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« Il nous faut rassembler et ratisser large »

13 février 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>La population s?attend à l?annonce imminente d?une alliance de l?opposition élargie. C?est pour quand ? </B>

J?ai parlé à Anil Bachoo et à Mukhesswur Choonee au téléphone, mais ils sont encore en train de décider de ce qu?ils feront.

<B>Vous avez déjà dû en parler, puisqu?il se chuchote que le PTr proposera quatre ou cinq tickets à son nouvel allié ? </B>

C?est la première fois que j?entends cela. J?attends une demande. S?il y en a une, nous la considérerons, et d?une façon positive. Car ce qu?ils disent, c?est ce que nous affirmons depuis longtemps. Que l?alliance gouvernementale ne gouverne pas dans l?intérêt général, mais pour un très petit groupe ; que Pravind Jugnauth n?a pas l?étoffe d?un leader ; que le MSM est aujourd?hui le marchepied du MMM.

<B>Mais ne craignez-vous pas des protestations dans vos rangs si autant de tickets sont accordés à ce partenaire ? </B>

Il ne faut pas nous tromper d?adversaire. J?ai eu une longue conversation à ce sujet avec Rama Valayden. Notre adversaire, c?est le gouvernement et personne d?autre. Quant à mon adversaire direct, c?est Paul Bérenger. Il nous faut rassembler et ratisser large, bien que nous soyons très confiants d?aller vers une victoire. Mais elle n?est jamais acquise d?avance, et nous devons continuer à occuper le terrain et rassembler tout le monde.

<B>Vous disiez la semaine dernière que Bachoo apporterait « quelque chose » au PTr. N?est-ce pas plutôt son départ qui apporte quelque chose ? </B>

Certes, nos chances doivent être encore meilleures depuis la débandade au MSM. Mais elles étaient extrêmement bonnes avant. Le groupe d?Anil Bachoo l?a compris ; il est à l?écoute de l?électorat et voit ce qui est en train de se passer.

<B>Qu?est-ce qui vous permet d?être aussi sûr de vos « chances » ? </B>

La partielle du numéro 7 ! Après cette élection, qui n?a pas été free and fair, tout le monde a été soulagé et a trouvé qu?il y avait un espoir. Et puis, en d?autres temps, aurions-nous vu le MMM, qui appelle le n° 3 son territoire, hésiter à organiser une partielle ? Pourquoi ? Les dépenses inutiles ?

La machinerie est en branle, l?Electoral Supervisory Commission et la Commission électorale sont en plein travail. Les bulletins vont être imprimés. Il y aura des dépenses, même sans l?organisation de cette élection. Imaginez que je sois PM en ce moment et que je dise qu?il n?y aura pas d?élection, tout en consentant à toutes ces dépenses. Ce que fait ce gouvernement, c?est un simulacre de la démocratie.

<B>Revenons à ce « quelque chose » que Bachoo apporterait au PTr?</B>

C?est un peu comme en 2000. Le MMM était l?allié du MSM, mais il a choisi d?accommoder le PMSD, les Verts, Harish Boodhoo et Rama Valayden. Qu?est-ce que ces gens leur ont apporté de plus ? À ce moment-là, on n?a pas parlé de panier de scorpions, malgré tout ce que Bérenger avait pu dire sur sir Anerood Jugnauth ou les autres. Ils ont ratissé large, parce qu?ils craignaient la force du PTr.

<B>Vous faites donc la même chose que vos adversaires. Rassembler le plus de monde dans le seul but de « déboulonner le gouvernement » ? </B>

Il faut tenir compte des réalités. Si en 2000, les gens pensaient différemment, l?alliance au pouvoir n?aurait pas gagné, car il y avait eu beaucoup de contradictions entre eux avant. Le groupe Bachoo se tourne vers nous aujourd?hui en tenant le même discours que le nôtre. Il n?y a donc aucune contradiction. Mais la réalité de 2000, c?est que malgré les divergences entre eux, quand ils ont marié piké, ils ont gagné. J?avais demandé des élections claires et non faciles. C?est le contraire qui s?est passé. J?en ai tiré les leçons.

<B>Bachoo et ses camarades traînent l?image d?une vieille garde soucieuse de l?électorat hindou. Le PTr est-il prêt à endosser cette image ? </B>

Le PTr est un parti national. Pourquoi, quand Bachoo était avec Bérenger, on n?a pas dit que c?était tel ou tel électorat qui était privilégié ? Idem quand le PMSD a rejoint le MMM. Pourquoi en parle-t-on maintenant ? Je dis qu?il faut ratisser large et rassembler, car Bérenger est un expert en communalisme scientifique.

<B>Et si le MMM, perturbé par les mésaventures du MSM, courtisait le PTr. Est-ce envisageable ? </B>

Le programme est très important. S?il n?y avait pas d?accord sur les idées, je serais en train de faire le contraire de ce que nous avions réalisé en 2000.

<B>Mais vous n?excluez pas cette possibilité?</B>

La question d?une alliance avec qui que ce soit ne se pose pas. L?alliance sociale existe depuis un certain temps, et se porte très bien. Elle regroupe des personnes qui partagent les mêmes idées et valeurs et qui travaillent ensemble pour le pays. Nous avons remporté une très grande victoire au n° 7. Quand notre programme sera rendu public, on verra que les choses seront faites différemment.

<B>À six mois des élections, n?est-il pas temps de connaître les idées du parti qui veut être l?alternance ? </B>

Nous travaillons sur notre programme. L?un des thèmes sera la démocratisation de l?économie, ce que le gouvernement a essayé de reprendre. Nous évoquerons aussi l?Equal Opportunity Act. Nous n?avons pas les mêmes conceptions. Et cela ne va pas concerner que la fonction publique.

<B>Que comprenez-vous par l?égalité des chances ? </B>

Prenons l?exemple de Jean Suzanne, un Mauricien qui a brillamment réussi en France et qui est employé par une grande entreprise française. Il débarque à Maurice pour travailler dans une entreprise locale. Il était sûr d?avoir le job jusqu?à ce qu?on constate ses origines. Ce n?est pas correct. L?equal opportunity, c?est le mérite, c?est donner la même chance à tout le monde, pas uniquement dans le secteur public, mais aussi dans le secteur privé. Il n?existe pas de level playing field et il faudra repêcher les personnes qui ont été mises en marge du système.

<B>Et en quoi une loi changera-t-elle les attitudes ? </B>

Cette loi doit être mise en place. Si elle existe, il va falloir l?appliquer. Ce sera un axe très important de notre action.

<B>Vous affirmez prôner une politique économique libérale. Pourtant, vous reprochez au gouvernement d?attirer certains investissements, comme les Integrated Resort Schemes (IRS). </B>

Nous ne voulons pas de villas de luxe avec des ghettos autour. C?est inacceptable et dangereux. Il y a déjà plusieurs plages auxquelles on n?a pas accès parce qu?il y aura des IRS à ces endroits. Nous voulons des investissements, certes, mais sans pour autant donner toutes les terres mauriciennes aux étrangers. Il y a des limites. Je ne suis pas non plus d?accord que l?on obtienne un permis de résidence permanent et le droit de vote en échange de ce type d?investissement.

<B>Vous dites que, dans les affaires, ce sont les mêmes qui profitent des meilleures opportunités. Ne risquez-vous pas d?attirer l?hostilité des investisseurs locaux qui sont parmi les seuls à prendre les risques actuellement ? </B>

Au contraire, il faut récompenser ceux qui prennent des risques, mais ceux qui les prennent vraiment. Lors d?une visite de Margaret Thatcher à Maurice, elle avait dit à certains représentants du secteur privé, « you call yourself private sector ? », parce qu?ils réclamaient beaucoup d?aides et de soutiens du gouvernement. Ce dernier n?est pas là pour les nourrir à la cuillère ; il est là pour faciliter, c?est ce que nous ferons, tout en instaurant davantage de compétition. Depuis quand la compétition est-elle mauvaise pour un pays ? Chacun veut préserver son cartel. Ce n?est pas possible.

<B>On brandit la nécessité de protéger la production locale?</B>

Le réflexe de se replier sur soi est une grosse erreur. Quand j?étais au gouvernement, on disait qu?il ne fallait pas rallonger la piste d?atterrissage de l?aéroport, car cela permettrait aux gros porteurs des compagnies étrangères d?atterrir, amenant ainsi une forte compétition pour Air Mauritius. J?ai voulu changer cette politique, Air Mauritius a résisté. Mais j?ai maintenu ma position et fait rallonger la piste. Aujourd?hui, Air Mauritius est toujours là. La compétition sur le marché du ciment a permis de faire baisser les prix. Même chose pour les barres de fer ou le pétrole, où on a brisé un cartel. Nous allons non seulement ouvrir le marché, mais aussi donner plus de liberté, ce qui aidera l?entrepreneuriat à s?épanouir.

<B>Un certain nombre de hausses de prix que vous critiquez ont été provoquées par les fluctuations des cours des devises et les hausses à l?étranger. Le PTr aurait-il trouvé une solution miracle pour atténuer leur effet chez nous ? </B>

La Banque de Maurice reçoit des ordres du gouvernement sur la politique du taux de change. J?avais arrêté cela quand j?étais au pouvoir, et on s?était alors plaint de la roupie forte. Mais la force d?une monnaie doit être déterminée par celle des marchés. Il ne peut y avoir une politique délibérée de dépréciation.

<B>Celle-ci est faite pour favoriser la compétitivité de nos exportations?</B>

Ce n?est pas une solution. Certains secteurs comme le tourisme ou la zone franche en sortent gagnantes, mais qu?arrive-t-il au reste de la population ? Il faut prendre en compte tout le mal que subissent les parents dont les enfants étudient à l?étranger. Un investisseur qui vient à Maurice apporte ses devises, les convertit en roupies, pour ensuite voir cette monnaie se dévaluer. Cela peut être le revers de la médaille. Voilà pourquoi toutes nos importations deviennent plus chères.

<B>Vous avez été très critique sur la gestion des licenciements dans le textile par le gouvernement. Qu?auriez-vous fait ? </B>

Des opportunités ont été ratées. L?Africa Growth and Oportunity Act n?a pas été facile à obtenir. Mais après, il y avait des choses à faire. Une présence et un lobbying permanents à maintenir, mais on l?a diminué. Heureusement, nous avons eu Peter Craig, Chit Jesseramsing et Anand Neewoor qui connaissent bien ces dossiers. Une des grandes erreurs du gouvernement a été de placer des gens qui ne comprennent rien comme ambassadeurs, pour satisfaire l?alliance ou un petit copain.

<B>-C?est une critique applicable à tous les gouvernements?</B>

Je ne dis pas que cela ne s?est pas produit dans le passé, mais avec ce gouvernement, ça s?est généralisé, avec des conséquences néfastes pour le pays. On a raté des opportunités. Au sujet de l?accord multifibre, le gouvernement paraît avoir été pris par surprise, alors qu?il y avait des années préparatoires. Quand les EPZ ont demandé des mesures d?accompagnement supplémentaires, Bérenger a parlé de crise d?hystérie. La diplomatie économique que j?avais prônée n?est pas faite. Il nous faut collaborer avec les pays amis, tenir compte de ce que l?OMC fait, et adopter une posture qui nous permettra de survivre. Je suis optimiste. Nous avons des innovateurs mais nous devons aussi trouver de nouveaux créneaux.

<B>Au chapitre économique, vous prônez la démocratisation de l?économie. En quoi votre approche diffère-t-elle de celle de Pravind Jugnauth ? </B>

Elle est totalement différente. Le deal Illovo, c?est tout le contraire de la démocratisation de l?économie. Et c?est une bonne illustration de tout ce qu?il ne faut pas faire. On a laissé passer une occasion en or : 20 000 arpents à quatre ou cinq familles, alors que nous pouvions vraiment démocratiser. Pour le faire, il me faudra une majorité forte, et de nouvelles lois seront nécessaires. On pense que quand on est propriétaire et qu?on a de l?argent, on peut tout faire. Les États-Unis, c?est le pays du capitalisme par excellence. Mais Microsoft ne peut pas faire la pluie et le beau temps. Il y a des limites, et c?est ce dont on a besoin. Cela rejoint l?idée d?une compétition accrue. Il faut également donner l?occasion aux entrepreneurs locaux de se lancer.

On cherche des entrepreneurs à l?étranger, alors qu?on en a de bons à Maurice. Il faut leur donner plus de moyens et d?accès aux finances, et qu?ils aient tous les mêmes chances pour pouvoir démocratiser l?économie.

<B>Quand vous parlez de démocratisation, on pense « enlever le pouvoir économique dans la main d?un groupe et le distribuer à d?autres ». Est-ce cela ? </B>

C?est faux de dire que tous ceux du groupe dont vous parlez sont heureux. Une bonne partie est même mal lotie. C?est un petit groupe, qui est dans l?inner circle de Bérenger, qui en profite. Je ne fais pas de généralisation. Mais d?ailleurs, pourquoi quand Pravind Jugnauth parle de démocratisation, n?y a-t-il pas de connotation, alors que pour moi c?est le cas ? Je ne fais pas de distinction, je crois dans l?unité nationale, et je m?attache aux valeurs des individus.

Avant l?Indépendance, il y avait une concentration des pouvoirs économiques et politiques entre les mêmes mains.

C?est en train de se reproduire. La politique économique du gouvernement est décidée par certains groupes économiques, Bérenger n?est que leur agent.

<B>La dégradation du « law and order » est un thème qui vous tient à coeur. Que proposez-vous pour y remédier ? </B>

Il faut repenser l?entraînement des forces de police. C?est la raison pour laquelle j?avais cessé un moment le recrutement. Il fallait d?abord repenser le programme de training. On ne peut pas former un policier en quatre semaines, puis le lâcher dans la nature. La sécurité routière me tient aussi à c?ur.

Aux grands maux les grands remèdes, nous prendrons des mesures qui ne seront pas très populaires. Repenser l?octroi des permis de conduire, revoir les amendes à la hausse, par exemple. Il faudra aussi régler le problème de la circulation, sans pour autant envisager le métro léger comme seule solution.

<B>Votre passage dans l?opposition vous a-t-il changé ? </B>

C?est une humble experience, une très bonne chose pour moi. Au début, je ne voulais pas faire de la politique, je ne suis pas un homme de compromis et de consensus. Et ce n?est pas très bien pour un politicien de dire qu?il ne croit pas à ça. En 1991, je suis devenu leader de l?opposition sans même avoir été backbencher auparavant. En 1995, je suis devenu Premier ministre avec une victoire facile.

Il y a des choses que nous aurions pu faire différemment, mais ça, on l?apprend avec l?expérience. J?ai vu le manque de contact de nos hommes avec la population, nous étions là pour servir, pas pour notre intérêt. Cela, je l?ai bien appris, il y a des choses que nous devons faire différemment. Voilà pourquoi j?ai dit que dans les 100 premiers jours, vous verrez la différence.

<B>Allez-vous renouveler votre équipe ? </B>

Certains n?ont pas fait leurs preuves.

On ne va donc pas proposer les mêmes, sinon pourquoi changer ? Il nous faudra aussi savoir pourquoi on le désire. Il y aura des transformations radicales. Ce ne sera pas facile, mais je vais imposer des changements. Il faudra comprendre que ce n?est pas dans notre intérêt d?être réfractaire aux bouleversements. Il y a aura beaucoup de nouvelles têtes.

<B> Propos recueillis par Rabin BHUJUN</B>

« En 2000, quand le MMM s?est allié au MSM, au PMSD, aux Verts... on n?a pas parlé de panier de scorpions... »

« Nous étions là pour servir, pas pour notre intérêt.Cela,je l?ai bien appris? »

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