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Voix citoyennes
L?affaire Cunningham met en lumière une défaillance importante de notre démocratie. La population ne s?exprime pas suffisamment, ni pour dénoncer ce qui va mal, ni pour soutenir les bonnes causes. À part quelques exceptions, les citoyens demeurent passifs entre les élections. Ils rechignent à peser sur le cours des événements même quand cela concerne des enjeux cruciaux pour la nation.
Au lendemain de sa démission, le receveur de douanes, Bert Cunningham, attribuait son exaspération au manque de soutien de la part des autorités mais il accusait également l?opinion publique de l?avoir abandonné seul face aux agents de corruption. Il se dit ?dégoûté par l?absence de volonté nationale pour combattre la corruption?. Il constate avec amertume qu?il n?a pas "été soutenu par les leaders d?opinion et les organisations non gouvernementales" et souhaite que sa démission serve à ?réveiller la population?.
En fait, il est probable que beaucoup sont interpellés par les maux de notre société mais ne disposent d?aucun moyen concret pour agir. Il incombe aux ONG d?aider les citoyens à structurer leur action et à canaliser leurs énergies. Les mouvements associatifs n?assument pas cette fonction et sont responsables de la léthargie apparente des citoyens.
En ce qui concerne la corruption, on pouvait espérer que la branche locale de Transparency International allait donner le ton du combat à mener. Or, elle ne s?est jamais intéressée à la situation qui prévaut à la douane. Certes, ce n?est pas son rôle de dénoncer les douaniers pourris mais elle aurait pu au moins contribuer à créer un environnement favorable au nettoyage qui est nécessaire dans ce département. Cette ONG n?a pas daigné soutenir Bert Cunningham même après l?acte désespéré de ce dernier.
Emmuré dans un profond silence, l?organisme de surveillance de la corruption a assisté en tant que spectateur à l?affrontement entre les autorités et la ?soixantaine d?officiers pourris?. Du reste, cela fait trois ans que dure ce bras de fer et jamais l?ONG a pris position sur la question.
Il y a plusieurs organisations qui se donnent officiellement le rôle de chien de garde et prétendent veiller au respect des notions de transparence et de bonne gouvernance. Elles font miroiter beaucoup d?espoir comme contre-pouvoir au gouvernement. Mais, leur rhétorique ne suffit pas pour faire d?elles des vrais moteurs de transformation de la société. Elles restent hélas absentes des fronts où il faut agir.
En revanche, dans d?autres secteurs, notamment écologiques ou de défense des droits de l'homme, il existe des ONG qui ont déployé des campagnes qui ont abouti à des résultats positifs. Cela nous rassure sur le rôle véritable de la société civile.
Nous pouvons ne pas être d?accord avec les écologistes de Nature Watch mais il faut reconnaître qu?ils ont su faire plier les décideurs sur le projet de construction de l?autoroute du Sud-Est. L?autre mérite de ce mouvement est qu?aucun de ses membres n?a cherché à tirer un profit personnel de la notoriété acquise à l?issue de ses actions de terrain.
Nous sommes pourtant habitués à ces mouvements éphémères qui sont dissous aussitôt que leurs initiateurs ont obtenu une investiture aux élections ou un ?boutte? dans un organisme parapublic. Tenez, qu?est-il advenu, par exemple, du groupe Feder?Action, crée à la veille des législatives pour défendre les droits de la femme ?
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