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Voyage au bout de soi-même

8 août 2003, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

?Les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent pour partir?, disait Baudelaire. Et la famille Bérillon est de cette trempe de grands voyageurs. De ceux qui ont décidé un beau jour de tout quitter, d?abandonner la France et de naviguer, 75 jours durant, vers une île lointaine nommée Maurice, perdue au milieu des flots, à 13 000 km de là.

Il y a peu encore, Hervé Bérillon, son épouse Marielle et ses fils Johan, 11 ans, et Maxime, sept ans, vivent encore tranquillement à Marseille. Mais le c?ur n?y est pas. Hervé est à son compte. Stress, rendez-vous, téléphone? Les journées n?en finissent pas.

Son pays, dit-il, connaît ses années noires en matière de sécurité. Hervé rêve d?un meilleur cadre de vie, d?un endroit où il pourra éduquer ses enfants sans crainte.

Le rêve se transforme en idée, l?idée se matérialise doucement. Un jour, les Bérillon décident de se jeter à l?eau. Chose qu?ils peuvent faire aisément puisqu?ils possèdent un voilier de 14 mètres. Et c?est tout naturellement qu?un dimanche d?avril dernier, ils quittent le port de L?Estaque pour les Mascareignes.

Au début, l?expédition se passe en douceur. La Corse, les îles éoliennes, Rhodes, l?Egypte... Les escales se multiplient. Sur la Méditerranée, il fait beau temps.

Hervé est passionné de voile et a de l?expérience comme skipper. Mais le voyage devient risqué. Après avoir passé le canal de Suez, il traverse une zone dangereuse, entre la Mer Rouge et le golfe d?Aden. De plus, la région est infestée de pirates.

La navigation tourne au cauchemar au large de la Somalie. La mousson du sud-ouest et les courants entraînent les Bérillon vers la péninsule indienne. Mais les conditions climatiques se détériorent encore : les vents sont violents, l?orage gronde, la mer est formée de creux de cinq mètres. Hervé et les siens connaissent pourtant bien la mer. Les coups de tabac, ils connaissent. Mais la situation dure 12 jours.

Il faut toujours quelqu?un sur le pont. Les parents se relaient toutes les deux heures. Les rafales continuent. Cela devient épuisant.

Et puis Marielle a peur. Mais elle sait qu?elle doit être forte. Alors, elle résiste. ?On était seuls en plein milieu de l?océan Indien, dit-elle. Les crises de larmes ne servent à rien. Il faut prendre sur soi. Mais j?étais morte de trouille.?

Aussi, Marielle fait une petite prière pour qu?ils sortent vivants de l?aventure. Elle pense à ses fils. Mais alors qu?elle a l?impression que le bateau va céder face aux éléments déchaînés, les enfants dorment d?un sommeil profond. L?équipage atteint finalement les Maldives, qu?il parcourt du nord au sud via la capitale, Malé. Ensuite, cap vers le sud. Les Bérillon sabre le champagne après avoir dépassé l?équateur.

Bientôt c?est la descente vers les Chagos. Les Salomon puis l?île de Fouquet. Ils y découvrent les vestiges de la vie des Chagossiens et éprouvent une intense émotion en visitant des ruines de village recouvertes de végétation. Une prison, un cimetière, une église? De bouleversants témoins d?une vie passée.

Rencontre inattendue

Chose étrange, une petite communauté vit en autarcie sur l?île. Il s?agit de yachties, des familles de globe-trotters de toutes nationalités vivant sur une cinquantaine de voiliers. Ceux-ci ont une véritable vie sociale. Le matin, les hommes pêchent et les mères font la classe. Après le repos suivant le déjeuner, vers quatre heures, c?est le tournoi de volley-ball. Le soir, feu de bois et table commune. Très vite, le 15 juillet, après six jours de grosse mer, Maurice est en vue. Les Bérillon sont heureux, ils ont réussi. Plus que jamais, le couple est uni. ?La mer est traître mais elle permet de toucher ses limites?, lance Hervé.

Tous ont mis à l?épreuve leur résistance. Aujourd?hui, ils se découvrent forts. ?La mer, je n?aimais pourtant pas trop ça?, murmure Marielle, fière d?elle. Une force qu?elle reconnaît aux enfants : ?Je me suis rendu compte qu?ils avaient une faculté d?adaptation extraordinaire.?

A présent, les Bérillon sont installés dans une jolie maison avec jardin, à Poste-Lafayette. Les enfants profitent de la plage. Mais bientôt, c?est la rentrée, à l?école du Nord. La famille profite de chaque instant. Les Bérillon sont heureux de l?accueil qu?ils ont reçu. Aujourd?hui s?ouvre une nouvelle page de leur vie, pleine de promesses.

Jean-Bernard BARBEAU

Projet

Topanga, une entreprise d?avenir

  • Hervé Bérillon a monté une entreprise avec l?aide de Nexia, le cabinet d?experts-comptables dirigé par Xavier-Luc Duval. Celle-ci, appelée Topanga Ltd, a été approuvée par le Board of Investment.

Hervé compte 20 ans d?expérience dans le textile, comme Graphic Designer, où il utilise des techniques modernes. Spécialisé dans la conception de motifs destinés à l?impression et à la broderie, il crée des logos et conçoit le labelling, les étiquettes et tout ce qui concerne l?habillage du produit. Sa société fait figure de pionnière. ?On considère que j?amène quelque chose de nouveau, avance Hervé. J?ai un savoir-faire haut de gamme.?

Ses principaux clients sont des sociétés européennes et australiennes de Sportswear et de Surfwear, comme Arena, pour qui il dessine des motifs de maillots de bain. En outre, comme il garde sa clientèle, certains de ses partenaires délocaliseront peut-être une partie de leur production à Maurice. Selon Hervé, l?industrie du textile peut avoir une certaine autonomie grâce aux créateurs. ?Je formerai éventuellement des jeunes, lesquels pourraient proposer un service de qualité au niveau design, annonce Hervé. Ma société et mon matériel seront bénéfiques pour l?île par rapport à ces jeunes qui développeront un noyau de créativité qui n?existe peut-être pas encore.?

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