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Zones humides comblées : ça suffit !

16 septembre 2008, 00:00

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Champs inondés, piles de déchets et végétation luxuriante. Ces images auraient pu avoir été prises dans la campagne birmane peu après le passage du cyclone Nargis. Elles nous viennent, au fait, de Grand-Baie et de ses alentours. Pendant des décennies, les zones humides de la région ont été comblées par des constructions et des déchets. Elles ont de plus en plus de mal à assumer leurs fonctions qui consistent, entre bien d?autres, à filtrer et absorber l?eau de pluie. De fait, on pourra s?attendre à davantage d?inondations, ainsi qu?à la destruction permanente de certains écosystèmes.

Une étude complétée en mai de cette année par la firme de consultants Watershed pour le compte du ministère de l?Environnement démontre l?ampleur du problème. «La délinéation des 12 zones humides de Grand-Baie a identifié des pressions historiques et continues dues aux comblements. Les effets de ces troubles sont mis en exergue par la présence d?espèces de plantes et d?animaux non-natives et envahissantes, ainsi que par les inondations et autres dégâts.» Les zones les plus menacées par l?urbanisation seraient Grand-Mare-Longue, Mare-Michaux et Mare Soyfoo. Le rapport dénonce le comblement «actif» de ces marécages.

«En comblant les marécages, on risque de permettre à l?eau salée de s?immiscer dans les aquifères, une contamination qui peut perdurer pendant un siècle.»

Mais ce développement sauvage n?a rien de nouveau. Une comparaison des zones humides de Grand-Baie révèle que la superficie occupée par celles-ci a baissé de 19 % entre 1980 et 1990, de 30 % entre 1990 et 2000, et, finalement, de 23 % entre 2000 et 2008. Elles disparaissent presque à vue d??il et, avec elles, des fonctions vitales, aussi bien pour l?homme que pour la biodiversité.

Un scientifique qui connaît bien les pressions auxquelles font face les zones humides de Grand-Baie rappelle, par exemple, qu?elles agissent comme des «zones tampons» contre la montée du niveau de la mer. En comblant les marécages on risque aussi de permettre à l?eau salée de s?immiscer dans les nappes aquifères, une contamination qui peut perdurer pendant un siècle. «Cela fait 30 ans qu?on maltraite les zones humides. Il sera très difficile de renverser cet impact», déplore-t-il.

« Prenez les zones humides de Bain B?uf, par exemple. Elles sont constituées d?une série de bassins. Dès qu?un de ces bassins est comblé, le niveau de l?eau dans les bassins restants n?a de choix que de monter. Imaginez maintenant que plusieurs bassins sont remplis. Ajoutez à cela des grosses pluies et c?est la catastrophe », soupire le scientifique.

Un spécialiste de la gestion des zones côtières confirme. « En comblant les zones marécageuses on les rend imperméables. Cela entraîne des inondations lors des grosses crues parce que l?eau a du mal à être évacuée. » Elles empêchent aussi l?érosion.

De plus, les zones humides agissent comme des « lieux de repos » pour les oiseaux migrateurs. Les détruire équivaut à déséquilibrer un réseau complexe d?écosystèmes. Les marécages filtrent aussi l?eau des crues avant qu?elles ne s?acheminent vers les lagons. Faute de quoi, des quantités d?impuretés sont déversées dans les lagons. Ainsi, en octobre 2005, la plage de Bain B?uf fut complètement envahie par des algues. Le rapport Watershed abonde dans le même sens en rappelant que les écosystèmes propres aux zones humides ne sont représentés dans aucun parc ou réserve naturel. «Cela crée le risque que l?écosystème entier soit perdu pour toujours.»

Plus de 50 % des zones humides situées dans le nord et l?ouest du pays ont été comblées. À Grand-Baie, la situation est encore pire. Environ 66 % des zones marécageuses ont été «perdues». En effet, la superficie occupée par celles-ci ne s?élève plus qu?à 15.4 hectares, comparée à 39 hectares en 1975. Le ministère estime qu?au moins 1 000 m2 sont comblés chaque année.

Alors que faire ? Maurice possède deux sites Ramsar d?importance internationale ? le parc marin de Blue-Bay et l?estuaire de Terre-Rouge. Ils recouvrent 353 hectares et 26 hectares, respectivement, soit seulement un peu plus de 5 % des aires marines protégées. Il faudra peut-être penser à inscrire d?autres zones humides sur la liste Ramsar afin d?assurer leur protection à long terme. Car si des lois existent déjà pour protéger les zones humides, elles sont rarement respectées. De fait, tout un morcellement a été construit sur une zone marécageuse à Flic-en-Flac.

Il mérite aussi d?être souligné qu?il incombe aux autorités locales, et notamment aux conseils de district, de redoubler de vigilance lors de l?octroi des permis de constructions. Car une fois érigée, il est très difficile de faire démolir une maison.

Pour sa part, Watershed recommande «la mise en ?uvre d?une structure pour la gestion des zones humides pour empêcher la perte et la dégradation continue de ces zones humides de Grand Baie». Les mots clés, étant bien sûr, mise en ?uvre et non atermoiements. C?est malheureusement aux derniers qu?on est le plus habitué. Le comité Ramsar, ainsi que les ministères de l?Agro-industrie, du Logement et des Terres et de l?Environnement sont tous au courant de la situation. Pour l?instant, ils se contentent de se renvoyer la balle.

De son côté, l?urbanisation n?attend pas. Elle se déroule à un tel rythme effréné que bientôt il ne nous restera d?autre choix que de recréer des zones humides comme le font certains pays. Il semble tout de même plus logique de sauvegarder celles que nous avons déjà que d?en créer de nouvelles.

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