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« Ce sont les femmes qui sont les dépositaires de la paix »

11 mars 2007, 00:00

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<B>On note, surtout dans les pays d?Afrique centrale, un manque de solidarité de la part des femmes envers les candidates aux élections. Comment faire pour mieux soutenir les femmes ? </B>

Dans les pays qui sortent des con-flits, les femmes ont acquis la conviction que sans être solidaires, on n?arrivait pas à imposer la voix de leurs intérêts. Il faut leur faire comprendre qu?il faut faire imposer nos intérêts à des postes où on oriente des choix politiques.

On doit se battre, et certaines le font déjà pour influencer les choix politiques qui sont de nature à favoriser des vies décentes pour les populations, pour les femmes et les enfants. Mais cela appelle à un changement de mentalité. Beau-coup de femmes occupent des postes à responsabilité, mais leur contribution n?est pas valorisée.

Les Burundaises contribuent à 80 % du produit intérieur brut de leur pays. Mais au lieu d?être utilisé pour cons-truire des centres de santé, cet argent sert à acheter des équipements militaires. Il faut, si on veut que les choses changent, qu?on contribue à la réflexion pour voir quelles sont les mesures à prendre. Nous devons donc encourager les femmes car elles ont le pouvoir populaire. N?attendons pas qu?il y ait un conflit pour leur montrer plus de solidarité.

<B>Les femmes sont les premières victimes de la pauvreté et c?est la plateforme sur laquelle nombre de choses se font, comme le bradage de votes. Comment y remédier ? </B>

Ce sont toutes les populations pauvres qui en sont victimes, et pas uniquement les femmes. Nous ne devons plus nous taire mais crier, élever la voix. Il faut attirer l?attention sur le fait que le processus de démocratisation est en train d?échouer parce que ceux qui ont le pouvoir monétaire sont en train de récupérer cela. L?échec de la démocratisation va aggraver le phénomène de pauvreté. Il s?agit là d?un cercle vicieux.

<B>Et quelles sont vos aspirations aujourd?hui ? </B>

Avant de devenir ambassadrice, j?ai toujours été active et dynamique. J?ai travaillé de nombreuses années à la Banque centrale du Burundi. Le sort des femmes m?a toujours préoccupée, et si je refais un jour de la politique, ce qui est possible, ce sera pour lutter pour leurs droits, ceux de leurs enfants et de la population.

<B>Vous êtes vous-même une femme initiatrice de paix. Racontez-nous votre expérience. </B>

Dans le gouvernement burundais, j?incarnais la femme venant d?une ethnie différente et j?avais des capacités à transcender les clivages de mon pays.

Cela m?a aidée à combattre ceux qui ont attisé le feu de la révolte et j?ai été soute-nue par la population, la communauté internationale et les partis politiques. C?est avec conviction que j?ai encouragé l?armée à déposer les armes, à arrêter les massacres et à engager le dialogue. Ce n?était pas facile d?amener les militaires à respecter la légalité de la Constitution et à organiser des élections. Il a alors fallu initier le dialogue et réfléchir ensemble sur la voie à adopter.

Finalement, nous avons pu constituer un cadre pour aller vers la transition. Tout cela pour vous dire que la femme joue un grand rôle en utilisant les forces de mobilisation. Ce sont les femmes qui sont les dépositaires de la paix. Étant les premières victimes des conflits, elles peuvent apporter une formulation importante dans la politique. Et là où elles sont impliquées, cela porte ses fruits.

Propos recueillis par Bindu Boyjoo (de Paris)

<B>Son parcours</B>

Sylvie Kinigi a été le Premier ministre du premier gouvernement multiethnique et démocratiquement élu du Burundi. Elle a survécu au violent coup d?État de 1993, au cours duquel le président Melchior Ndadayé fut assassiné, pour se retrouver en charge d?une nation déchirée par la guerre. Sylvie Kinigi devint ainsi chef de file et porte-parole pour la paix et la réconciliation. Elle travaille actuellement comme conseillère politique senior et coordonnatrice de programmes auprès du représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour la région des Grands lacs en Afrique. Elle ?uvre notamment au renforcement des capacités au niveau de la démocratie et de la bonne gouvernance. Dernièrement, Sylvie Kinigi s?est impliquée dans la planification et la préparation du Pacte de sécurité, stabilité et développement qui comprend des programmes d?action, des projets et des protocoles, et qui a été ratifié par les dirigeants de 11 pays de la région des Grands lacs le 15 décembre 2006, à Nairobi.

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