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Vive le droit !
par Nazim ESOOF
C?est une situation franchement absurde. Chaque année, le Bureau de l?audit rend public son rapport. Celui-ci met en relief de nombreuses dépenses publiques injustifiées, voire compromettantes et arbitraires. Les médias en font écho. Le public a un haut-le-c?ur. Le tout ponctué de quelques déclarations fracassantes des dirigeants politiques. Le scénario est connu. C?est sa redondance, au fil des années, qui est scandalisante. Pourquoi alors revenir ici sur ce dysfonctionnement ? On ne devrait pas s?en formaliser. C?est cette propension de la société mauricienne à normaliser l?anormal qui commande une réaction.
A la base, il y a cette anomalie qu?est le secteur public. Ce mastodonte administratif est un véritable labyrinthe dans lequel tout le monde se perd. Il suffit d?une visite dans un quelconque bureau de la fonction publique pour s?en rendre compte. On y retrouve systématiquement des gens qui ne comprennent pas ce qu?ils font là pour la cinquième ou sixième fois ! C?est dire que ceux qui tirent les ficelles se comportent comme de petits potentats qui pensent pouvoir tout faire. Cette liberté et ce sentiment d?immunité sont la racine du mal dont souffre l?Etat. Lorsqu?on y ajoute les grandes manigances de petits politiques douteux, on prend la mesure de la gangrène qui ronge l?Etat et qui bloque sa modernisation.
L?Etat-roi est trop content de son omnipotence pour accepter de se soumettre aux instances de contrôle. D?ailleurs, dans un travestissement baroque, il se met même à intervenir là où il n?a en apparence pas d?autorité. Il y a, à cet effet, définitivement, une absence totale de compréhension de l?importance du Droit. Dans une société ? qu?on le veuille ou non ? qui pratique le libéralisme économique, c?est le Droit qui est roi. Parce qu?il est plus à même de réguler les intérêts contradictoires. A Maurice, ce n?est pas le cas.
On a certes quelques institutions qui servent de garde-fous. D?autres qui sont supposées veiller au respect des règles. Mais chaque année, le rapport de l?audit vient prouver que les règles sont toujours enfreintes, que les garde-fous ne fonctionnent pas. Changeons les choses. C?est d?ailleurs tellement à la mode, le changement ! Pourquoi donc ne pas dire haro sur l?Etat et crier vive le Droit ! Cela serait d?autant plus facile à faire passer que le public a toujours confiance dans la justice. C?est bien la seule institution qui est épargnée par le cynisme et la désaffection ambiants.
Atteindre cet objectif relève cependant d?une autre prouesse. Car il s?agirait de rendre la justice moins hermétique. Désacraliser ses acteurs. Et surtout ramener la politique à sa dimension réelle. C?est d?elle que vient la volonté du réformisme. Mais ce n?est pas elle qui l?incarne. Dans ce combat contre la corruption, les abus et les oublis, qui passent tous allègrement au travers du tamis des contre-feux, seul le Droit incarne un nouvel espoir. La concussion des services publics et des relais qui entérinent les décisions des politiques est telle qu?une intervention radicale est devenue impérative.
Il ne s?agit pas seulement de renforcer le droit juridique mais surtout de créer le droit financier. Tous les autres systèmes de contrôle ont montré leurs limites et leurs faillites. Fera-t-on le pari sur le droit ? Ou aura-t-on peur de se livrer au seul principe dont l?indépendance n?est pas encore entièrement érodée?
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