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World Trade center
Ni ce film, ni “Vol 93”, ne montre directement l’impact des avions contre les deux tours. Le film de Paul Greengrass nous montre des images d’archives et pour “World Trade Centre”, Oliver Stone choisit de nous montrer l’ombre que projette l’avion sur les buildings de New York, puis les regards horrifiés du sergent John McLoughlin (Nicolas Cage) et de son équipe de policiers du centre-ville. La démarche part peut-être d’une volonté de déférence envers l’ampleur de la tragédie du 11/9/01 et la mémoire des victimes, mais c’est à peu près le seul point commun entre les deux films. “Vol 93” est un film sur une catastrophe, alors que dans son approche, “World Trade Centre” s’apparente un peu plus au film catastrophe et beaucoup plus au film patriotique.
Oliver Stone nous montre en revanche le moment de l’impact, puis l’effondrement du bâtiment vécu de l’intérieur. Il s’agit de séquences techniquement réussies et dans ces moments-là l’émotion, celle de la tragédie, prend bel et bien aux tripes du spectateur déjà au courant de la vraie ampleur de la catastrophe. Ce qui n’exclut pas le spectacle propre aux films catastrophe, sauf que cette fois les scènes ont quelque chose de glaçant : des gens se jetant dans le vide, d’autres sortant ensanglantés du bâtiment et en proie à l’hystérie, l’effondrement du bâtiment – vu de l’extérieur, cette fois – le nuage de poussière qui traverse la rivière et la montagne de gravats sous laquelle sont ensevelis le sergent McLoughlin / Nicholas Cage et le policier Will Jimeno / Michael Pena.
Ils sont les seuls survivants de toute l’équipe, ils ne peuvent pas bouger, leur coéquipier (Jay Hernandez) immobilisé lui aussi, s’est probablement - le récit reste flou sur la question – suicidé et ils attendent les secours. Alors qu’ils attendent, ils revivent leurs souvenirs. On assiste aussi au “réveil patriotique” du bon peuple américain et fondue dans la photo, il y a l’angoisse des familles. C’est curieux, dans une séquence filmée d’un avion, Oliver Stone nous montre la colonne de poussière et de fumée s’élevant des restes du WTC. Elle s’élève jusque dans les nuages et on ne peut manquer de penser à une autre ville, bombardée non pas par une poignée d’individus agissant de leur propre chef, mais par les États-Unis : Bagdad. Et, on se dit que s’il y a référence ironique à la capitale irakienne, l’ironie ne peut être qu’involontaire.
Les épouses des deux survivants sont belles, blondes et sont enceintes jusqu’aux yeux, les enfants vont au camp scout et ces braves gens se réunissent le week-end pour des barbecues. On se croirait dans les pages d’un catalogue. Voulant nous montrer la solidarité d’une nation et l’héroïsme des Américains ordinaires, Oliver Stone nous en montre plutôt la caricature. Il y a ces séquences souvenirs pleines d’un sentimentalisme sirupeux. Il y a ce sauvetage final tout rutilant de bons sentiments (rédemption d’un infirmier déchu, héroïsme que l’on trouve au fond de soi). Il y a surtout ce personnage d’ancien marine devenu comptable (Michael Shannon) qui reprend du service après avoir entendu des voix divines et qui par la suite s’en va combattre en Irak. Christianisme belliqueux de l’Amérique profonde ; on se dit que cette Amérique-là est du genre à vouloir lyncher une nation arabe, n’importe laquelle.
Dans ses pires moments, “World Trade Centre” ressemble à du Michael Bay. Dans ses meilleurs, le film ressemble aux films de propagande des années 1940, ceux que tournaient les John Ford, Howard Hawks et Cie, pour contribuer à l’effort de guerre américain. Et, il est connu que ces films-là ne disaient pas toute la vérité.
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