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Vivre avec un alcoolique

14 octobre 2007, 00:00

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Qu?est-ce qui est le plus difficile quand on partage l?existence d?un alcoolique ?

Tout, et d?abord cette étiquette d?« alcoolique ». Figer un être dans une dénomination est une pratique terrible, car on lui vole, ce faisant, sa singularité. Ce titre évoque quelque chose de honteux et de sale et entraîne, à coup sûr, un rejet de la personne. Ceci est dû à la fois à son comportement quand elle a bu, à sa déchéance physique, et à l?ignorance du public qui assimile l?alcoolisme à une maladie dégradante ou à un vice.

Il faudrait en finir avec ces types de dénominations, aussi destructrices pour la personne qui boit que pour ceux qui l?entourent. La personne boit parce qu?elle souffre, parce qu?elle est écrasée par le poids d?une histoire familiale difficile, et parce qu?elle voit la boisson comme un moyen de survivre, même si en réalité elle le tue à petit feu.

Quelle est la particularité d?une telle relation de couple ?

C?est toujours très difficile, car cela implique de vivre avec un être qui se détruit et qui, sous l?emprise de l?alcool, devient régulièrement quelqu?un de tout puissant, d?euphorique, de violent, et parfois de délirant. De plus, l?alcoolique instaure en général avec son conjoint un jeu terrible qui consiste à l?amener à devenir celui qui interdit la boisson, qui cache les bouteilles. Le couple devient vite prisonnier d?un cercle vicieux : l?alcoolique boit de plus en plus, car l?alcool prohibé devient plus désirable. Le conjoint joue, quant à lui, les censeurs et s?installe souvent dans cette situation car il y trouve des bénéfices inconscients (jouissance à dominer l?autre par exemple).

Quelle est l?influence de l?alcoolisme de l?un des parents sur les enfants ?

L?alcoolisme d?un parent est toujours douloureux pour l?enfant, mais il n?est pas forcément destructeur. Il le devient :

  • Quand ce qui est dit par la famille et l?entourage dévalorise le parent buveur, vu que cette dévalorisation touche l?enfant par ricochet. Il est le fils ou la fille d?un « mauvais parent ».

  • Quand l?autorité du parent buveur est bafouée et quand un jeu de complicité s?installe entre l?enfant et le parent qui ne boit pas.

À l?inverse, on peut aider l?enfant en lui interdisant cette complicité. Il ne s?agit pas de lui donner à tout prix une image positive (et fausse) du parent buveur. Il faut mettre des mots sur ce qui se passe et faire en sorte que l?enfant comprenne que le parent buveur reste son père ou sa mère, et qu?il ne peut donc pas prendre sa place. On doit surtout expliquer à l?enfant ce qui s?est passé dans l?histoire du parent buveur pour qu?il en arrive là : quelle a été son enfance, de quoi il a souffert.

Vijay Ramanjooloo, psychologue clinicien

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