui lui sont confiées par le président et en l?absence de ce dernier, il assume la suppléance avec tous les pouvoirs que confère le poste de président.
Est-il vraiment indispensable en cas d?absence ou d?indisponibilité du président de la République ?
On ne doit sous aucun prétexte avoir de vacance au sommet de l?État. Un vice-président est le plus apte à remplacer le président car il n?est assujetti à aucune autre fonction ou obligation.
Mais la suppléance ne pourrait-elle pas être assurée par le chef juge ?
Malgré le respect que je dois à l?institution et à la fonction, j?estime que la suppléance de la présidence ne devrait, en aucun cas, être assurée par le chef juge. La constitutionnalité d?un projet de loi auquel il aurait pu donner son assentiment, durant sa suppléance, pourrait être éventuellement contestée en Cour suprême : le chef juge se trouverait alors dans la position très inconfortable d?être à la fois juge et partie. Il y a là, justement, nécessité de revoir la Constitution et de proposer qu?en cas d?indisponibilité simultanée du président et du vice-président, ce soit par exemple le speaker de l?Assemblée nationale qui fasse la suppléance.
Dans la conjoncture, l?État n?a-t-il donc pas raison de supprimer des postes et des dépenses là où c?est faisable ?
Certainement, l?État aurait raison de le faire. Il y a tant de postes-sinécures que je pourrais citer et dont la suppression serait souhaitable actuellement. En revanche, abolir le poste de vice-président serait une faute et n?équivaudrait qu?à une économie? de bouts de chandelle !
Quelles pourraient être les implications sociopolitiques si jamais une telle décision était prise ?
Aucune. Sauf que pour l?abolition d?un poste constitutionnel, comme celui du vice-président, il est nécessaire d?avoir une majorité des trois-quarts de votes à l?Assemblée nationale. Cela ne serait possible, vu le rapport des forces actuelles, que si l?opposition accorde son soutien à l?amendement proposé.
Cette éventualité n?est-elle pas due au comportement des titulaires qui n?ont peut-être pas jugé nécessaire de faire preuve de créativité, ce qui aurait eu le mérite de justifier le maintien de ce poste ?
On attend de tout vice-président qu?il soit, comme le président, au-dessus de la mêlée politique. Pas plus. On aurait pu confier au vice-président, le poste de chancelier de l?université de Maurice, par exemple. On ne l?a pas fait. Le vice-président Raouf Bundhun prend très souvent des initiatives fort louables dans le domaine de l?éducation et de la culture. Sa présence et son action sont très appréciées dans divers milieux.
Qu?est-ce que cela aurait changé si,au moment où vous étiez président de la République, le poste de vice-président n?existait pas ?
Je n?aurais pas pu bénéficier des conseils avisés des deux vice-présidents que j?ai eus de 1992 à 2002. À chaque fois que je pensais que leur expérience me serait utile, par exemple avant la prise d?une décision « délicate », je n?hésitais pas à les consulter.
De temps en temps, ils me remplaçaient dans des fonctions importantes auxquelles je ne pouvais assister. Je pouvais partir en visite officielle ou en mission sans aucune appréhension, en sachant que la suppléance serait assurée par des personnes avec lesquelles j?avais établi des rapports de confiance et qui agiraient selon la Constitution et les pouvoirs que celle-ci leur confère.
Quels sont les postes qui devraient subir le même sort que celui du vice-président si jamais ce poste est aboli ?
Le poste de Deputy Prime Minister me semble être une sinécure. Contrairement au vice-président, il n?est autorisé à prendre aucune décision, même pas la plus simple, en l?absence du Premier ministre sans le consulter. Il y a également ces nombreux postes hors establishment, et créés selon les besoins politiques et sectaires. Ils engloutissent des millions de roupies annuellement et n?ont pas d?autre objectif que de caser des proches du pouvoir. Voyez aussi du côté des corps parapublics : les régimes passent !
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