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« La musique reconstruit la société.Alors pourquoi nous ignore-t-on ? »
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« La musique reconstruit la société.Alors pourquoi nous ignore-t-on ? »
Eclosion d?un artiste dans le silence de la mer de Tamarin sous le regard serein de la montagne du Rempart. Jean-Jacques Arjoon ou Zan Zak est devenu chanteur pour poétiser et cicatriser sa vie. Quand il voit la misère, il revêt sa carapace. Quand il entend le chant des oiseaux, il sort de sa coquille et exhibe son âme. Ce conseiller du ministre des Arts et de la Culture est aussi un travailleur social assidu qui sort les jeunes de leur torpeur. Il parle généralement en chanson. C?est pour commémorer la fête de la musique ce 21 juin, qu?il accepte de se confier.
<B> Ce n?est pas un secret, la vie d?artiste est dure. En tant que chanteur, comment définiriez-vous la vôtre ? </B>
Mon âme d?artiste, je l?ai puisée dans la précarité. Si on parvient à prendre du recul, on peut même faire des poèmes à partir des difficultés matérielles. Mes chansons sont des analyses sociales à la fois crues et gommées.
<B> Que représente la musique pour vous ? </B>
(Silence). Elle est omniprésente. C?est une passion qui se traduit aussi par la rigueur des textes et des mots. La musique selon moi, c?est une analyse poétisée qui sort des sentiers battus. Ce n?est que dans ce sens que l?on peut aspirer à être un artiste ! Le chanteur que je suis cherche toujours à sortir de l?ordinaire. Je pourrais même faire des fusions de jazz et de séga, car la musique se digère. Chaque artiste a un prix à payer. Moi en 2000, j?ai sorti mon premier album Jocker, et maintenant, après quatre ans d?hibernation, je compte revenir avec Métis Maron.
<B> On dit souvent que la musique adoucit les m?urs. Quel est votre opinion là- dessus ? </B>
Je crois surtout que la musique libère les gens. Pouvez-vous vous imaginer ce que c?est pour un jeune de taper sur un djembé pendant deux heures ? Quand il exécute ce geste, il extériorise une violence qu?il confinait en lui. Cette même violence qui aurait pu le conduire à se battre dans les rues ! Ce qui est dommage, c?est qu?à l?école nous n?encourageons pas l?art, nous privilégions les études scolaires. Or, je pense que la musique doit former un tout avec la mouvance de l?école. Puisque la musique requiert une certaine discipline, elle permet donc aux jeunes de mieux développer ce sens.
En parlant de jeunes, vous êtes un travailleur social acharné qui croit fermement que l?art peut tout apprendre à l?individu. Parlez-nous de cet aspect de votre personnalité.
Quand j?ai découvert la sociologie, cela a suscité mon engagement dans le social. Mon regard sur la société a changé, et ça m?a permis de réaliser que tout est pédagogique autour de nous. C?est en utilisant les différentes formes d?expression artistiques que j?ai trouvé le meilleur moyen de faire du social. Cela fait cinq ans que notre association La Pointe Tamarin est née. Pas moins de 80 jeunes se rencontrent pour jouer de la musique, faire des dessins ou pour partager des histoires. Nous sommes en partenariat avec Anou Dibout Ensam, le Trust Fund et le District Council pour ?uvrer à la construction ou la reconstruction d?une société plus saine !
<B> Pourquoi pensez-vous que l?art, et plus particulièrement la musique, est le meilleur moyen de sortir les jeunes de leur léthargie, voire de la délinquance ? </B>
Les jeunes y trouvent leur compte. Ce n?est certainement pas sur le coup de l?émotion que nous avons mis en place cette association, c?est le fruit de longues années de réflexion. La Pointe Tamarin, c?est l?endroit où les habitants de Tamarin venaient pêcher. Pourquoi avoir choisi ce nom ? Tout simplement parce que nous voulons toucher l?enfant au plus près, le ramener sur les traces de son patrimoine et l?éloigner des maux de la société. Notre association est comme un espace de récréation qui accroche et qui agit comme un point de ralliement sain dans le village. Les jeunes qui vivent dans les villages ont une autre façon de vivre. Et il existe donc un conflit entre l?éducation que prône le système scolaire et celle des villageois. Notre association sert de passerelle entre les deux.
<B> Et où se situe le conseiller du ministre des Arts et de la Culture dans tout cela ? </B>
(Sourire). D?une part, j?aide les jeunes, mais dans le ministère j?essaie également d?apporter des bribes de changement dans la vie des artistes. Je comprends leurs aspirations et leurs frustrations, puisque je suis moi-même artiste ! Je me rends compte que les artistes sont toujours un peu victimes de « l?hypocrisie populaire ». Ils sont toujours mal vus. Moi je suis cholo, mais fier de l?être ! Quand Motee Ramdass m?a approché il y a un an pour ce poste, je n?ai pas hésité. J?ai un contrat de deux ans, et j?ai laissé mon poste d?enseignant de français au collège La Confiance pour lutter pour les artistes. Mon rôle dans le gouvernement est justement de les faire respecter !
<B> Respecter les artistes d?accord, mais même le budget semble négliger le ministère des Arts et de la Culture. Qu?en pensez-vous ? </B>
Je vois une grande contradiction dans ce budget ! On mise sur l?industrie touristique, tout en sachant que ce seront les artistes, chanteurs et danseurs qui séduiront les touristes avec la musique locale ! Et que découvrons-nous aussi ? Les aides aux artistes sont quasi inexistantes, mis à part les Rs 15 000 que le ministère des Arts et de la Culture pourra offrir à un chanteur qui souhaite sortir un album ! C?est comme un crachat dans l?océan ! Nous, artistes, ne sommes nullement des « parasites ». Nous apportons beaucoup à l?économie et au tourisme. Ça prouve encore une fois qu?il existe une mauvaise perception des artistes à Maurice !
<B> Est-ce que les artistes doivent alors se croiser les bras et accepter ? </B>
Non ! Il faut agir de façon responsable. Il faut qu?ils se regroupent en association et proposent un mémorandum au gouvernement pour lui montrer les retombées économiques de cette décision. Ça nous peine que le ministère des Arts et de la Culture soit aussi peu considéré ! L?art, qu?il s?agisse du séga, de la peinture ou de la cuisine est d?un apport économique. Je n?ai qu?une chose à dire : aidez les artistes, et nous aiderons l?économie !
<B> Ne restons pas sur une note aussi triste, quel est votre message pour commémorer cette fête de la musique ? </B>
Aux artistes, je dis « Restez des acharnés de la créativité », et aux décideurs, « Nu pa zwe la misik, nu travay la misik ! ».
<B> Propos recueillis par Tania Huet</B>
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