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« La France devra aussi réformer son industrie sucrière »

18 septembre 2004, 20:00

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Après trois ans passés à Maurice, diriez-vous que vous avez surtout privilégié une diplomatie économique ?

Certainement. Je crois qu?on peut le dire, car les affaires tiennent une grande place dans les relations entre la France et Maurice. Elles ont été au premier plan de mes activités. Je me suis aussi occupé de questions à caractères politiques et culturelles. Si l?économie a un peu prédominé, c?est aussi parce que je suis particulièrement intéressé par ce type de sujet.

L?ambassade a été très active sur les dossiers comme le tout-à-l?égout, le rachat des parts de Mauritius Telecom (MT) par France Télécom (FT) ou encore l?ouverture du marché aérien?

Si on estime que j?ai été plus actif sur ces dossiers que mes prédécesseurs, tant mieux. Je suis ici pour promouvoir les intérêts de la France dans tous les domaines. Je voudrais revenir sur « l?affaire du tout-à-l?égout ». C?était un contrat signé entre une entreprise française et une administration mauricienne qui a connu des difficultés. Finalement, le dossier a été soldé dans des conditions favorables. Mes collaborateurs et moi avons aidé cette entreprise à faire valoir son point de vue ce qui, à notre sens, était justifié.

Êtes-vous satisfait de l?évolution de ces grands dossiers ?

Pour celui dont on vient de parler, je suis satisfait qu?il ait pu se conclure dans de bonnes conditions. Pour ce qui est du partenariat entre MT et FT, il y a eu pendant tout mon séjour des tiraillements entre les deux entreprises, mais il ne faut pas non plus les exagérer. Contrairement à ce qu?on dit parfois, du bon travail est fait entre les deux. Je suis convaincu que le partenariat avec FT aide MT à se moderniser et à devenir une entreprise compétitive sur le plan international. Quand elle avait signé cet accord, FT pensait sans doute que c?était un pas vers une prise de contrôle complète. Sans doute avait-elle mal évalué le contexte local. En tout cas, je crois que l?entretien que le PM a eu en août avec le président de FT a permis aux deux parties de savoir exactement quelle était la situation et je comprends que ce partenariat se poursuivra.

Mais sur ce dossier, on a parlé d?une pression « intolérable » de la France. Le climat est-il plus calme entre les deux gouvernements à ce sujet ?

Non, il n?y a pas eu de pression intolérable. Il est normal que chacun défende son point de vue. La France respecte pleinement la souveraineté de Maurice, mais elle protège ses intérêts, tout comme Maurice défend les siens. Et entre des pays amis comme les nôtres, nous pouvons dialoguer sans qu?on en arrive au conflit.

L?ouverture de l?accès aérien à une deuxième compagnie d?aviation française pose pourtant un problème?

Je comprends les motivations du gouvernement mauricien pour la refuser jusqu?ici, mais je pense qu?il y aura une évolution. Je suis un peu étonné, pour parler poliment, qu?un deuxième opérateur allemand, LTU, soit autorisé à desservir Maurice en mai, alors qu?une autre compagnie française ne le peut pas. J?espère que cette position sera revue.

Y aurait-il une volonté politique de ne pas faire aboutir ce dossier ?

Je ne le crois pas. L?arrivée de LTU, compagnie charter type, met à bas l?argument qui consiste à dire que la venue d?une compagnie française comme Corsair ou Star Airlines porterait atteinte à l?image de Maurice comme destination de haut niveau. Et LTU alors ? Je pense que cet argument n?est pas très solide. Air France est l?allié d?Air Mauritius dans cette desserte, et sans doute y a-t-il là des intérêts qui risqueraient de souffrir. En tout cas c?est une demande que nous continuerons à présenter.

La stricte application du protocole de 1996, récemment, a restreint l?accès aux universités françaises. Cela a été perçu comme la volonté de l?ambassade d?afficher son mécontentement par rapport à l?évolution des dossiers précités.

Je suis abasourdi qu?on formule ainsi une telle question. Cet accord s?applique depuis 1996 sans difficulté particulière. Il a pour objet de fixer des conditions d?équivalence de diplôme entre le baccalauréat français et le HSC. Pour entrer à l?université de Maurice, il fixe pour règle qu?il faut un HSC avec cinq matières. Ce qui est aussi le cas pour une université française. Les cas qu?on nous signale sont ceux d?étudiants qui n?ont pas les cinq matières, et donc n?auraient pas pu entrer à l?université de Maurice, et qui demandent à s?inscrire chez nous. Nous n?avons pas l?intention de fermer nos universités aux étudiants mauriciens.

Mais depuis 1996 il y a eu des étudiants obtenant, sans difficulté, leur inscription dans les universités françaises avec seulement quatre matières au HSC?

À la suite de ces difficultés, nous avons eu un contact avec le ministère des Affaires étrangères, et nous avons décidé de prendre des mesures dans le court et le long termes. Dans l?immédiat, nous allons réexaminer les dossiers qui ont été refusés. À l?avenir, nous allons réviser cet accord. Et nous avons déjà commencé à travailler avec le ministère de l?Education pour le rendre plus clair.

La France reste un allié de taille pour Maurice, notamment sur le dossier sucre. Le ministre français de l?Agriculture, Hervé Gaymard, nous rend visite cette semaine. L?espoir est-il permis ?

La France a des intérêts différents de Maurice. Elle a également une forte production sucrière et elle est très sensible à l?évolution de ce dossier. Elle fera tout pour défendre ses intérêts, et ceux des pays de la zone ACP qui ont signé des accords avec l?Union européenne et avec lesquels elle partage beaucoup de choses sur le plan économique, politique et historique. Nous plaiderons pour que l?UE fasse appel des décisions prises à l?OMC. Mais il est vrai que ce système est sous très forte pression. Ni Maurice, ni la France n?échapperont à une réorganisation profonde de leurs industries sucrières.

On parle désormais de l?industrie de la canne. La France est-elle prête à apporter son aide à Maurice dans cette voie ?

C?est un sujet que le gouvernement mauricien évoque depuis plusieurs mois. Il est bon d?élargir la question de la production sucrière à la question de la canne, en cherchant à exploiter tout le potentiel de cette plante. Nous avons de grandes institutions dans le domaine agronomique, comme le Centre de coopération internationale de recherche agronomique pour le développement qui comptent parmi les meilleurs instituts de recherche au monde. On peut établir des modalités de coopération dans ce secteur. Pour ce qui est du financement, l?UE pourrait aider Maurice dans le cadre de la refonte du protocole sucre. Hervé Gaymard aura l?occasion d?en discuter avec les différentes autorités mauriciennes.

Il existe un mouvement anti-délocalisation dans les technologies de l?information et de la communication en France. Maurice doit-elle s?attendre à moins d?investissements dans ce secteur à l?avenir ?

Il existe un débat en France sur les moyens à utiliser pour éviter les délocalisations qui se traduisent, chez nous, par des suppressions d?emplois. Mon gouvernement a décidé d?encourager les entreprises qui envisagent une délocalisation, à travailler dans des zones avec un régime fiscal intéressant. Je ne sais pas si ces mesures seront assez convaincantes pour dissuader les entreprises de venir s?installer à Maurice. Ce que je constate, c?est que pour l?instant, ce sont les entreprises françaises qui sont les plus nombreuses à s?installer ici.

Vous avez dit que vos trois années passées à Maurice ont été « les plus enrichissantes » de votre carrière. Comment envisagez-vous votre mandat au Mexique ?

Les trois années passées ici ont été extrêmement actives. J?ai beaucoup aimé le pays et les personnes. C?était des années de travail intenses, mais j?ai maintenant 62 ans. Le bruit a couru que j?allais être nommé ambassadeur au Mexique, mais mon gouvernement a confié cette charge à un de mes collègues. Et comme je ne vais pas au Mexique, j?espère être plus près de chez moi et de ma famille en Europe.

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