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Y a-t-il un malaise chez les collégiens ?
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Y a-t-il un malaise chez les collégiens ?
1 VIVRE D?AUTRES EXPERIENCES
Anju, 15 ans : « Nous nous retrouvons parfois forcés de faire comme les adultes parce que sinon les amis vous traitent de ?zenfant?. Du coup, il se passe vraiment beaucoup de choses au collège. Les filles veulent avoir du sexe même dans l?enceinte du collège et même quand on est dans un collège de filles, cela n?empêche rien. De plus en plus de filles draguent les filles. En fait, les jeunes ont beaucoup de problèmes parce qu?ils veulent sans cesse connaître de nouvelles expériences. Fumer dans les toilettes, c?est quelque chose de commun. Les filles tombent enceintes et reviennent à l?école des mois après comme si de rien n?était. Il y a celles qui ?faire aller?et là encore personne n?est étonné, les profs leur demandent simplement de leurs nouvelles. Je n?ai jamais été sur un site pornographique, mais ceux qui ont Internet chez eux surfent sur des sites de Kama-sutra. Mais il y a des jeunes qui ont de vrais problèmes à la maison. Les parents boivent et les battent et ces jeunes à leur tour fument et ont des relations sexuelles pour oublier. »
2 ÊTRE STIGMATISE
Mee-Yeng, 15 ans : « Je pense que les jeunes qui tombent dans la drogue et dans l?alcool doivent prendre leur propre responsabilité concernant les conséquences de leurs actes. Cependant, je trouve que nous sommes trop stigmatisés par la société. Les adultes ont trop souvent tendance à dire que tous les jeunes sont irrespectueux, irresponsables et inactifs. La plupart du temps, les adultes exigent que nous prenions des responsabilités d?adultes, mais ils ne nous traitent pas en tant que tel. Nous voulons tout simplement être acceptés pour ce que nous sommes, même avec nos défauts.
Je suis d?accord qu?il y a un grand malaise parmi les jeunes. J?ai tendance à croire que ça a un rapport avec ce besoin de se sentir accepté et respecté des autres. Les victimes de la drogue et de l?alcool sont les plus faibles, car il est tellement plus facile de suivre les copains seulement pour faire plaisir, pour intégrer le groupe. J?aurais aimé que les adultes se rappellent quand ils avaient notre âge et que leurs propres parents leur disaient ?Ayo ban zeness azordi la pas facile ça?. »
3 FAIRE COMME LES AUTRES
Vincent, 16 ans : « J?ai commencé à fumer du gandia lorsque j?ai vu mes cousins le faire. J?habite dans un quartier où la consommation de gandia est assez fréquente. La majorité de mes amis fume et beaucoup d?entre eux fréquentent la même école que moi. Il y a la curiosité. On a envie de savoir ce que ça fait. On a aussi le désir de se rebeller contre ce que nous dictent nos parents. J?ai des amis qui ont commencé à cause des problèmes qu?ils rencontraient dans leur famille.
Lorsque l?on fume, ça crée une ambiance particulière, ça change de la vie de tous les jours. C?est un nissa à part. On fume à l?école aussi. Mais si je ne suis pas accro, j?ai des amis, des collégiens comme moi, qui sont de vrais accros. S?ils n?ont pas leur dose, ils sont dans un bad mood et vont tout faire pour en avoir. »
4 LA PEUR DE L?ECHEC
Krish, 18 ans : « La période des examens du School Certificate a été assez dure à vivre pour moi. J?ai subi beaucoup de pressions. Je voulais surtout bien faire. Et j?avais peur d?échouer. J?étais super stressé, presque dépressif. J?avais des crises de larmes, j?avais du mal à dormir et à me concentrer. La pression est un gros stress pour les jeunes. Mais je pense que dans la vie tout est une question d?équilibre. Et puis, j?ai de la chance d?avoir des parents compréhensifs. »
5 LA FAMILLE QUI FAIT MAL
Hélène, 15 ans : « Si aujourd?hui je me sens bien et heureuse, c?est surtout parce que j?ai un petit ami. Avant cette relation, je me sentais très mal dans ma peau. J?étais dépressive. Je n?étais pas heureuse. La situation à la maison était difficile à vivre. Mes parents avaient divorcé et, par la suite, ma mère s?est remariée avec quelqu?un que je n?aimais pas. Tous les jours, je pleurais dans mon coin. Je sentais qu?il me manquait quelque chose. Ma performance scolaire en avait pris un coup. J?avais pris un cahier dans lequel j?écrivais tout ce qui m?arrivait, j?y ai même écrit que je voulais me suicider. Un jour, ma mère est tombée dessus, elle a pris peur et m?a emmenée chez le psy. Ce n?est pas la thérapie qui m?a aidée, mais la relation que j?ai construite avec mon petit ami. Depuis que nous nous voyons, je me sens heureuse. À l?école aussi ça va beaucoup mieux, mais la situation à la maison peut beaucoup affecter. »
6 Y?A PAS QUE DES SOUCIS
Vanesha, 15 ans : « Je vis très bien ma jeunesse. Ça se passe bien, que ce soit avec ma famille, les amis ou dans les études. J?ai beaucoup d?amis qui vivent comme moi, sans rencontrer de problèmes majeurs. Mais je réalise aussi que j?ai beaucoup de chance.
D?autres jeunes vivent très mal cette période à cause des difficultés qu?ils rencontrent. Par exemple, j?ai une amie dont les parents sont divorcés. Elle a dû aller vivre chez sa tante loin de l?école. Tous les jours, elle arrivait tard et elle ne voyait plus sa mère.
Elle s?absentait beaucoup et quelquefois, elle n?avait pas suffisamment d?argent. C?était très dur pour elle. Beaucoup de jeunes sont incompris par leurs parents et doivent faire face à des problèmes. »
CE QU?EN PENSENT LES ADULTES
Gérard Lesage, président de la Natresa
« La drogue est un phénomène mondial qui a existé, qui existe et qui existera.
Je ne suis pas alarmiste. Il est vrai qu?il y a une érosion des valeurs et des parents qui sont moins disponibles pour leurs enfants. De plus, les jeunes doivent aujourd?hui faire face à des problèmes qui n?existaient pas auparavant.
Des changements se sont opérés dans le mode de vie, mais nous ne sommes pas arrivés à un stade alarmant. Il faut croire en notre jeunesse. »
Vidya Charan de la « Mauritius Family Planning Association »
« Les jeunes sont plus actifs sexuellement qu?auparavant. Hormis l?influence des médias et des pairs, les repères tels que la famille, la religion, les valeurs n?ont plus la même importance. Il y a un certain délaissement des parents. Maintenant, les jeunes se marient beaucoup plus tard et commencent à vivre leur sexualité beaucoup plus tôt. Beaucoup d?entre eux ont des comportements à risque. Ils ont été prévenus, mais ils pensent que rien ne peut leur arriver.
Monique Dinan du Mouvement d?aide à la maternité
« Nous constatons un rajeunissement de la maternité. Nombreuses sont celles qui ne sont âgées que de 15 ou 16 ans, et qui tombent enceintes. Il y a un changement de mentalité qui s?est opéré. Les jeunes croient qu?ils vivent des amours extraordinaires et veulent montrer leur amour en ayant des relations sexuelles.
Ils veulent vivre des expériences d?adultes et brûlent les étapes. Les parents sont aussi moins présents aujourd?hui dans la vie des enfants. »
Menon Moonien, recteur du collège St Mary?s
« Les jeunes d?aujourd?hui ne sont pas plus mauvais. Ils réagissent tout simplement à l?environnement dans lequel ils vivent. Tout a changé, le mode et la vitesse de communication, le nombre d?informations que reçoivent les enfants. Les parents, quant à eux, continuent à voir les choses comme auparavant et à appliquer les mêmes recettes d?il y a trente ans. Ils n?arrivent pas à suivre les enfants dans cette évolution. Je vois des cas d?enfants qui ont des difficultés et à chaque fois, sans vouloir généraliser, ça remonte à la famille. Etre parent, ce n?est pas facile. »
Fried Samuel de l?association Kinouété
« Les collégiens consomment surtout des drogues légales comme la cigarette et l?alcool. La loi interdit aux mineurs d?en acheter, mais ils arrivent à s?en procurer sans aucune difficulté auprès des commerçants. C?est aux adultes de se montrer responsables sur ce sujet. D?autres jeunes ingurgitent des psychotropes comme des sirops contre la toux ou fument du gandia qui est une drogue à la mode. Les enfants représentent alors des clients potentiels, pour les vendeurs de drogue. »
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