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« Il faut toujours que le mal soit fait pour qu?on réagisse »

2 juillet 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Marie Linley Savriacooty, a été agressée sexuellement une deuxième fois et laissée nue dans un champ de cannes. Qu?est-ce que vous avez ressenti en apprenant ce drame ? </B>

Il faut toujours que le mal soit fait pour que l?on réagisse. C?est dommage, mais surtout enrageant. Et pourtant, le cas de Marie-Linley montrait bien qu?il fallait y apporter une attention particulière. Lorsqu?une femme va de l?avant pour dénoncer son viol et qu?elle identifie ses agresseurs, il faudrait que le jugement passe en priorité, car la présomption d?innocence existe et qu?il est très probable que les agresseurs soient relâchés sous caution.

Mais pour des violences sexuelles, il est inadmissible que les coupables soient relâchés aussi facilement. Il faudrait vraiment analyser le cas, avant de relâcher les agresseurs sous caution. Le pire, c?est que la caution pour viol a été revue à la baisse il n?y a pas longtemps, ce qui est un scandale, vu l?ampleur du problème à Maurice.

<B>Peut-on se remettre totalement de ce genre d?acte barbare ? L?effon-drement doit être psychique et physique. Comment cela se passe ? </B>

Tout dépend de l?individu, de son vécu, de son éducation et de son entourage. Comme chaque cas est particulier et que chaque traumatisme est vécu différemment selon l?individu, on ne peut pas généraliser. Certains s?en sortent, d?autres jamais. En ce qui me concerne, j?étais consciente qu?il me fallait rassembler toutes mes forces pour pouvoir retrouver mes agresseurs, c?était là ma priorité. Cela dit, j?avais besoin de survivre pour que justice soit faite.

<B>Pour une femme victime de viol, porter plainte est une décision qui exige force et courage, mais qui pose aussi un dilemme. La victime ne sait jamais comment la société va la percevoir ? Comment est-ce qu?on vit cette situation ? </B>

Là aussi, on ne peut pas généraliser. Tout dépend encore une fois de l?individu. Je ne peux parler qu?en mon nom et dire que la société à ce moment n?était pas mon souci. D?autres choses m?étaient bien plus importantes. Mais quelles que soient les opinions divergentes de cette société, elle ne peut juger que par ce qu?elle lit et entend à travers des médias et les gens sont malheureusement souvent induits en erreur par la faute des médias.

<B>Peut-on parler de prévention en matière de viol ? Est-ce qu?il y a des précautions à prendre pour éviter d?en être victime ?

La justice doit faire son travail correctement et pas à la légère, comme elle le fait actuellement pour les viols. Le fait de réduire la caution des violeurs par les temps qui courent est déjà inadmissible. Augmenter la peine d?emprisonnement à 60 ans est d?un ridicule qui fait peur. Il faudrait déjà que l?on puisse retrouver les agresseurs et qu?ils soient mis hors d?état de nuire. La police fait du bon travail, mais le présumé agresseur sort avec une caution minable de Rs 5 000.

Or si le présumé agresseur, identifié par la victime, court librement les rues pendant un an, sinon plus, jusqu?au jugement, il a de quoi trouver le temps d?intimider la victime pour qu?elle retire sa plainte, sachant surtout qu?il encourt un emprisonnement de 60 ans.

<B>Où en est la lutte contre le viol ; est-ce qu?elle a fait évoluer les choses, les mentalités, les lois ? </B>

Je pense qu?il n?y a pas vraiment eu de lutte, du moins pas comme il le faudrait. Ce qu?il y a eu, c?est une attention focalisée autour de certains cas, souvent parce qu?ils sont choquants et qu?on aime ce qui choque. La vraie lutte commencera le jour où nous nous sentirons tous concernés, et où nous aurons un vrai désir de faire changer les choses. À commencer par certains médias, (malgré tout le respect que j?ai pour eux), qui très souvent utilisent certains cas pour s?approprier une histoire qui choque et qui fait parler.

Ce qui est encore plus malheureux, c?est quand il n?y a pas aucune suite et pire encore, aucune recherche en profondeur. Et ça, ce n?est pas une lutte. Le vrai combat, c?est d?abord d?avoir la volonté de bien faire les choses et de trouver tous les moyens possibles pour commencer par cerner le problème tel qu?il est au sein de notre société. Ensuite, il faut se battre sans relâche, pour trouver les meilleures solutions. Les médias en font partie d?ailleurs, et ceci afin d?arriver à maîtriser tant que possible ce fléau, d?où l?idée de monter un comité de gestion spécialisé dans la violence sexuelle.

Comme Mediawatch m?a dit qu?elle avait les mêmes objectifs, je pense que ce serait bien que nous fassions route ensemble pour que nous puissions mettre en place un moyen stable pour parvenir à une solution tous ensemble.

<B>Quelques mots pour Marie-Linley Savriacooty et les autres victimes ? </B>

Pour Marie-Linley, la connaissant, je suis confiante qu?elle s?en sortira. Pour toutes les victimes, je souhaite de tout mon c?ur, que justice soit faite et qu?elles retrouvent un jour la paix d?esprit. Petite parole d?espoir et si vraie à la fois : La lumière et la vérité triomphent toujours

<B> Propos recueillis par Corina JULIE</B>

<B>Les ONG se mobilisent</B>

Mieux vaut tard que jamais. Différentes associations de la société civile et Organisations non gouvernementales se sont associées, vendredi (photo), sous l?impulsion de Loga Virahsawmy de la Chair Media Watch Organisation pour crier haut et fort leur sentiment d?horreur devant l?acte odieux qu?a subi Marie-Linley Savriacooty.

Tous s?accordent à dire qu?il est temps d?arrêter de se voiler la face et ont avoué un indéniable constat d?échec face à la recrudescence de la violence sexuelle à Maurice. « Le tout n?est pas de se réunir après chaque cas d?agression sexuelle pour se morfondre. C?est en amont qu?il faut agir. Trouver des solutions pour empêcher cela. Il y a une inefficacité flagrante de nos campagnes de sensibilisation. Il y a une destruction évidente de toute valeur humaine à Maurice », s?insurge Raj Venkatasamy, directeur du Centre de solidarité. Il est du devoir de chaque citoyen d?être partie prenante pour enrayer ce fléau.

En ce sens, Loga Virahsawmy annonce la mise en place d?un plan d?action national contre la violence sexuelle qui ne se résumerait pas à d?éternels bla-bla avec l?arrivée d?un expert d?Afrique du Sud. Une marche pacifique et citoyenne sans l?ombre d?aucune récupération politique aura lieu le 17 juillet au Champ-de-Mars (date hautement symbolique puisque cela fera quatre ans que Sandra O?Reilly, présente parmi l?assistance, aura subi les pires sévices sexuels).

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