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Voie médiane
Le décor enchanteur de la vallée de Ferney pourrait devenir le lieu d?une bataille entre l?idéologie du développement à tout prix et l?intégrisme écologique. Depuis que le chantier de l?autoroute du sud-est est ouvert, des opposants au projet mènent une campagne vigoureuse pour le stopper. Les uns et les autres radicalisent leurs positions à un rythme tel que bientôt aucun échange ne sera possible entre les deux camps.
Le mécontentement des écolos s?explique par le fait que quelques espèces végétales, qui se nomment, semble-t-il, le ?Pandanus iceryi? et le ?Pandanus macrostigma? sont menacés par le tracé de l?autoroute. L?habitat de la crécerelle se trouverait aussi en danger. Ces arguments avancés par les défenseurs de la nature doivent peser dans la balance, même si, il y a quelques semaines de cela, ceux-ci ignoraient encore l?existence de ces précieux Pandanus. Les dirigeants doivent les écouter afin de tenir compte de l?optique culturelle et symbolique aussi bien que de la dimension économique.
Il est faux de croire que les décideurs doivent obligatoirement choisir entre la sauvegarde du patrimoine et la croissance. Il est possible de concilier les deux impératifs. Il y a des monuments historiques qui ont été démolis, dans le passé, pour être reconstruits ailleurs quand ils gênaient le développement. De même, en ce qu?il s?agit de certains arbres menacés par l?autoroute du sud-est, un contrat a déjà été signé entre l?Etat et les constructeurs pour que ceux-ci ne les abattent pas mais les transplantent.
Il faut trouver une voie médiane entre les pulsions des écolos et les considérations économiques. Personne ne souhaite une dramatisation du conflit. Si demain un écolo-mégalo s?amuse à s?allonger sur une des pistes ouvertes sur la nouvelle autoroute pour s?opposer à l?avancée des bulldozers, il bloquera le développement de la région du sud-est.
Il ne s?agit pas là d?un projet grandiose pour la gloire du régime. Conçu en 1992, le projet de l?autoroute a survécu à plusieurs changements de régime. Il a même reçu un sérieux coup de pouce de l?ancien gouvernement travailliste, ayant été soutenu par le ministre des Finances d?alors, député de la circonscription Mahébourg-Plaine-Magnien.
La nouvelle autoroute permettra de rallier Plaine-Magnien à Bel-Air en une demi-heure alors qu?il en faut une heure et quart en passant par la route du littoral. Une extension du projet est déjà sur les planches à dessin. Elle prévoit de prolonger la route jusqu?à Belle-Mare. Grâce à ces infrastructures, l?industrie du tourisme devrait faire un bond significatif dans l?est. De plus, l?ancienne route située en bordure de la mer présentait beaucoup d?inconvénients. Par exemple, elle était coupée au niveau de Grand-Sable après les grosses averses et les cyclones.
Il était trop coûteux de rehausser la route existante comme suggéré par certains écolos. Avec ses nombreux virages étroits dans des zones habitées, il aurait fallu avoir recours à l?expropriation de bien des propriétaires pour obtenir un tracé plutôt droit, ce qui aurait engendré des coûts excessifs.
Le chantier de l?autoroute du sud est ouvert après de longues années de tergiversations. Apportons des ajustements s?il le faut pour ne pas porter atteinte à la biodiversité de la flore et la faune du pays. Mais ne retardons pas le projet. Plus nous attendrons, plus la facture sera lourde pour les futures générations.
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