Publicité

« La démission d?Anil Bachoo est une blessing in disguise »

6 février 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Quelles sont vos explications quant à la démission d?Anil Bachoo et de Megduth Chumroo du MSM ?

Je ne peux pas rentrer dans l?esprit d?Anil Bachoo. Mais il paraît que depuis quelque temps, il est mécontent à cause des dossiers du métro léger et de la Road Development Authority. Ce n?est pas la première fois que le Premier ministre (PM) ou que le vice-Premier ministre (VPM) président des comités qui concernent un autre ministère. Si Anil Bachoo a un problème avec cela, il aurait dû en discuter avec le VPM. Mais il est resté dans le gouvernement et a continué à travailler. Ce n?est donc pas la raison principale de son départ. Quand il y a ce genre de décision, soit on l?accepte soit on démissionne. Mais comme il a accepté de rester, je ne comprends pas pourquoi il démissionne.

Comprenez-vous ses motivations ?

Je ne les comprends pas. Peut-être qu?il avait un engagement ailleurs.

Il disait, à l?issue du bureau politique du MSM samedi dernier, « pena narien ». Alors comment se peut-il que quelque chose naisse, entre samedi dernier et jeudi, quand il démissionne.

Peut-on s?attendre à d?autres démissions au sein du parti ?

Disons qu?il y a eu beaucoup de rumeurs qui parlaient de démission en cascades. Mais nous avons eu un bureau politique, jeudi, où a régné la franchise. Je pense que, pour la première fois, tous les membres du bureau politique présents se sont sentis à l?aise et se sont exprimés. Pour moi ce départ est une blessing in disguise. Cela a permis au parti de revivre et une confiance s?est installée entre les membres et le leadership.

On s?est exprimé aussi en critiquant ?

Oui.

À qui étaient adressées les critiques?

Je ne vais pas divulguer ce qui se passe dans le bureau politique. C?était une réunion nécessaire pour la vitalité du parti. Après le Bureau politique (BP) d?hier, le parti s?est consolidé. Le leadership a également compris certains malai-ses qui règnent au sein du parti. Cette réunion de jeudi a été déterminante pour l?unité du parti. Si ce mood continue je ne crois pas qu?il faille faire du damage control. La page est tournée et l?abcès est enfin crevé. Laissons Bachoo raconter ce qu?il veut.

Le parti était-il menacé selon vous ?

Il y a eu des campagnes sournoises, des petites méchancetés et des mesquineries qui ont occasionné des tensions. Moi, je suis partisan d?une discussion franche. S?il y a un problème, parlons-en pour en finir. Depuis jeudi, j?espère que chacun sera libre de dire ce qu?il voudra.

Comment pouvez-vous être sûr qu?il n?y a aucun départ en vue ?

Il y a eu beaucoup de réunions du bureau politique. Mais le mood de jeudi était spécial. Il y a eu une sincérité de la part de tout le monde qui me permet de dire que, cette fois-ci, il n?y aura pas de mascarade.

Pravind Jugnauth a traité Bachoo de « traître ». Partagez-vous cet avis ?

Anil Bachoo est un camarade de longue date. Le fait qu?il quitte le parti ne veut pas dire qu?il devient mon ennemi. Nous pouvons quitter un parti sans que cela ne suscite une hostilité permanente entre les personnes. Le leader a été dur envers Bachoo, à cause de tous les efforts qu?il a faits pour le convaincre de rester. Pravind Jugnauth se sent sans doute très blessé. Cela explique le mot traître. Mais je ne crois pas qu?on doit overreact.

Ces départs nuisent-ils à la force du MSM selon vous ?

Tout départ affecte un parti. Celui d?un Senior Minister a, bien entendu, un impact. Mais une fois que l?on aura expliqué que le départ est injustifié et sans motivations, on comprendra mieux. Prem Koonjoo, qui est député de la circonscription d?Anil Bachoo, admet que cela aura son petit effet. Mais il est assez confiant et pense que nous pourrons remonter la pente.

Les partants parlent de leçons qui n?auraient pas été tirées de la défaite du no 7. Ils disent aussi que le MSM n?est pas assez à l?écoute de son électorat. Ressentez-vous cela ?

Quand Anil Bachoo parle d?être à l?écoute de l?électorat, je pense qu?il parle de l?électorat hindou. Cependant, sauf si l?on veut être un parti extrémiste hindou, nous ne pourrons le suivre dans son raisonnement. Nous sommes un parti national. Je ne crois pas que Maurice ait de la place pour des partis extrémistes, qu?ils soient hindous, musulmans ou créoles. Notre électorat c?est la nation mauricienne. Si celle-ci demande qu?on suive une politique de coexistence pacifique, pourquoi de-vrions-nous aller vers un extrémisme fondamentaliste ?

Croyez-vous que les méthodes et la gestion de Pravind Jugnauth aient quelque chose à voir avec ces départs ?

Bachoo le dit. Mais il avait eu l?occasion de le faire savoir au BP et face au leader. Nous sommes dans un parti et le bureau politique est justement là pour discuter de ces questions. Mais il n?y a pas eu de discussions sur ce sujet au BP. Alors la faute revient à Anil Bachoo qui n?a pas eu le courage de soulever la question et d?en discuter devant les collègues.

Près de deux ans après l?arrivée officielle de Pravind Jugnauth à la tête du MSM, sa gestion vous satisfait-elle ?

Chacun a son style. Anerood Jug-nauth a une grande personnalité. Il a instauré une façon de gérer son parti qui plaît à certains, mais qui ne plaît pas à d?autres.

Quelle est votre préférence ?

Depuis que je suis entré en politique, j?ai travaillé avec sir Anerood. Donc naturellement, je suis très proche de lui. Pravind est un nouveau leader. Il y aussi un problème de génération. Mais s?il y a un problème, j?en discute avec Pravind. Pravind étant jeune, cette crise va certainement l?aider à voir les problèmes autrement à l?avenir. Quand quelqu?un devient le leader, cela ne veut pas dire qu?il sait tout. L?expérience est importante. Mais chacun a son style. Pravind et Anerood ont chacun le sien.

Il est vrai aussi que chaque leader cherche à se démarquer de son prédécesseur. Personne ne veut être une copie du précédent.

On parle beaucoup du dirigisme de Bérenger, et du fait que Pravind Jugnauth ne s?affirme pas assez face à ce dernier. Est-ce le cas ?

Paul Bérenger a une personnalité propre à lui. Il est le PM et de part ses fonctions, il a une certaine autorité dans le pays et au Conseil des ministres. Mais de là à dire que Pravind Jugnauth ne fait pas le poids face à lui, je ne suis pas d?accord. Il a sa façon de parler avec le PM. Ce qui nous rassure c?est que beaucoup de choses dont il discute et qui sont dans l?intérêt du parti reçoivent l?aval du PM. Il y a une compréhension mutuelle entre eux sans que Pravind Jugnauth ait besoin qu?il ne casse la baraque tous les jours.

Avec les problèmes au sein du MSM, les rapports de force entre les deux partenaires sont-ils au beau fixe ?

Je pense que cette turbulence n?est que temporaire. Il ne met pas en péril la position du MSM dans l?alliance et ne nous affectera pas négativement. J?espère que nous pourrons aller ensemble avec le MMM avec un programme commun et le même deal que celui des élections de 2000.

Vous qui êtes de la « vieille garde » du MSM, croyez-vous que l?avis et les conseils des « anciens » sont suffisamment écoutés par la jeune génération qui est à la tête du parti ?

Je n?ai pas à me plaindre sur le sujet. Je pense être assez écouté.

Est-ce le cas de tous ceux de votre génération?

Pour qu?on vous entende, il faut prendre des risques et parfois avoir le courage de dire certaines choses. Tout ce que je dis n?est pas nécessairement juste, et ne doit pas nécessairement être accepté. Mais il faut au moins avoir le courage de le dire. Cela résoudrait beaucoup de problèmes.

Publicité