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Vous souvenez-vous du ?M.V. Vijaya Avtar? ?

8 février 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Savez-vous pourquoi l?histoire de Maurice devra se souvenir du nom du navire Vijaya Avtar? Pour la bonne raison qu?il est le premier cargo à accoster au ?Sugar Bulk Terminal?. Mais alors? que penser de tous ces articles alarmistes sur l?incertitude pesant sur le chargement du sucre de la récolte 1979, successivement hypothéqué par les grèves d?août et ses séquelles, le passage du cyclone Claudette et les inondations causées par Hyacinthe et Jacinthe, pour ne rien dire des autres moutoucs découverts ici et là et justifiant un ?branle bas de? grève? immédiat et sans appel ? C?est que notre Vijaya Avtar mouille au vrac, non pour charger mécaniquement le sucre, mais pour décharger des équipements en vue du chargement du sucre en vrac. Le vrac fait désormais partie du paysage portuaire, sans forcément en constituer une amélioration esthétique et nourrissant les pires appréhensions à l?égard des apprentis-sorciers voulant affubler la rade de Port-Louis d?un pont aérien pour relier les Salines à la Mer Rouge ou, pire encore, le Caudan au Trou Fanfaron.

L?express surtitre généreusement ?développement portuaire? ce mouillage historique du Vijaya Avtar. Il suffit de savoir que la Port Louis Water Supply décide de rationner l?eau fraîche livrée aux navires en rade pour faire douter de la réalité de ce? développement portuaire. Il est vrai que ces navires consomment des tonnes d?eau. Les plus gros ne sont d?ailleurs pas forcément les plus assoiffés car le Mauritius consomme 75 tonnes d?eau et le Nedlloyd Simonskerk seulement 30 tonnes.

Le problème dilo continue d?ailleurs à perturber la manutention portuaire. L?absentéisme continue de plus belle. Les absents se découvrent une nouvelle excuse en or massif : ils ne peuvent se rendre au travail parce que, chez eux, ils sont? de corvée d?eau. Celle-ci ne coulant plus des robinets de la CWA, la population portlouisienne doit poireauter des heures durant, aussi bien diurnes que nocturnes, devant la moindre source d?eau disponible (tuyaux percés, dalot compréhensif, camion citerne, etc.). L?offre parvient difficilement à satisfaire la demande.

La presse gouvernementale n?apprécie guère la CWA. Elle s?insurge contre le fait qu?un des réservoirs portlouisiens est transformé, faute d?un gardiennage adéquat, en piscine, ce qui est un moindre mal, mais aussi en toilettes publiques, ce qui est tout de même plus grave.

L?eau ne manque pas mais comme le dit un célèbre dramaturge : ?Water ! Water ! everywhere nor any drop to drink !? Nous en voulons pour preuve la découverte d?un noyé au fond du Trou aux Cerfs. Il s?agit d?un jeune de 21 ans que tentait la traversée du cratère à la nage. Les autorités estiment à 65 pieds la profondeur de l?eau au fond du cratère. A supposer même qu?il y en ait un?

Les doutes que nous pouvons entretenir sur le ?développement portuaire? en 1980 nous conduisent à l?industrialisation de Maurice qui serait en perte de vitesse, à en croire M. Dayanundlall Basant Rai, le ministre du Commerce et de l?Industrie. Participant à une conférence de l?ONUDI, il dénonce le protectionnisme pratiqué par les pays industrialisés. Le succès initial du secteur manufacturier s?amenuise. Il a réussi, toutefois, à réduire la part du sucre de 90 % à 70 % du volume total des exportations mauriciennes. Mais Maurice doit impérieusement poursuivre sa diversification industrielle si elle veut échapper à la tyrannie de la monoculture. Il n?est pas superflu de rappeler ici les débuts laborieux de la diversification industrielle mauricienne, à présent qu?on lui reproche volontiers de ne plus être la commode poule aux ?ufs d?or qu?elle a pu être pendant son éphémère âge d?or. C?est oublier qu?elle a connu un démarrage laborieux, qu?elle doit en partie sa réussite à ceux qui lui ont fait confiance alors que les moins courageux baissaient les bras et qu?elle ne demande pas mieux qu?on lui adjoigne aujourd?hui une ou plusieurs autres roues de secours, elle qui a vaillamment accepté de remplir ce rôle modeste quand le Sucre ne parvenait plus à fournir du travail à tout demandeur d?emploi.

Nous pourrions nous étendre sur Jagatsingh confessant que le PTr a été longtemps dupé par ces voleurs d?îles chagossiennes que sont Anglais et Américains, sur James Burty David proclamant que le parti dont il est le président est ?responsable de la restitution de Diego Garcia au peuple mauricien?, sur Suresh Moorba poursuivant l?express pour avoir osé parler du besoin de démourber la politique. Donnons plutôt la parole à Marcelle Lagesse citant sagement le médecin et sociologue Gustave Le Bon (1841-1931) : ?Les volontés précaires se traduisent par des discours, les volontés fortes par des actes?. Elle fait part de son expérience de visiteuse de l?assistance publique des pauvres et des sinistrés. Un jour qu?elle faisait remarquer qu?il aurait été plus simple de remplacer les douze vis manquantes plutôt que de devoir, chaque jour, entreprendre le périlleux déménagement d?une porte branlante et tenant par enchantement, elle s?attira cette remarque lapidaire : ?Alorsse ?Mo pou bisoin faire travail propriétaire, astère !?.

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