Publicité
Vivre+ réclame un traitement humain pour les PVVIH
Par
Partager cet article
Vivre+ réclame un traitement humain pour les PVVIH
Depuis que le VIH/SIDA a été identifié à Maurice, les autorités ont réagi, offrant un traitement aux séropositifs, organisant des campagnes de prévention et légiférant en leur faveur. Or, une donne demeure inchangée jusqu’ici et c’est la discrimination qui persiste à leur égard. Vivre+ réclame un traitement humain pour les personnes vivant avec le VIH (PVVIH).
«Ce n’est pas une faveur que nous demandons. Nous revendiquons simplement l’égalité de traitement pour chaque PVVIH et sa famille,» déclare fermement Dhiren Moher, président de Vivre+, association en voie d’enregistrement en tant qu’organisation non-gouvernementale (ONG) et qui regroupe une vingtaine de membres.
C’est difficile à croire que les PVVIH et leurs familles fassent encore l’objet de discrimination. Or, c’est pourtant toujours le cas, affirment en écho Vanessa, Nicolas, Sabina, Joseph, Elligia, Vijay, des activistes de Vivre+. Den Ramsamy, qui travaille à Kinouete et milite à Vivre+, de même que Danny Philippe, coordonnateur de l’ONG Leadership Empowerment Action Development, organisateur du Candlelight Memorial, abondent dans le même sens.
Tous ont une histoire à raconter. A commencer par Danny Philippe qui dit que parce qu’il travaille avec les PVVIH, les gens n’arrêtent pas de l’interpeler pour lui demander s’il en est une. «Et le regard qu’ils me jettent est éloquent,» dit-il. Il y a aussi l’histoire de cette PVVIH entrepreneur qui a publiquement annoncé sa séropositivité et qui depuis, peine à obtenir des contrats. «Les PVVIH veulent travailler et contribuer à l’économie du pays mais on leur refuse cela,» déclare Vijay.
On ne peut passer sous silence le récit de cette femme dont le petit ami est séropositif. A chaque fois qu’elle accompagne ce dernier à l’hôpital Victoria, Candos, le personnel hospitalier ne manque pas de dire de lui que «sa li enn HIV. Met sa dan koin laba.» A d’autres reprises, les infi rmiers demandent carrément à sa compagne comment elle peut partager la vie de «enn dimounn ki ena SIDA.»
Autre fait troublant est celui de cette mère séropositive qui est lasse qu’on fasse subir des tests de dépistage à son bébé en milieu hospitalier alors qu’elle précautions pour ne pas lui transmettre le virus. «A chaque fois que son bébé a un ennui de santé, le médecin en profi te pour lui faire un test de dépistage. Une mère n’irait pas volontairement infecter son bébé. C’est torturer un bébé et sa mère», estime Vanessa. Le président de Vivre+ déclare que la majorité de ces actes discriminatoires a lieu en milieu hospitalier. Cela n’a pas toujours été le cas car jusqu’à 1997, il y avait des réunions à chaque trimestre entre les patients, le personnel hospitalier et le médecin référent du VIH/ SIDA, à savoir le Dr Joy Backory.
Or, depuis le départ de ce dernier, ces réunions n’ont plus lieu. Dhiren Moher ajoute que 70 % des PVVIH sont d’anciens usagers de drogue par voie intraveineuse qui ont fait de la prison. «Ils n’ont pas de certificat de moralité. De ce fait, comment pourront-ils obtenir un emploi et être socialement réintégrés? Donne tretman, se vre ki ena li. Me si dimounn pa kapav gaign so bouse manze pour sirviv, tretman la pa pou effi cace lor li,» dit-il.
Den Ramsamy raconte s’être rendu dans un centre de traitement décentralisé pour récupérer les antirétroviraux d’une PVVIH qui suit une cure de désintoxication en résidentiel au National Detox Centre de Barkly. L’infirmier de service a refusé de lui remettre les médicaments, arguant qu’il ne pouvait les remettre qu’au patient en personne ou à un infi rmier du centre de désintoxication!
Dhiren Moher ajoute que plusieurs PVVIH, rejetées par leurs familles, dorment dans les rues de Port-Louis et ailleurs. «Vu l’augmentation des séropositifs, on aurait pu croire que leur qualité de vie serait améliorée. Or il n’en est rien. Dans toute politique, il y a la prévention, les soins et le soutien. A Maurice, il y a la prévention et les soins mais le soutien est hésitant. Les PVVIH sont fatiguées d’être utilisées pour participer aux activités officiellement organisées alors que dans la réalité, elles n’en tirent rien.»
Les membres de Vivre+ ont réclamations, à commencer par se porter volontaires pour aller chercher les PVVIH qui ne se font pas soigner. «Au moins 40 % des PVVIH ne vont pas chercher leur traitement alors qu’il leur est vital. Nous voulons travailler directement avec le ministère de la Santé et aller les sortir de chez elles pour les emmener dans les centres de soins. Nous pourrions commencer sur une base volontaire et ensuite, s’il y a du financement, être rétribué pour cela.» Dhiren Moher veut aussi que le personnel soignant et des volontaires soient formés à l’éducation des PVVIH. «Les PVVIH doivent savoir quel traitement elles prennent et connaître les effets secondaires de ces médicaments qu’elles ingurgitent quotidiennement. Une autre des priorités de Vivre + est de faire cette éducation des patients». Ensuite, pour lutter effi cacement contre la discrimination, il estime que toute PVVIH lésée doit pouvoir saisir la loi et exiger des poursuites à l’encontre de ceux qui transgressent le HIV/AIDS Act. Tout comme il demande que les PVVIH soient consultées pour toute décision les concernant. «Vivre + est disposé à siéger sur n’importe quel comité à cet effet pour que la voix des PVVIH soit entendue.»
Cette année, Vivre + a été convié par LEAD pour intervenir lors du Candlelight Memorial qui a démarré le 13 mai dans plusieurs localités et qui a culminé en célébration officielle dans la soirée du 20 mai au Caudan Waterfront. Le thème de cette manifestation a été : Promouvoir la Santé et la Dignité des PVVIH. Dhiren Moher considère que ce thème «est très approprié. Le Candlelight Memorial a réussi à mettre un visage humain sur les PVVIH. Souhaitons que cette cérémonie leur apporte un nouvel éclairage… »
Publicité
Publicité
Les plus récents