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« Il y a un malaise au sein de la population »
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« Il y a un malaise au sein de la population »
<B>Quelle sera votre mission en tant que directeur régional du Board of investment (BOI) en Inde ? </B>
C?est une mission qui se situe dans le cadre de la diplomatie économique du pays. Où il faut réconcilier des intérêts nationaux avec des contraintes internationales. La région dont j?ai la charge comprend l?Inde, le Pakistan, le Ski Lanka, le Sud-Est asiatique et la Chine. La mission première du BOI est d?attirer l?investissement direct étranger (IDE) à un moment où son taux est très bas. Mais l?IDE n?est pas uniquement un transfert d?argent. C?est aussi un apport en connaissance et en technologie qui suivent le transfert de l?argent. Maurice veut tout cela aujourd?hui. Ce sont ces éléments qui aident à la construction de la valeur ajoutée dans l?économie.
<B>Vous êtes-vous déjà fixé des objectifs précis ? </B>
Mes priorités sont celles du pays telles qu?identifiées par le gouvernement et le secteur privé. On parle, par exemple, de deux millions de touristes en 2015.
Ce qui signifie qu?il faudra construire six ou sept nouveaux hôtels d?environ 300 chambres. Il y a déjà deux grosses pointures indiennes présentes dans l?hôtellerie ici. J?espère pouvoir en attirer au moins deux autres. Un accent particulier sera également mis sur les technologies de l?information et de la communication (Tic), la formation et le tourisme médical.
<B>Ne craignez-vous pas de découvrir des lourdeurs que vous ne connaissiez pas avant en passant du privé au public ? </B>
Il y a toujours cette crainte. Je ne compte pas, personnellement, changer de méthode. C?est du business to business que je vais faire en Inde. J?en ai discuté avec le président du BOI qui est d?accord.
<B>Dans le passé, le BOI a survendu la facilité de faire des affaires à Maurice aux étrangers. Le nouveau cadre légal vous facilite-t-il la tâche ? </B>
Il y a un changement radical dans l?encadrement des affaires à Maurice depuis le budget. Mais il y a deux niveaux d?approche. On peut vanter les qualités intrinsèques de Maurice comme sa stabilité politique ou son appartenance à la SADC ou au Comesa. Le plus important est de faire du business to business. Identifier à Maurice ce que les entreprises veulent faire et les mettre en relation avec des partenaires indiens afin de faire converger leurs intérêts et ceux de notre secteur privé vers des projets communs.
<B>L?Inde est agressive dans sa volonté de pénétrer l?économie mauricienne. Devient-elle notre nouveau partenaire incontournable ? </B>
Ce sera l?un des partenaires importants de Maurice. La Chine le sera aussi. Les partenaires traditionnels ne vont pas perdre de leur importance. Mais il faudra relativiser. Il faudra resituer nos rapports avec les grands pays émergents comme la Chine, le Brésil ou la Russie. Nous avons longtemps mis l?accent sur les facteurs culturels et historiques qui doivent maintenant être relativisés. Car avec la mondialisation, le plus important est de faire du business et de trouver des intérêts communs entre des entreprises indiennes, chinoises ou malaises et les entreprises mauriciennes.
« La CCI doit se muer pour répondre aux besoins de tous les secteursde la population et de l?économie locale. »
<B>Avant, on se focalisait sur l?Europe, maintenant c?est l?Asie?</B>
Est-ce nous qui décidons de cela ou l?évolution dans le monde ? Nous devons nous rendre à l?évidence que des pays émergent et réajuster le tir. Il y a dans le monde une nouvelle manière d?aborder les affaires. Et Maurice est en train de s?ajuster.
<B>La CCI a-t-elle un nouveau rôle à jouer à un moment où l?économie se tertiarise et le commerce se libéralise ? </B>
Fondamentalement, son rôle ne va pas changer. Mais quand on dit que dans trois jours un investisseur doit obtenir ses permis d?opération, cela veut dire que notre rôle d?accompagnement de l?investisseur ne sera plus d?actualité. La chambre et les institutions du privé se doivent de se situer dans le rôle d?acteur du changement. À l?avenir, la chambre devrait se concevoir davantage comme un thinktank du secteur privé qui livrerait ses réflexions sur le positionnement stratégique souhaitable pour le secteur privé.
<B>Les chambres de commerce « ethniques » se multiplient. Sont-elles des partenaires ou concurrentes ? </B>
Cela ne gêne pas la CCI. C?est un développement de la concurrence pour nous. Toutefois, il faut être honnête et admettre que si des gens ont ressenti ce besoin, c?est que quelque part nous avons manqué de répondre à une demande.
<B>À quels manquements pensez-vous ? </B>
La CCI a 150 ans d?histoire. Elle doit se muer pour répondre aux besoins de tous les secteurs et de la population et de l?économie locale. Depuis un an, nous avons eu le débat sur la nécessité de s?ouvrir aux petites et moyennes entreprises, par exemple.
<B>Le rôle d?avocat de la CCI a aussi pu prêter à confusion. Entre ceux qui réclamaient des mesures de protection et les tenants de la libéralisation?</B>
La chambre reflétait aussi les priorités et les politiques des gouvernements qui se sont succédé depuis 1968. Cette ambiguïté a été identifiée par certaines personnes comme l?une des causes de notre miracle économique. Car nous avons su développer une industrie derrière des barrières douanières énormes et en parallèle, développer l?exportation à travers un régime qui le favorisait. Cela a été l?une des trouvailles de Maurice.
Aujourd?hui les priorités changent. Même au gouvernement on parle d?enlever les différences qui existaient entre les secteurs d?exportation et l?industrie locale. Nous vivons une période de transition que la chambre va accompagner. L?objectif est que Maurice passe à un nouveau stade de son développement qui est celui de l?exportation de produits manufacturés mais aussi de services.
<B>On parle beaucoup de promouvoir l?essor d?une industrie de service. Mais l?entrepreneuriat dans ce domaine est encore peu développé?</B>
L?exportation des services est un secteur porteur pour Maurice grâce aux avantages compétitifs que nous possédons, étant un pays relativement développé dans la région. Exporter les services repose sur deux éléments importants : la maîtrise de la connaissance dans une filière et la disponibilité de la technologie qui rend possible un transfert du produit qui en découle. Nous pouvons maîtriser les deux axes. Il faut y mettre de la volonté au service d?une stratégie claire.
Les Tic, notre « cinquième pilier économique » semblent bien fragiles.
<B>En fait-on le deuil en tablant davantage sur le tourisme, les IRS ou le Seafood ? </B>
Il n?y a pas eu le départ fulgurant qu?on a espéré. Mais il ne faut pas en faire le deuil. Il y a encore des obstacles énormes, comme le coût de la communication. Si l?on veut devenir une cyberîle, on devrait commencer par faire pénétrer la technologie informatique dans les demeures ou chez les commerçants. Mais même à ce niveau, les statistiques démontrent que nous sommes à un stade élémentaire.
L?e-government, par exemple, n?a jamais démarré. On aurait dû pouvoir remplir des formulaires, demander ou payer des permis en ligne. Pour ce qui est de l?exportation des services informatiques, le Business Process Outsourcing (BPO) et les call centres emploient environ 4 000 personnes.
<B>Ce qui n?est pas énorme?</B>
Le problème n?est pas seulement un manque de main-d??uvre qualifiée, mais aussi l?image de ce secteur auprès de certaines familles. On est en train de revivre ce qui s?est passé avec la zone franche.
Il y a un gros effort à faire pour réinventer cette image en termes de conditions d?emploi et de perception générale. C?est à ce prix que des familles voudront envoyer leurs enfants pour y travailler.
<B>De plus, les centres d?appel qui offrent des prestations basiques n?ont pas un grand avenir?</B>
C?est un cycle transitoire. Nous allons être rattrapés très rapidement par les pays où la main-d??uvre est disponible et la technologie accessible. Il faut de la valeur ajoutée. Il faut tabler sur la notion de knowledge intensive industry or service. L?avantage comparatif de Maurice aujourd?hui est son niveau d?éducation et son infrastructure relativement développée.
<B>Y a-t-il donc des métiers d?avenir dans les Tic à Maurice ? </B>
Il y a une demande de gens formés en comptabilité française et en back-office. Un marché énorme à prendre. La seule contrainte sur le développement du secteur BPO est la disponibilité de la main-d??uvre qualifiée. Désormais, il ne faut pas se disperser dans 10 000 choses. Il faut décider de quelques secteurs que nous voulons maîtriser : traduction et comptabilité, par exemple. Cibler, et ensuite former et faciliter la formation dans ces secteurs.
<B>Le temps de décider cela, de former les jeunes, le vrai essor du secteur n?arrivera pas avant cinq ans?</B>
Je ne pense pas que ce soit trop tard. Maurice est en retard et continue à prendre du retard. Mais avec les nouvelles dispositions et le nouvel état d?esprit dans le gouvernement, les choses vont changer dans ce sens. Il faut faire vite. L?explosion du marché du BPO dans le monde est encore à venir. Il y a des centaines de millions de postes qui vont être externalisés. C?est un marché à prendre.
<B>Avant le budget, vous prôniez une approche mesurée dans le réaménagement de l?État providence. L?irritation que l?on ressent actuellement dans le pays provient-elle du fait que le gouvernement est allé trop loin ? </B>
Tout le monde à Maurice, y compris les membres du gouvernement, reconnaissent qu?il y a un malaise au sein de la population. Qui provient d?une confusion sur les effets du budget, mais aussi d?autres facteurs qui ne dépendent absolument pas de celui-ci. Il faut déjà commencer par admettre qu?il y a un malaise. Le gouvernement avait mené une campagne politique qui allait dans un certain sens. Et aujourd?hui, les mesures qu?il préconise, pour des raisons qui ont été explicitées, vont à l?encontre de ce qui avait été dit durant la campagne.
<B>Mais il faut réformer?</B>
C?est une nécessité absolue. Mais il faut aussi réconcilier, au niveau de la communication, cette nouvelle approche et ce que ressent la population de Maurice. Un budget ne se fait pas dans un vide socioéconomique et politique. Quand on veut apporter des changements aussi radicaux que ceux préconisés par le budget, il faut amener avec soi la population. Il faut expliquer et communiquer encore et encore.
Propos recueillis <B>par Rabin BHUJUN</B>
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