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« La sélection par l?argent devient vite un fait »
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« La sélection par l?argent devient vite un fait »
Quel est votre constat par rapport au poids réel du coût de l?éducation dans le budget des familles ?
Ce coût est énorme. Le parcours scolaire de l?enfant est rythmé, le plus souvent, par les cours obligatoires et les leçons particulières dont la fréquence dépend des possibilités financières des familles. Il va sans dire que ce que l?on pourrait qualifier de sélection par l?argent devient vite un fait.
Dès lors, les familles les plus aisées peuvent scolariser leurs enfants dans les meilleures écoles, leur fournir le plus grand nombre de leçons particulières et avoir les meilleurs enseignants pour ce faire. Cette course effrénée à la réussite est effectuée au détriment de certains aspects du développement de l?enfant. Cela concourt à condamner parfois à l?exclusion scolaire des sujets d?intelligence remarquable, privés cependant du support économique indispensable dans une telle compétition.
L?éducation est-elle donc un luxe ?
Oui, en tenant compte du fait que l?écrémage au niveau scolaire se fait en fonction de la réussite aux différents examens (CPE, SC. HSC), qui est elle-même liée à l?assiduité aux cours dits particuliers. Or, l?efficacité de ces leçons va de pair avec leur coût.
Quelles seront les conséquences sur le long terme d?une éducation dite gratuite, mais qui, vu certains coûts élevés, compromet les chances des enfants issus de familles modestes ?
Trop d?enfants, le plus souvent issus des milieux défavorisés, sortent aujourd?hui laminés par un système d?éducation gratuite basé sur le mythe de l?égalité des chances. Or, nous savons très bien que notre école entretient les inégalités quand elle ne les accentue pas. Dans le long terme, un tel système détruira un peu plus les solidarités déjà mises à mal depuis des années.
Quels sont les remèdes pour prévenir ces maux ?
Assumer franchement la discrimination positive en faveur des quartiers défavorisés et leur donner des coudées franches pour devenir des zones d?excellence. Une discrimination positive réalisée à moitié ne mène à rien, et c?est pourquoi il nous faut recentrer les ressources en faveur des élèves qui connaissent les plus grandes difficultés scolaires et sociales.
Nous avons besoin d?en savoir plus sur la précarité et ceux qui y sont le plus exposés. De même, il y a une urgence à souligner davantage le rapport entre l?économique, le social et l?école.
■ Propos recueillis par L.P.
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