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Voyage au bout de l?Icac

2 août 2003, 20:00

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Le n° 2 de la MCB fait le récit de ses rencontres avec les enquêteurs de l?Icac. Il explique comment de larges extraits d?un projet d?affidavit de Teeren Appasamy, qu?il a remis en toute confidentialité à l?Icac, ont paru dans un hebdomadaire.

Le 17 juin dernier, j?ai été convoqué par l?Icac, comme à leur habitude sans préavis aucun et, j?ai été « interrogé » par M. Roshi Bhadain pendant plusieurs heures. J?insiste pour les guillemets parce que d?interrogatoire effectif et formel, il y en a relativement peu, comme attesté par ce qui est effectivement consigné sur papier. Lors de ces périodes où l?interrogateur cause beaucoup plus que l?interrogé, M. Bhadain me fait part de théories diverses qu?il étudie et notamment, la thèse, non étayée, que M. Appasamy avait un « phantom account » de 5 millions de livres sterling à la MCB depuis 1985 !

En réponse à ses réflexions, je lui ai dit que, s?il se réfère à un projet d?affidavit provenant apparemment de M. Appasamy, mais non signé et non juré, il se trompe largement sur ce qui est avancé dans ce document qui contient, comme tout bon document bidon, des inventions pures et simples. Le « phantom account » de M. Appasamy n?a aucune substance dans les faits.

M. Bhadain est donc en possession dudit document ce jour-là, sait que j?en ai une copie et ne s?y intéresse pas plus que cela.

Le 23 juin, je suis à nouveau convoqué à l?Icac et, presque aussitôt arrivé, vers 14 h 45, on m?invite à retourner en banque pour aller chercher ledit affidavit non signé, non juré, selon le prétexte qu?ils pourront, dès lors, s?assurer que c?est la même version qu?ils possèdent. Ce que je fais, accompagné par un policier. Je le remets à M. Peerun, en toute confidentialité, en toute confiance et à la condition expresse qu?il m?en fasse une photocopie pour mes archives. Très poliment, il me le promet.

Jusqu?à aujourd?hui, je n?ai jamais reçu la photocopie du document que M. Peerun m?avait pourtant promise le 23 juin. Je ne m?en suis pas inquiété d?ailleurs jusqu?au dimanche 27 juillet, où, surprise, de larges extraits de ce document paraissent dans l?Hebdo dans un article qui précise que :

A. Un très haut cadre de la MCB aurait remis ce document à l?Icac.

B. Que ce haut cadre est connu tant à la banque que dans les milieux de presse comme un « short tempered, no-nonsense man ».

C. Que ce haut cadre aurait, dans un moment d?exaspération, invité le limier de l?Icac à consulter son dictionnaire pour connaître la définition du mot « évasive ».

D. Que ce haut cadre aurait balancé le nom d?un de ses collègues comme sa source.

E. Que ce haut cadre ne supportait pas du tout d?être traité comme un suspect dans cette affaire.

Et pour cause !

Je me reconnais bien dans ce descriptif. Il faut d?ailleurs souligner, qu?ingénument, cet article est gratifié de ma photo, en compagnie de mon épouse, j?imagine pour aider tout lecteur qui aurait des difficultés à trouver l?identité véritable du « non-nonsense man » ? Je ne corrige qu?un fait : je ne « balance » pas le nom d?aucun collègue, d?autant qu?il n?a rien à se reprocher non plus. Je dis tout simplement la vérité quand une autorité compétente me questionne. Je m?attends, cependant en contrepartie, que ce que je déclare sous le secret de l?instruction le reste. Ce n?est d?évidence plus là le cas !

Depuis cette semaine, j?ai donc téléphoné à M. Peerun pour lui souligner que ce qui est dit ou discuté en toute confidentialité à l?Icac, (je ne parle évidemment, pour le moment, que de mon cas), n?est, semble-t-il, pas à l?abri d?une fuite vers les médias et il en paraissait désolé. Cela ne me suffit pas. Il y a, d?autre part, des leçons évidentes à tirer de mon aventure.

À l?heure où je vous écris cette lettre, j?attends toujours la photocopie du document demandé et, pour tout couronner, deux rappels téléphoniques et un rendez-vous pris pour midi précis, jeudi, tous trois fermement promis, comme la photocopie du 23 juin, n?ont toujours pas été honorés. Question de culture, sans doute ?

Depuis le 15 juillet 2003, j?ai choisi de demander congé et donc de ne pas :

  • Exercer de pouvoir exécutif et de décision;

  • Occuper mon bureau;

  • Recevoir des clients;

  • Participer aux délibérations du comité exécutif;

  • Signer au nom de ou engager la MCB d?aucune manière.

Comme déclaré dans le communiqué de la MCB en date du 15 juillet, je reste, cependant, à l?entière disposition de la banque à tout moment. À ce titre, je participe, quand sollicité, à des réunions et/ou discute avec des collègues pour donner mon opinion, partager mes connaissances, proposer mon point de vue. Cela est, me semble-t-il, en parfaite conformité avec l?idée d?un congé temporaire en attendant que Pierre-Guy Noël et moi-même puissions faire la preuve de notre innocence devant les tribunaux.

Qui souhaiterait que cela ne soit pas acceptable et qui devrait décider qu?est-ce qui représente un congé « respecté à la lettre » ? Des journalistes malintentionnés ? La concurrence ? L?Icac ? Ceux que la MCB poursuit dans son « main case » ?

par Philippe A. Forget

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