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Véronique Mars : «Fam lari»
par Marie-Annick SAVRIPÈNE
Avec Véronique Mars, tout paraît simple tant elle est naturelle. Contrairement à d?autres femmes, elle n?éprouve aucune gêne à révéler son âge. Elle a 30 ans et ne se préoccupe pas du temps qu?elle met au service des autres . Au cours de l?entretien, elle s?embarque dans des digressions cocasses, notamment à propos d?une grand-mère à la coquetterie légendaire. Mais si Véronique a la parole facile, elle sait aussi être à l?écoute.
Et c?est cette faculté qui la pousse, elle, la fille unique de parents divorcés, élevée par sa mère et sa grand-mère, à s?intéresser aux autres. Les autres, ce sont d?abord les enfants éjectés du circuit scolaire qui suivent un cours d?alphabétisation au Couvent des Petites S?urs de la Charité à Roche-Bois.
Ce sont ensuite ces passants qui défilent à longueur de journée à sa porte à la route Cimetière, Ste-Croix, avec l?air d?être en permanence dans un état second. Parmi eux, une jeune femme de son âge, qui habite à trois pâtés de maisons plus loin, à l?air somnambule comme les autres. Il paraît qu?elle est une travailleuse du sexe. Véronique veut comprendre comment cette fille a pu tomber dans l?enfer de la drogue et de la prostitution.
Et même si elle suit un cours de coiffure chez Marion Hair Club, dès son retour à la maison, elle campe devant sa porte «lor bor kanal» et commence par dire bonjour à la jeune fille au regard hagard. Salutation qui trouve d?abord un écho surpris avant de devenir quotidien. Les échanges se multiplient. Et le jour où Véronique n?est pas à l?endroit habituel, la jeune fille vient la chercher chez elle. «Linn tape mo laport e linn dir moi : mo pa finn trouv toi zordi. Mo ti kroir to malad».
«Ene mamzel ki la pou ekout zot»
À partir de là naît une amitié solide car Véronique interroge et écoute et découvre par procuration l?univers vicié de la drogue. La jeune femme qui subit la domination d?un souteneur, parle souvent de vouloir s?en sortir. «Mo pa ti ena aukenn formasyon e mo ti pe reponn li spontaneman. Ler li dir moi boug la pe fer li prostitue, mo dir : be kit li.» La jeune femme encourage d?autres usagers de drogue par voie intraveineuse, en majorité des hommes à lui parler. «Tifi la inn present moi kouma enn mamzel ki la pou ekout zot.»
Et c?est ce que Véronique fait, abordant une trentaine de toxicomanes qui racontent leur immense souffrance d?être dépendants. «Zot rakonte kouma zot finn tomb ladan. Poin komun ant zot ; se ki boukou inn komense par kiriosite e avek move frekantasyon. Kot zot, ena enn mari gro soufrans. Mem si zot drogue, zot konscian seki zot pe fer zot lantouraz e zot refise ki zot zanfan tom ladan. Se bann dimounn ki korek.»
Jamais, affirme-t-elle, ils n?ont essayé de l?entraîner à leur suite. Elle apprécie aussi le fait qu?ils lui montrent comment se faire respecter. «Zot finn montre moi par exemp kouma faude pa mo les enn dimounn kos nimport ki fason ar moi. Pa parski mo avek bann drogue ki kapav apros moi nimport kouma. Inn deza arive, mo pe koz ar zot e enn dimounn vini e pe zoure for. Zot met ar li et fer li arete.»
Bien qu?elle ouvre son salon de coiffure et travaille en journée, l?après-midi, elle retrouve sa rue et ses chers toxicomanes, jusqu?à 21 heures parfois.
À l?époque, elle n?est pas consciente de l?existence des centres de réhabilitation. C?est au cours d?une réunion des forces vives de l?endroit qu?elle entend parler du Centre d?accueil de Terre-Rouge.
C?est vers ce Centre qu?elle conseille aux usagers de drogue par voie intraveineuse voulant décrocher, de se tourner. Elle y emmène même un de ses «protégés» qui va très loin au niveau de la désintoxication. Avant de rechuter au grand découragement de Véronique. Le revers de la médaille est que grâce à son écoute, la jeune femme toxicomane réussit à se sevrer et à se réinsérer. Elle a réussi à faire une dizaine d?autres à se faire désintoxiquer.
Relativiser les rechutes
À travers son engagement au sein du Mouvement bien-être de Batterie-Cassée, elle anime une réunion hebdomadaire de prières avec une soixantaine d?enfants de la localité. En plus de leur apprendre à prier, elle leur explique toutes les fêtes religieuses figurant au calendrier. Ils échangent aussi des idées sur les faits marquants de la semaine écoulée. Véronique est frappée par la pauvreté de leur environnement. «Pa kapav dir pauvrete pa existe. Li konsernn majorite sa bann zenfan la».
C?est en participant à une marche en faveur de Prévention, Information et Lutte contre le Sida qu?elle croise Danny Philippe, animateur au Centre de solidarité pour une nouvelle vie qui s?intéresse à son action bénévole auprès des drogués.
C?est par lui qu?elle apprend qu?il y a une vacance au centre et elle fait aussitôt sa demande. Sa candidature est retenue. Ainsi, pendant un an, elle est affectée à l?unité de prévention et reçoit la formation nécessaire à l?encadrement des toxicomanes. «Monn appran profil bann drogue et kouma pou appros zot. Par exemp, monn appran ki fode pa donn mo numero telefonn ou bien donn zot kas. Se le kontrer ki mo ti pe fer. Monn appran kouma faude pa les moi manipule par mo bann toxico. E monn appran osi boukou lor sida.» Elle finit par comprendre pourquoi il faut relativiser les rechutes.
Ce que Véronique gagne du Centre de solidarité pour une nouvelle vie, elle le met en pratique avec ses «protégés» de Ste-Croix. Elle profite de ses déplacements à Port-Louis pour rencontrer les travailleuses du sexe basées au jardin de La Compagnie et être à leur écoute. «Mo enn fam de terrain. Kot met moi lor terrain, mo rode mo plas e mo appran pozisyonn moi. Mo pa enn fam de biro. Mo enn fam lari.»
De sorte qu?au moment où le Centre La Chrysalide qui doit réhabiliter les travailleuses du sexe, ouvre ses portes à Bambous, Véronique y trouve sa place en tant qu?animatrice aux côtés de la responsable, Marlène Ladine.
Elle est infatigable quand il s?agit également d?assainir sa région, car elle devient membre du MPRB et agit comme éducateur de rues pendant un an à Triolet, Goodlands, Cité Briquetterie, Baie-du-Tombeau. «Nounn komans par identifie bann zenfan de rues et fer zot kompran ligien ek bann valer ki importan. Nounn redonn zot konfians pou zot repas lexamen.»
C?est donc avec entrain qu?elle s?apprête à coordonner le projet «Enfants de rues» du MPRB qui vise à fournir un encadrement à 60 enfants dés?uvrés de trois à 18 ans. Soutien étalé sur trois ans. Véronique sera épaulée par deux bénévoles du MPRB mais devra tout de même veiller aux destinées de 20 enfants.
Elle veut à tout prix réussir ce projet et en fait une affaire personnelle car les deux adolescents qui ont torturé et brûlé un des leurs en juin 2003, figuraient dans le groupe d?enfants qu?elle encadre hebdomadairement. «Mo pa ti pe kroir sa nouvel la au depar parski zot ti telman douce ar moi». Une des lacunes dans l?éducation de ces enfants, dit-elle, c?est le manque d?écoute des adultes à leur égard.
Elle a tellement fait de ses «protégés », adultes comme enfants, sa priorité que l?on a du mal à croire qu?elle est mariée et séparée mais mère du petit Schön, six ans. «Si mo kapav fer tousala, ce parski mo maman Edna okip mo garson kan mo pa la».
Elle qui a fait de l?écoute son leitmotiv, ne néglige-t-elle pas parfois le fruit de sa chair ? «Mo rekonet ki li vre. Mo bisin balie divan mo laport. Schön pa hésite dir moi kan mo pe negliz li. Alor mo bisin reajuste.» Tout est somme toute une question d?équilibre?
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