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Volatilité

15 décembre 2004, 00:00

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S?il faut donner la preuve de la très grande volatilité du taux de change de la roupie, les analystes économiques et financiers nous l?apportent dans ce quatrième baromètre mensuel. D?un mois à l?autre, ils changent d?opinion radicalement : 43 % d?analystes pensent maintenant que le dollar américain va se déprécier vis-à-vis de la roupie durant les trois prochains mois, alors qu?ils n?étaient que 3 % en novembre à exprimer une telle opinion. Pour ce qui est de l?euro, 77 % des analystes estiment qu?il va continuer à s?apprécier (contre 70 % le mois dernier). En ce qui concerne la livre sterling, 80 % des analystes croient qu?elle va s?apprécier (contre 60 % le mois dernier). La Banque de Maurice (BoM) peut toujours s?enorgueillir de ?stability? et de ?predictability? dans ses discours. Mais de si beaux concepts doivent d?abord être dans les têtes. Et dans les faits.

Dans les faits, l?euro et la livre sterling ont gagné Rs 4 chacun en trois mois, tandis que le dollar n?a perdu que quelques centimes... Dans les faits, l?inflation en rythme annuel progresse rapidement d?un mois à l?autre : 4,1 % en septembre, 4,4 % en octobre et 4,6 % en novembre. Dans les faits, les ?Savings Deposits? et les ?Time Deposits? ont diminué de Rs 95 millions et de Rs 354 millions respectivement en septembre dernier. Dans les faits, la masse monétaire s?est accrue de 13 % entre août 2003 et août 2004. Dans les faits, le ?Repo Lending Rate? (2.02 %) dicté par la BoM est à peine supérieur au ?Interbank Market Rate? (1.35 %), mais très en dessous du ?Lombard Rate? (9.75 %), ce qui indique un extrême assouplissement monétaire. Dans les faits, les taux de rendement sur les bons du Trésor auront chuté de 13 % à 2 % pour remonter à 6 %. Il n?y a pas mieux pour décrire une situation d?instabilité monétaire.

Au cours du dernier dîner annuel de la BoM, M. Basant Roi nous fait comprendre que sa prise de décision monétaire ?heavily counts on dependable inflation forecasts?. Si c?est ainsi, on saisit maintenant pourquoi notre politique monétaire est désorientée. Les prévisions du taux d?inflation sont elles-mêmes tributaires de nombreuses variables inconnues et intangibles. Quelle que soit la quantité d?informations dont on dispose, nul ne saurait ?modéliser? l?inflation. Faire dépendre largement notre politique monétaire d?un modèle probabiliste, c?est comme naviguer sans boussole.

Si jamais la BoM veut transformer Maurice en un laboratoire d?essai en ciblage d?inflation (?inflation targeting?), monomanie du Fonds monétaire international (FMI), notre économie risque de le payer très cher. Nous sommes tellement ouverts au commerce extérieur qu?il serait suicidaire de minimiser l?impact du taux de change de la roupie sur le consommateur, sur le producteur et sur l?investisseur. Une économie très sophistiquée comme les Etats-Unis peut tenter l?expérience de cibler l?inflation parce que ses importations constituent une part minime de son produit intérier brut. Malgré tout, le gouvernement américain porte une attention particulière au dollar.

Le taux d?inflation doit certainement être un élément clé de toute politique monétaire. Mais chez nous, le taux de change doit y être tout aussi déterminant. D?autant que le taux de change, c?est du concret et c?est directement mesurable.

Tel est d?ailleurs le sentiment de la majorité des analystes interrogés. Bien que 86 % d?entre eux pensent que le dollar va se déprécier ou se stabiliser par rapport à la roupie, 50 % trouvent que la BoM doit relever le taux Lombard. Plus que la remontée de l?inflation, c?est la trop forte dépréciation de la roupie vis-à-vis de l?euro et de la livre sterling qui justifie une nouvelle hausse du taux d?intérêt.

Dire cela, ce n?est pas faire de la spéculation. C?est la seule alternative possible. Intervenant seulement sur le dollar, la BoM se voit piégée à son propre jeu. Lorsque le dollar s?appréciait trop, elle vendait des dollars au compte-gouttes pour éviter de montrer au FMI une baisse de ses réserves en devises. Maintenant que le dollar se déprécie, il serait stupide pour la BoM d?acheter des dollars pour faire déprécier indirectement l?euro, simplement parce que la BoM possède trop de dollars, une devise qui perd de la valeur sur le marché international. De toute façon, notre marché est toujours à court de dollars, et il est inondé de roupies. Pour redonner confiance à la roupie par rapport à toutes les principales devises, il faut impérativement monter le taux Lombard.

<I>(www.pluriconseil.com)</I>

par Eric NG PING CHEUN

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