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« Il ne faut pas attendre une crise pour se parler »

10 septembre 2006, 00:00

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Mettre fin à ses jours alors qu?on a toute une vie devant soi, c?est une énigme?

On a dit à propos du suicide des adolescents beaucoup de choses, parfois très ambiguës. On a soutenu, par exemple, que le suicide serait un peu inévitable à cette période de la vie. Les affirmations de ce type sont très graves. Il est vrai que les adolescents doivent faire « mourir » l?enfant qu?ils ont été et il est aussi vrai qu?ils jouent souvent avec le fantasme de leur mort pour se sentir propriétaires de leur existence. Mais normalement, tout cela doit rester dans le registre du fantasme et de l?imagination. Quand un adolescent passe à l?acte, c?est toujours signe que quelque chose ne va pas dans la structure familiale.

Quelles réponses donner aux parents qui sont effrayés à l?idée que leur enfant puisse un jour commettre l?irréparable ?

Un adolescent qui se suicide le fait toujours pour des raisons liées à ce qui se passe ou s?est passé dans sa famille. L?événement « déclencheur » qui le pousse au suicide peut se produire dans sa vie sociale : à l?école, avec ses copains, lors d?une rupture amoureuse? mais la fragilité dont il fait preuve renvoie à son histoire familiale.

Nous vivons une course folle, nous sommes obsédés par l?avenir, nous oublions de vivre le présent, de prendre le temps d?écouter et de dialoguer en famille. Il ne faut pas attendre une crise pour se parler ; je conseille vivement aux gens de se fixer un jour, un moment où chacun peut dire ses ressentis et écouter ce que les autres ont à dire. Il faut aussi dire que parfois il faut consulter un professionnel. Quand on est trop impliqué dans les problèmes, on n?arrive pas à trouver les solutions.

Faut-il parler de la mort et du suicide aux enfants et aux adolescents ? Et si oui, comment ?

Leur parler de la mort et du suicide nous ramène souvent à notre propre difficulté à évoquer un tel sujet. Or, les enfants attendent surtout des réponses claires et nous obligent à être clairs vis-à-vis de nous-mêmes. Il existe une croyance qui veut qu?il faut protéger les petits de certains événements pénibles. C?est vrai pour certains problèmes (problèmes de couple, par exemple) mais pas pour une question existentielle. Je pense qu?il est important d?en parler et de réfléchir à ce qu?on veut leur dire, de leur parler de manière simple et de le faire à partir des questions posées, et non en développant un grand discours sur la vie et la mort. Des messages importants doivent être passés : la mort est naturelle, on naît et on meurt, on ne sait pas quand elle arrive.

Il faut aussi leur faire comprendre que quelqu?un qui se suicide a dû le faire en réaction à certaines conditions qui l?ont laissé dans la solitude la plus totale, sans personne sur qui s?appuyer.

« La vie, ça vaut le coup ! », pouvait-on lire sur une affiche en France. Quel message adresser à ceux qui en ont marre de vivre ?

En psychanalyse, le suicide est ce qu?on appelle un « passage à l?acte » : on exprime quelque chose par un acte au lieu de le dire avec des mots.

Face à quelqu?un qui veut se suicider, il faut donc essayer de comprendre ce qu?il tente d?exprimer par cet acte et le conduire à en prendre conscience.

La première question qu?il devrait se poser est de savoir qui il veut tuer en se donnant la mort : c?est peut-être le « nul » qu?il croit être parce qu?on lui a dit qu?il l?était depuis l?enfance, ou celui qui se croit « mal aimé » parce qu?on ne l?a jamais aimé : et c?est sûrement vrai qu?il a besoin de se débarrasser de ce « nul » ou de ce « mal aimé » pour pouvoir vivre.

Mais il y a d?autres moyens pour cela que le suicide. Lesquels ?

Il faut éliminer cette part d?ombre avec des mots et pour cela, il est impératif d?effectuer un travail sur soi pour parvenir à faire la différence entre ce que l?on est vraiment et ce que l?on croit être. En fait, avant de laisser agir ses envies de suicide, il faudrait pouvoir se donner un délai et aller en parler à quelqu?un. Sinon, on risque non seulement de mourir, mais, en plus, de se mentir car on ne se tue jamais pour les raisons que l?on croit. On le fait toujours pour des raisons inconscientes.

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